30/07/2013 01:51:44
Cameroun. Les dessous du départ de Tonyč Bakot
Selon des sources exclusives, le prélat se savait « condamné»...
Le Messager
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Tonye Bakot

Archidiocèse de Yaoundé. Monseigneur Tonye Bakot débarqué

Le Saint Siège a mis un terme à la mission du successeur d’André Wouking le weekend dernier. Remplacé provisoirement par Monseigneur Jean Mbarga, l’archevêque de Yaoundé est annoncé officiellement comme démissionnaire.

« Victor Tonyè Bakot a renoncé à ses fonctions d’archevêque métropolitain de Yaoundé ». Voilà la version officielle de la nouvelle qui a été publiée hier, 29 juillet 2013. La même information annonce la nomination, à sa place, de Mgr Jean Mbarga jusque-là, évêque d’Ebolowa. Mais ceci n’est que formules convenues, visant à assurer une sortie honorable à celui qui était archevêque métropolitain de Yaoundé depuis 2003. Car bien avant l’officialisation de la nouvelle, l’archevêque se savait déjà sur le départ. De sources dignes de foi, Le Messager a appris , depuis le 27 juillet 2013  que l’ex président de la conférence épiscopale nationale du Cameroun  a confié à son entourage qu’il vivait son éviction avec dignité au vu de l’adversité à laquelle il a fait face en 10 ans de service apostolique  et eu égard à la durée du séjour de son prédécesseur à la même charge ecclésiastique.

Mais joint au téléphone, dimanche dernier, Victor Tonyé Bakot, très embêté par l’appel téléphonique du journal de la Rue des Ecoles,  a non seulement nié avoir fait cette confidence, mais aussi, a contredit la nouvelle l’annonçant sur le départ. N’empêche, l’information qui avait déjà fuité a été complétée en fin d’après-midi de dimanche avec le dévoilement de l’identité de son remplaçant, Jean Mbarga. Des sources concordantes relatives à cette actualité signalent  également que Victor Tonyè Bakot a été invité par la hiérarchie de l’Eglise catholique romaine  à renoncer à sa charge depuis une demi-dizaine de mois. Le concerné s’est plié à cette option. La suite, on la connaît désormais. En début de weekend dernier, le Saint siège a informé la nonciature apostolique de Yaoundé du Ok accordé à la renonciation (de convenance) de Monseigneur Victor Tonyè Bakot. Ainsi, le rideau tombe sur ses 10 ans de mission apostolique dans la capitale du Cameroun.

Biens immobiliers

Les milieux ecclésiastiques prédisaient cette chute au moins pour deux raisons. Ils évoquaient premièrement la réputation de mauvais gestionnaire que traîne l’ancien évêque d’Edéa. Celle-ci avait été entretenue par des voix internes à l’archidiocèse de Yaoundé et notamment la procure générale des missions (Pgm) qui, dans plusieurs notes, critiquait le management du prélat qu’elle taxait de « management théocratique qui supplante le management scientifique ». Dans une de ses nombreuses saillies,  la Pgm dénonçait l’hypothèque des biens immobiliers de l’archidiocèse pour des crédits bancaires contractés auprès de la Cbc, de la Bicec ou encore de la Bnp de Monaco. La boîte à pandore ainsi ouverte inaugurait une flopée de soupçons sur la moralité de Monseigneur Tonyè Bakot.  L’archevêque aura eu du mal à se défendre contre celles-ci.

A sa décharge, son entourage a toujours avancé que cette salissure portée à l’image du prélat est le fait d’une campagne organisée par l’élite du Mfoundi qui voit d’un mauvais œil la présence d’un « allogène » à l’archevêché de Yaoundé logée à la centrale des œuvres diocésaines. C’est la deuxième raison qui poussait les milieux ecclésiastiques à entrevoir le départ imminent de Mgr Tonyè Bakot. Celui-ci peut retrouver un sens dans le profil du remplaçant de l’archevêque de Yaoundé. Car Jean Mbarga promu administrateur apostolique est originaire du village Nkoabang dans la Mefou Afamba, mais devenu du fait de la poussée démographique, un quartier de Yaoundé. Ainsi, après la mort d’André Wouking et maintenant le départ de Tonyè Bakot, l’archidiocèse de Yaoundé revient à un « autochtone ». Mais Dieu seul sait si c’est ce critère ethnique  qui a guidé le choix du Pape François. On ne s’hasardera pas à sonder les voies qui mènent à  Dieu.

Archidiocèse de Yaoundé . Après la pluie… le beau temps

Après le renoncement de Mgr l’archevêque métropolitain Tonye Bakot, les gorges chaudes et les batailles internes qui ont pourri l’Eglise catholique ces derniers temps, vont-elles se cicatriser au bénéfice des actions de générosité et de la matérialisation de la foi ? 

Mgr Tonye Bakot parti, c’est le gratin politique et religieux des « beti be nanga » du Mfoundi qui se sent soulagé et libéré du poids d’une lourde responsabilité ; celle d’assumer tous les jours la présence d’un archevêque métropolitain qui commençait à devenir encombrant, mal aimé et même très impopulaire. Décrié, vomi et accusé de toutes les forfaitures, Mgr Tonye Bakot a connu de nombreux problèmes même au sein de la Conférence épiscopale provinciale de Yaoundé (Cepy). Tel un mouton noir, la présence de ce successeur d’apôtres dans la ville de Yaoundé, ne constituait plus une source de bénédiction dans cette partie de l’église locale et même dans l’ensemble de l’église de la province ecclésiastique de Yaoundé.

Pour de nombreux chrétiens rencontrés, l’heure du bricolage dans l’église catholique est terminée. Le pape François a décidé de faire le ménage. A en  croire Sosthène Fouda, le pape a demandé aux Evêques d’être aux avant-postes de l’évangélisation ; de s’éloigner de la mondanité et de ses ambitions. Toutes choses qui selon lui, rappellent ce que le père Hebga dans son livre publié en 1976, invitait à l’émancipation de l’église. Il demandait aux Evêques de se tourner résolument vers l’évangélisation sociale. « Or, l’on constate au Cameroun, que le mot vocation a été édulcoré ; on n’a pas la vocation, on reçoit un appel. Aujourd’hui, personne n’attend plus cet appel. L’épiscopat est devenu tribal. L’on se concerte entre amis, copains et coquins. Le pape François  a décidé de réformer la curie romaine en accordant de plus en plus de place au peuple et au clergé », clame Vincent Sosthène Fouda.

Cap sur les urgences

L’Eglise catholique aujourd’hui, comme les autres religions classiques, se retrouve à la croisée des chemins, ébranlée et concurrencée par les avancées des églises dites « réveillées » et plusieurs autres cercles magico-religieux. La meilleure manière de combattre ces églises réveillées, est d’être présente. Après Mgr Tonyé Bakot, les attentes sont rivées vers un nouvel archevêque qui va dans ses missions s’efforcer d’établir un réseau très dense, avec les autres religions. Entre autres défis, il s’agit pour le prochain prélat de régler les problèmes de la crise de la foi ; en optant pour une nouvelle évangélisation qui aide tous les chrétiens à approfondir leur foi et à s’efforcer de vivre cette foi, partout ils sont. «En tant que Camerounais, nous sommes des Africains, nous sommes des Hommes. Ce qui est essentiel pour tous les Hommes, c’est de comprendre que nous devons travailler pour le développement et le progrès de notre pays. Il appartient à chacun de nous de le faire partout où il est, indépendamment de sa chapelle religieuse. Il s’agit de le faire avec conscience. Que chacun de nous essaye de bâtir quelque chose de solide qu’il laissera aux générations à venir ; c’est la première chose. En 2ème lieu, nous devons savoir et surtout garder à l’esprit que ce monde est malheureusement, un monde qui passe ; mais que nous avons quand même, des enjeux plus importants qu’il faut négocier dès maintenant. Le plus important étant notre éternité après cette vie», aime à dire Mgr Adalbert Ndzana, Evêque du diocèse de Mbalmayo.

A l’Archevêché... L’archevêque ne reçoit pas

À ses bureaux à la centrale des œuvres diocésaines à Yaoundé, hier lundi, l’archevêque Victor Tonyè Bakot ne reçoit personne. Il est 14h et c’est comme habituellement, le calme plat. Tout se fait, comme toujours, dans le silence. Ce jour particulièrement, le portail est grand ouvert comme à l’accoutumée. À l’entrée, un groupe d’hommes discute de choses et d’autres. Juste à l’intérieur, un autre groupe : un homme et deux femmes devisent en silence.

Dans le hall, une trentaine de séminaristes ou de jeunes prêtres attendent. L’air grave, chacun dévisage le reporter comme s’ils attendent d’elle qu’elle apporte une réponse à leur muette interrogation.
Au bout de la salle, le reporter tombe sur une bonne sœur. « Désolé, l’archévêque ne reçoit pas aujourd’hui, lui répond-elle. Vous savez, on est en période de congés, et comme vous pouvez le constater, presque tout le monde est en train de partir et lui également se prépare à le faire. C’est vrai aussi que le lundi, c’est le jour où le père reçoit les laïcs, mais il ne recevra pas aujourd’hui. Je ne peux malheureusement vous en dire plus, il faut seulement rentrer attendre », ajoute-t-elle.  L’insistance du reporter n’y fera rien…

Rodrigue N. TONGUE / Souley ONOHIOLO / Florette MANEDONG

 

BIO-EXPRESS

1947 : naissance à Makomol (département du Nyong-et-Kele)
1967 : entrée au grand séminaire d’Otélé
1969 : entrée en philo au grand séminaire de Nkol-Bisson
1972 : diaconat
1973 : ordination presbytérale
1978 : maitrise en théologie et entrée a l’Ecole internationale de journalisme de Strasbourg
1979 : Dea de theologie
1980 : licence en journalisme et techniques de communication
1981 : doctorat en théologie
1983 : doctorat en sociologie
1983 ; vicaire général de l’archidiocèse de Douala
1987 : nommé évêque diocésain d'Edéa, diocèse créé
2003 : nommé archevêque de Yaoundé
2004 : élu président de la conférence épiscopale nationale du Cameroun
2009 : élu grand chancelier de l’université catholique d’Afrique centrale (Ucac)
2010 : fin du 2ème mandat à la conférence épiscopale (Cenec)

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