04/04/2012 00:52:45
Cameroun. Champ gazier de Logbaba. Les riverains vomissent leur colère
Non seulement, ils craignent pour leur santé du fait de la proximité d’avec le gaz, mais ils continuent d’attendre impatiemment les indemnités promises.
Le Messager
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Non seulement, ils craignent pour leur santé du fait de la proximité d’avec le gaz, mais ils continuent d’attendre impatiemment les indemnités promises.

1- Au commencement était un domaine de l’Etat

Lundi 2 avril 2012. Après quelques minutes de route, nous parvenions enfin à mettre le cap sur Logbaba, arrondissement de Douala III. Dans ce quartier populaire  vivent environ 15.000 âmes. C’est ici que le gaz a été découvert pour la première fois dans les années 1950 alors que le Cameroun était encore sous la tutelle française. A Logbaba comme partout ailleurs à Douala IIIe, l’accès à l’eau potable demeure un luxe tandis que les connexions téléphoniques ne fonctionnent pas normalement. Un tiers des ménages n’a pas accès à l’électricité. Cette zone requise pour l’exploitation du gaz avait été déclarée « inconstructible » par la municipalité locale en 1998. De ce fait, toute construction dans lesdites zones était illégale. Cependant, affirme une source, nombreux sont les occupants qui n’en étaient pas conscients, étant plus familiers des aspects coutumiers de la propriété terrienne que de détails légaux, ils ont continué à bâtir en toute quiétude dans cette zone.

Ainsi, ils sont nombreux à prétendre avoir reçu des permis de bâtir après 1998, bien qu’ils aient été incapables de nous les présenter. « Nous ne sommes pas installés ici au gré de nos humeurs. Je fus parmi les premiers à construire sur ce terrain. Grâce au cadastre, j’ai pu avoir les papiers. Si on nous avait clairement indiqué à l’époque qu’il s’agissait d’un domaine de l’Etat, nous serions allés ailleurs, évitant de vivre tous les jours avec la peur au ventre », confie Joseph Takam, riverain, à la mine serrée. Et de poursuivre : « nous n’avons pas eu les mêmes vendeurs. Au fil des ans, le nombre d’habitants allait crescendo. On ne peut pas prétendre aujourd’hui que nous étions informés de ce que cette zone était interdite à la construction. Il se trouve que d’aucuns, connaissant cela, ont caché l’information par devers eux. S’il se trouve que c’est le cas, il faut peut-être conclure que nous avons été floués».

Nombreux sont les habitants de cette zone qui soutiennent qu’ils sont détenteurs d’un titre foncier. Alors se pose la question de savoir comment ces « précieux documents » ont été délivrés et par qui pour un espace appartenant à l’Etat ? « Certaines personnes avides d’argent se permettent de brader le patrimoine foncier de l’Etat sans sourciller. Il suffit qu’il y ait un premier acquéreur qui mord l’appât et les autres vont suivre. Les terrains se faisant de plus en plus rares, ils proposent des prix à la portée de toutes les bourses. Et puisque le Camerounais sautent sur tout ce qui coûte moins cher, ils se bousculent aux portillons », tente d’expliquer un cadre du cadastre à Douala, qui condamne par ailleurs, le laxisme des pouvoirs publics. Parce que dit-il, les gens se sont installés sur ce site très dangereux parce qu’on a laissé faire. « L’Etat doit prendre ses responsabilités parce que si au départ des mesures restrictives avaient été prises pour que les populations ne construisent pas en ce lieu dangereux, on en serait pas là aujourd’hui », conclut-il.

2-L’indemnisation à problème

Au départ, bien d’années auparavant, reconnaissent des riverains, la société française Elf exécute des forages exploratoires. Par la suite, poursuivent-ils, le projet s’est estompé. Elf qui pensait découvrir le pétrole sur ledit site découvre plutôt du gaz naturel. «Lequel, confient nos sources, à cette période n’était pas intéressant pour le commerce». Quelques années après, le projet est remis sur orbite et les forages exploratoires de la société Rodeo qui exploite le gaz démontre qu’effectivement celui qui a été découvert est d’une qualité acceptable et bon marché. Au mois d’avril 2011 se termine alors la phase d’exploration. Dans le même sens, un décret présidentiel autorise le début de son exploitation commerciale. La cérémonie officielle d’inauguration a lieu il y a quelques semaines. Entre temps, l’étude de l’impact environnemental et social, apprend-on, reconnaît que Rodeo doit adopter une « approche extrêmement délicate » des expropriations. L’étude mentionne aussi la nécessité pour Rodeo d’élaborer un Plan de relogement.

Mais depuis tout ce temps, les populations riveraines qui craignent pour leur vie ne savent plus à quel saint se vouer. Aussi se plaignent-elles d’un déficit de communication sur le projet. Les multiples interventions des autorités administratives à dessein de les rassurer de ce que «le dossier est sur la bonne voie à la présidence de la République et que les indemnisations seront payées à date » ne les rassurent guère. «Ni l’Etat camerounais, ni Rodeo n’a rempli leur obligation envers nous », jurent-elles. Tandis que des informations dignes de foi font état de ce que «quelques heureux auraient reçu une compensation en espèces, et n’ont pas été relogés». Aussi s’offusquent-elles de ce que la loi-cadre du Cameroun de 1996 sur l’environnement, qui prévoit clairement le principe de participation, selon lequel chaque citoyen aura accès aux informations sur l’environnement, y compris des informations sur les substances et activités dangereuses, a été bafouée. Pourtant à Rodeo, un responsable soutient mordicus que l’entreprise a tenu des sessions d’information au mois d’août 2010, plusieurs mois après le début des forages exploratoires.

Seulement, les documents d’information mis à la disposition des populations étaient écrits dans la langue de Shakespeare. Toutes choses qui n’auraient pas, selon les riverains, facilité la compréhension, les populations s’exprimant pour la plupart et plus ou moins en français. Lors du premier recensement en 2010, 104 personnes étaient concernées par les indemnisations. Actuellement, argue-t-on, ce nombre serait de plus de 200. Car, de 15 hectares environ au départ, Vog occuperait désormais entre 20 et 25 hectares. La concession de Vog porte sur une surface de près de 20 kilomètres carrés. Vog, à travers sa filiale Rodéo Development Limited, pourra mener ses activités sur une période de 25 ans, avec en option la possibilité de poursuivre pendant 10 années supplémentaires au terme de la première période. Le gaz de Logbaba, où les réserves prouvées et probables ont doublé à plus de 212 milliards de mètres cubes, selon une étude publiée par Vog le 20 octobre 2011, pourrait avoir un marché qui va rapidement croître.

Blaise-Pascal Dassié

Mathieu Djembissi Simo. «Nous irons à la présidence de la République»

Le président du collectif des riverains dresse ici la somme des actions qui ont été menées jusqu’ici sans suite.

Comment vivez-vous au quotidien ?

Nous vivons dans une situation de frustration parce que nous sommes dans une zone à hauts risques. Les autorités ne font rien et la société Rodéo, auteur de ce désastre ne collabore pas avec la population sinistrée. Nous avons déjà fait des mois sans avoir la moindre information sur notre situation malgré toutes nos plaintes. Toutes choses qui nous plongent davantage dans une crainte permanente étant donné que bientôt le gaz va être exploité. Lorsqu’on se souvient de ce qui s’était passé au lac Nyos où plusieurs familles ont péri dans une explosion, nous avons envie de partir. C’est la peur au ventre que nous nous couchons et nous relevons tous les jours. La pire des choses est que notre condition de vie devient de plus en plus difficile. Depuis 3 ans que la société en question s’est installée, nous n’avons plus d’eau. Nous sommes exposés aux maladies.

Est-ce qu’il y a des signaux qui indiquent que vous et les autres, serez indemnisés ?

Pas du tout ! C’est pourquoi nous ne cessons de lutter depuis trois ans et faisons des sit-in pour attirer l’attention des autorités. Le dernier en date, est celui que nous avons fait deux mois avant l’élection présidentielle. Pour nous calmer, on nous a dit que le dossier est en bonne voie au ministère à Yaoundé. Malheureusement, une de nos sources dignes de foi nous a fait savoir que notre dossier serait encore au niveau de l’administration à Douala. En tout cas, nous attendons que notre problème soit pris en considération. La date prévue pour notre dédommagement étant déjà dépassée.

En dehors des sit-in que faites-vous d’autres, pour attirer l’attention des pouvoirs publics à régler définitivement cette question?

Nous avons fait plusieurs réunions qui se sont avérées infructueuses. Actuellement, le collectif des familles riveraines à déguerpir pour le gaz de Ndogpassi, a délégué cinq personnes qui iront rencontrer la ministre du Domaine, du cadastre et des affaires foncières. Si nous ne sommes pas toujours entendus, cette fois-là, nous irons à la présidence de la République.

Entretien avec Annick Fomi

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