Emmanuel Macron a annoncé le mois dernier une future réduction de la présence militaire française, estimant qu’elle n’est plus adaptée aux besoins de la région. La force française Barkhane, qui opère au Mali, au Tchad, au Niger, au Burkina Faso et en Mauritanie, avait également rencontré l’opposition de certains Africains.
Après des discussions vendredi avec les dirigeants des pays africains concernés, Macron a annoncé que la France réduirait sa force à 2 500 à 3 000 hommes sur le long terme. Le pays compte actuellement 5 000 soldats dans la région. Le dirigeant français a insisté sur le fait que son pays n’abandonne pas ses partenaires africains et qu’il continuerait à les aider à combattre les groupes liés à Al-Qaida et au groupe État islamique.
« La France n’a pas la vocation ou la volonté de rester éternellement au Sahel », a déclaré Macron. « Nous sommes là parce qu’on nous a demandé d’y être ». Les troupes françaises sont présentes au Mali depuis 2013, lorsqu’elles sont intervenues pour chasser les rebelles extrémistes islamiques du pouvoir dans les villes du nord du pays. L’opération Serval a ensuite été remplacée par Barkhane et a été étendue à d’autres pays dans le but de contribuer à la stabilisation de la région du Sahel.
Les militants islamiques ont cependant continué à lancer des attaques dévastatrices contre les militaires qui les combattent et, de plus en plus, contre les civils. Des centaines de personnes sont mortes depuis janvier dans une série de massacres visant des villages situés à la frontière entre le Niger et le Mali. Si les gouvernements du Sahel ont accueilli favorablement l’aide militaire de la France, certains critiques ont assimilé leur présence à un vestige du régime colonial français.
Au cours des six prochains mois, la France se concentrera sur le démantèlement de l’opération Barkhane et la réorganisation des troupes, selon les propos de Macron. L’armée française fermera les bases de Barkhane à Tombouctou, Tessalit et Kidal dans le nord du Mali au cours des six prochains mois, et commencera à reconfigurer sa présence dans les semaines à venir pour se concentrer particulièrement sur la zone frontalière rétive où le Mali, le Burkina Faso et le Niger se rencontrent.
Le président nigérien Mohamed Bazoum, qui s’exprimait aux côtés de Macron, a salué le soutien et la formation militaires français, mais en termes africains. « L’essentiel est que la France maintienne le principe de son soutien, de sa coopération et de son appui aux forces armées de nos différents pays. Nous avons besoin que la France nous donne ce que nous n’avons pas. Nous n’avons pas besoin de la France pour nous donner ce que nous avons déjà », a-t-il déclaré, sans donner plus de détails. Il a reconnu les défaillances des forces armées locales mais a également salué leur courage dans la lutte contre les extrémistes.
La présence militaire de la France à l’avenir sera axée sur la neutralisation des opérations extrémistes et sur le renforcement et la formation des armées locales, a déclaré M. Macron. « Il y aura aussi une dimension de réassurance (…) pour rester en permanence prêt à intervenir rapidement en appui des forces partenaires », notamment via l’aviation militaire du Niger et du Tchad. Cette nouvelle structure « nous semble mieux répondre à l’évolution de la menace », a-t-il dit. Une fois la réorganisation terminée, a-t-il ajouté, « l’opération Barkhane sera fermée. »
Certains experts affirment que la décision de la France pourrait être liée à l’instabilité politique croissante au Mali. L’annonce faite par M. Macron en juin est intervenue quelques jours après que le chef du coup d’État malien, le colonel Assimi Goita, a prêté serment en tant que président d’un gouvernement de transition, consolidant ainsi son emprise sur le pouvoir dans ce pays d’Afrique de l’Ouest après avoir mené à bien son deuxième coup d’État en neuf mois.
Fin juin, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité une résolution prolongeant la mission de maintien de la paix de l’ONU dans le Mali en crise et a déclaré qu’il était “impératif” que le gouvernement militaire organise des élections présidentielles et législatives comme prévu en février prochain. Le Conseil a maintenu les plafonds de la force de l’ONU à 13 289 soldats militaires et 1 920 policiers internationaux, mais il a demandé au Secrétaire général Antonio Guterres de faire une recommandation sur le niveau de la force compte tenu des niveaux croissants d’insécurité et de violence physique contre les populations civiles dans le centre du Mali.



