12/07/2009 15:42:11
Football et religion : La FIFA a peur du communautarisme
Entretien avec Frédéric Lenoir, philosophe (auteur de Socrate, Jésus et Bouddha, aux éditions Fayard) autour de la question religieuse dans le football, suite à la polémique créée par les manifestations de joie des Brésiliens lors de leur victoire en Coupe des Confédérations.
Simon Capelli-Welter
So Foot
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Juste après avoir battu les Etats-Unis en finale de la Coupe des confédérations, les Brésiliens avaient remercié Dieu, principal artisan, selon eux, de leur victoire. T-shirts « I Belong to Jesus », « Dione meu amor », prière dans le rond central et autres démonstrations d’amour envers "le grand barbu". Comme tout le monde, la Fifa a vu ça, et leur a envoyé un petit courrier pour leur demander de se modérer un peu. L’occasion de s’entretenir avec Frédéric Lenoir, philosophe (auteur de "Socrate, Jésus et Bouddha" aux éditions Fayard) autour de la question religieuse dans le football.

Que pensez-vous de la réaction de la Fifa ?

Tous les sportifs font des gestes religieux. Ribéry porte par exemple ses mains au visage lorsqu’il marque, tel le prêtre coranique. Alors à partir du moment où la Fifa veut légiférer, elle doit le faire à tous les niveaux, collectif et individuel.

La Fifa ne parle pas de légiférer, mais demande au Brésiliens de se modérer.

Oui, il est difficile d’éliminer le rapport si personnel de croyance ou de superstition. Un individu ou un groupe a toujours besoin de se transcender.

C’est tout de même différent quand il s’agit comme là de tout un groupe, de toute une équipe, non ?

Déjà, il faudrait voir s’il n’y avait pas au sein de ce groupe un individu que ça gène, car là ce serait autre chose, après, bon, s’ils sont tous d’accord et en osmose avec ça, alors pas de problème. Mais c’est vrai qu’à partir du moment où c’est collectif, ça me gène.

Le président de la fédération danoise, Jim Stjerne, a dit que la religion n’avait pas sa place dans le football.

Oui, car le foot est déjà une religion, il y a concurrence. Mais dire cela est un réflexe un peu idiot : la croyance est partout. Certains footballeurs, beaucoup sans doute même, ont besoin d’un peu plus que le rationnel pour avoir une confiance totale. D’où ces rituels. L’homme, donc le footballeur, ne peut pas se passer de rituels ou de croyances. Pour les Brésiliens, c’est Dieu ; pour d’autres, ce n’est pas Dieu.

La Fifa a envoyé une lettre aux Brésiliens, mais, comme l’a remarqué Nicola Legrottaglie, pas aux Egyptiens, qui célébraient eux aussi Dieu.

Ils ont du avoir peur d’être taxés d’islamophobie. C’est plus facile de s’attaquer aux catholiques.

Quel est la volonté de la Fifa derrière cette lettre, un football laïc ?

Ils doivent avoir peur que le phénomène se généralise. Et ils n’ont pas tort, ces manifestations peuvent tendre au communautarisme. Si d’autres voient les Brésiliens faire ça, ils peuvent faire pareil, et lors d’une confrontation directe, ça pourrait poser problème.

D’ailleurs, Brésil- Arabie Saoudite, qui gagne ?

(rires) Dieu, évidemment. A la fin, c’est toujours lui qui gagne, de toute façon. 

Simon Capelli-Welter

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