16/07/2019 23:04:23
Cameroun : Un assassinat, des millions miroités… Atanga Nji échoue quand même à tuer les villes mortes à Kumba

Relayés par des sources de Cameroonvoice mardi soir dans la ville de Kumba (région du Sud-ouest), des leaders sécessionnistes sont formels : leurs groupes armés ne sont mêlés ni de près ni de loin aux échanges de coups de feu entendus lundi dans la ville. Bien plus ils n'auraient « appris la nouvelle de l'assassinat d'un conducteur de mototaxi par nous qu'après le ramdam fait autour de cette affaire par des agents de renseignements à la solde d'Atanga Nji  déguisés en "bendskineurs" ».

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Malgré les efforts des autorités et la colère des "mototaximen", les villes mortes sont restées plus vivantes que jamais Kumba, lundi. 


Relayés par des sources de Cameroonvoice mardi soir dans la ville de Kumba (région du Sud-ouest), des leaders sécessionnistes sont formels : leurs groupes armés ne sont mêlés ni de près ni de loin aux échanges de coups de feu entendus lundi dans la ville. Bien plus ils n'auraient « appris la nouvelle de l'assassinat d'un conducteur de mototaxi par nous qu'après le ramdam fait autour de cette affaire par des agents de renseignements à la solde d'Atanga Nji  déguisés en "bendskineurs" ».


Lundi pourtant, des coups de feu tirés sporadiquement ont été entendus dans la ville de Kumba, où des conducteurs de motos-taxi étaient censés faire gratuitement ce jour le plein de carburant, et  percevoir  une prime de 3000 francs auprès des services du préfet du département de la Meme, Ntou'ou Ndong Chamberlain, sur instruction du ministre de l'Administration territoriale, Paul (ou Peter) Atanga Nji. Une sollicitude de l'administration vis-à-vis des "benskineurs" qu'elle a toujours traités comme de la racaille puante, qui avait pour but  de les persuader de faire échec -à partir du lundi 14 juillet- à l'opération « villes mortes » en cours dans les deux régions anglophones depuis 2016.

Le prétexte de cette mobilisation des bendskineurs de Kumba pour venir en aide à un gouvernement camerounais en rupture presque définitive  avec les populations anglophones, était l'assassinat supposé quelques jours plus tôt d'un autre conducteur de mototaxi  nommé Itoe junior Itoe, que les autorités de la ville ont attribué e fin de semaine à des combattants sécessionnistes. 


Or  dès l'annonce du meurtre de ce fils d'une notabilité coutumière de la ville, des voix s'étaient élevées pour accuser les forces gouvernementales stationnées à Kumba depuis le début de la crise anglophone, d'avoir perpétré une exécution extrajudiciaire de plus.  L'on ne sait trop comment la situation a pu être retournée au point où en fin de semaine dernière, des dizaines de personnes revendiquant leur appartenance à la profession de transporteur urbain par motos, se sont rendues au siège de la préfecture pour…  « demander au préfet l'autorisation d'en découdre personnellement avec  les sécessionnistes pour venger leur collègue assassiné par ces Ambazoniens ». Cela allait commencer par le rétablissement des activités de transport urbain et interurbain par moto dès le lundi 14 juillet, de manière à provoquer les "Ambazoniens" en duel. Ce sera « la fin des villes mortes » avaient-ils affirmé ». Vivement d'ailleurs.



Mais lundi, quelle n'a pas été la surprise des observateurs de constater qu'environ une dizaine de   mototaximen de Kumba s'étaient rendus dans une station d'essence, pour recevoir le carburant gratuitement offert, 3.000 francs Cfa en sus.

La suite, des coups de feu dans la ville qui ne feront ni blessé, ni mort. Et surtout pas le moindre moto-taximan dans la rue pour « défier » les sécessionnistes.


De quoi donner du crédit aux mauvaises langues qui affirment depuis la découverte du corps  de Itoe Junior, que son assassinat était une autre manœuvre foireuse du mauvais génie du gouvernement, le ministre Paul Atanga Nji, qui y avait trouvé un autre moyen de liguer une partie de la population de Kumba, en l'occurrence les conducteurs de mototaxi, vulnérables en raison de l'extrême précarité de leurs conditions existentielle, contre les sécessionnistes. A en croire ces gens qui affirment connaitre Atanga Nji et ses procédés sulfureux, il n'est pas exclu que l'assassiner de Itoe Junior ait eu pour objectif de soulever des membres de sa communauté contre les sécessionnistes, et d'importer à Kumba, contre rémunération considérable, des gens qui vont formellement accuser les sécessionnistes du crime, parader  dans les rues sous forte protection policière pour proclamer leur volonté de faire la guerre aux ennemis de la République, et repartir ensuite dans leurs vraies localités de résidence.


Cinq "mototaximen" venus récupérer le carburant anti-ghost town

Se confiant à un de nos correspondants au Cameroun, L.L., une combattante séparatiste, dit croire « qu'il y avait effectivement des bendskineurs de Kumba parmi ceux qui fanfaronnaient avec le préfet. Mais ce sont des militants du parti de monsieur Biya, président du Cameroun, qui continuent de croire que l'Ambazonie fait toujours partie de leur pays. Ils ont participé à cette comédie avec les bendskineurs importés pour faire nombre face aux caméras des télévisions. Dès qu'ils ont perçu leur paie pour la mission accomplie,  ils sont rentrés chez eux et n'ont pas eu le courage de terminer le travail en allant prendre le carburant et les 3000 francs Cfa que personne ne leur aurait d'ailleurs jamais donnés puisque cet argent n'existait que dans le communiqué du préfet. ».



Moins péremptoire, un de nos confrères anglophone de la radiotélévision d'Etat  dont le siège régional est basé dans la capitale régionale du Sud-ouest, Buea, qui affirme cependant « ne pas soutenir les mots d'ordre des villes mortes dont l'un des graves corolaires est l'arrêt des activités éducatives dans les régions en crise », « les coups de feu de lundi participeraient d'une stratégie permettant aux auteurs de la manœuvre, dont le préfet, Ntou'ou Ndon Chamberlain, de s'en tirer à bon compte  dans la justification de l'échec de la tentative de faire échec aux villes mortes : on dira simplement que lundi, les Ambazoniens se sont mis à tirer sur les mototaximen qui voulaient braver leur mot d'ordre. » « Et, conclut-il, si cela ne convainc pas la haute hiérarchie gouvernementale  habituée aux flops des initiatives d'Atanga Nji, cela va au moins convaincre quelques crédules, généralement parmi ceux qu'on appelle la communauté internationale, que les sécessionnistes tiennent les populations par la menace… des armes à feu.»

Au finish, le régime de monsieur Biya qui ne demande que cela pour poursuivre sa politique de la terre brûlée, aura une raison supplémentaire de reléguer aux calendes bantoues  le dialogue inclusif  qui revient dans toutes les pressions dont il fait l'objet aussi bien au Cameroun qu'à l'extérieur.



Sam Mayem

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