24/05/2013 01:41:03
Elections à la Fécafoot. Le dernier baroud d'honneur d'Iya Mohammed ?
Balle au centre ! La très attendue assemblée générale élective de la Fécafoot se tient demain samedi 25 mai 2013 à Yaoundé. Le président sortant qui n’est pas sûr de rempiler à ce poste qu’il occupe depuis 14 ans, sera opposé à deux autres candidats, déterminés à le renverser coûte que vaille.
Le Messager
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Balle au centre ! La très attendue assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) se tient demain samedi 25 mai 2013 à Yaoundé. Le président sortant qui n’est pas sûr de rempiler à ce poste qu’il occupe depuis 14 ans, sera opposé à deux autres candidats, déterminés à le renverser coûte que vaille.

Dans les « gradins », ses amis d’hier qui n’entendent pas se contenter de jouer les spectateurs.

Iya Mohammed n’a certainement pas le sommeil tranquille depuis plusieurs semaines. Le président sortant a beau donner l’impression d’un candidat serein, imperturbable, insensible aux tirs nourris de la presse et de ses détracteurs. Mais au fond de lui règne une peur qui ne dit pas son nom. Une espèce de profonde angoisse voire une inquiétude qui cache mal sa peur de ne pouvoir rééditer l’exploit de 2009, en battant à la soviétique ses deux challengers que sont John Begheni Ndeh et Marlène Emvoutou. Ces derniers qui rêvent et jurent de détrôner l’homme fort de Garoua dont le bail à la Fécafoot s’assimile beaucoup plus à une longévité digne d’un dictateur africain plutôt qu’à un mandat pavé de grandes réalisations et de perspectives pour le sport-roi au Cameroun. Car s’il est vrai qu’Iya a quand même marqué son passage à la Fédération par de bons points, on ne saurait occulter le fait que la dégringolade et la descente du football camerounais dans les profondeurs abyssales lui soit à tord ou à raison imputée.

Sa succession déjà noircie par les tensions qui ont animé les assemblées générales électives dans les Ligues décentralisées, aurait pu faire moins de fracas si le rapport du Conseil de discipline budgétaire et financière du Contrôle supérieur de l'Etat l’épinglant en tant que directeur de la Société camerounaise de développement du coton (Sodécoton) d’être responsable de 20 fautes de gestion ayant entraîné un préjudice de plus de 9 milliards Fcfa à l'entreprise, n’était pas venu entonner le chant des sirènes de la fin de son règne.

Iya Mohammed se voyait infliger une amende spéciale de 2 millions Fcfa assortie d'une déchéance valant interdiction, pour une durée de 7 ans, d'être responsable de l'administration ou de la gestion des services publics ou des entreprises d'Etat. Un argument en béton armé et servi sur un plateau doré à Begheni Ndeh qui s’est dit dans son bon droit en s'agrippant sur l'article 35 alinéa 1 des statuts de la Fécafoot portant sur les conditions générales d'éligibilité. Lequel article dispose que le candidat à la présidence ou alors le candidat au poste de membre du Comité exécutif «ne doit pas avoir été convaincu de malversations financières et ne s'être jamais vu refuser quitus de sa gestion». Même si la Commission fédérale de recours a finalement rejeté la requête de l’ancien ministre des Transports, Iya n’est pour autant pas sûr de rempiler. Son impopularité a atteint les sommets ces trois dernières années pendant lesquelles le football camerounais a connu la plus catastrophique de son histoire.

Marche pacifique

Que dire de ses relations avec certains cadres de l’équipe nationale fanion où on l’accuse d’avoir semé la zizanie? On se souvient que lors de la dernière rencontre Cameroun-Togo comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde, les téléspectateurs ont assisté à une scène plutôt curieuse : Samuel Eto’o refusant ostensiblement, sous le regard de milliers de spectateurs au stade et des officiels d’un match international, de serrer la main au président de la Fécafoot. Le quadruple ballon d’or le tenant sans doute pour responsable de sa dernière suspension et même du désordre qui règne au sein du football camerounais en général. Les joutes électorales de demain se tiennent dans un contexte sulfureux. Ce d’autant plus qu’elles risquent au pire des cas, d’être reportées.

En effet, la Chambre de conciliation et d’arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc) qui a été saisie, dans les affaires qui opposaient les Ligues départementales du Mayo Kani et du Diamaré à la Ligue régionale de football de l’Extrême Nord a rendu son verdict. L’instance juridictionnelle annule purement et simplement les élections et ordonne la reprise des Ag électives dans ces «circonscriptions». Une décision bottée en touche par la Fécafoot qui estime qu’elle n’a ni la légitimité encore moins la légalité de se prononcer sur la question.

Dans le même temps, Me Daniel Ngos, le secrétaire général du Syndicat national des footballeurs du Cameroun (Synafoc), annonce une marche pacifique de protestation pour le 25 mai prochain à Yaoundé. « Nous avons saisi le ministre des Sports, également le préfet du Mfoundi pour leur dire que nous protestons contre l’attitude de la fédération. Cette marche partira du siège du Synafoc pour la Fécafoot. De là, nous irons au Mont Fébé et nous reviendrons nous disperser à la Primature. Prendront part à cette manifestation, les footballeurs camerounais». Les motivations de cette démarche trouvent leur source, explique-t-il, dans le refus de la Fécafoot d’exécuter la sentence de la Chambre d’arbitrage et de conciliation du Cnosc qui leur a donné raison dans le litige qui les oppose à l’instance faîtière du football camerounais. Cette décision obligeant la Fécafoot d’intégrer le Synafoc comme membre de l’Assemblée générale, en tant que corps de métier. Il y aura donc de l’électricité dans l’air demain sur les hauteurs du Mont Fébé.

Système électoral

Une situation qui n’est pas pour aider le président sortant, acculé de toutes parts. Lui sur qui pèse une tonne de griefs tels la mauvaise gestion des retombées des participations aux compétitions internationales organisées par la Fifa ou la Caf, des projets à financement Fifa, des dividendes de l’équipementier de l’équipe nationale… Iya est surtout accusé d’avoir instauré au sein de la Fédération une mafia qui a fini au gré du temps et des épreuves, par causer beaucoup de tort à notre football.

Et dans cette crise, ses collaborateurs, fidèles à leur principe, l’ont encouragé. Le grand match de demain se joue à trois. Caddy Marlène Patience Emvoutou Aka’a, John Begheni Ndeh et Iya Mohammed. Les arbitres sont les 105 délégués convoqués, dont 90 venant des dix régions, 10 issus des commissions spécialisées et cinq représentants des clubs d’Elite One et Two. Mais quelles sont les chances des adversaires du président sortant? La première équation qu'ils devront résoudre est celle de constituer leur liste, l'autre verrou du système électoral à la Fécafoot étant ce mode de scrutin de liste. Ce que certains appellent vulgairement la balle du shérif. Croisons les doigts et attendons. Samedi c’est demain.

Christian TCHAPMI