22/02/2012 00:30:09
Le Cameroun, les entraneurs et la question du contrat
C’est une lapalissade. Ces dix dernières années, le Cameroun s'est passionné autour de la question de la nomination d'un entraîneur à la tête de son équipe nationale. Constat pour le moins alarmant, en dehors des résultats affligeants qu’ils ont réussi à concéder, les techniciens qui se sont succédés au banc de touche des Lions indomptables ont presque tous connu le même destin...
Le Messager
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C’est une lapalissade. Ces dix dernières années, le Cameroun s'est passionné autour de la question de la nomination d'un entraîneur à la tête de son équipe nationale. Constat pour le moins alarmant, en dehors des résultats affligeants qu’ils ont réussi à concéder, les techniciens qui se sont succédés au banc de touche des Lions indomptables ont presque tous connu le même destin.

Entre non respect des clauses du contrat qui les officialise à ce poste, manque de résultats, désaffection du public ou encore conspiration entre les employeurs, la rupture s’est toujours consommée dans la douleur. Focus sur ces sorciers blancs remerciés pour une histoire de contrat.

1- Winfried Schäffer: plus de 166 millions Fcfa d’arriérés de salaire

SchaefferIl débarque à la tête des Lions indomptables en septembre 2001 et nourrit de belles perspectives pour cette équipe qui fait déjà les beaux jours du football africain. Le technicien allemand en profite donc pour s’adjuger quelques résultats positifs à l’instar du sacre du Cameroun à la Can 2002 et la place de finaliste du tournoi de la Coupe des Confédérations  (France 2003), une prestation qui est loin de voiler la débâcle du mondial nippo-coréen de 2002.

En trois années, Winfried Schäffer détient également le record d’avoir convoqué près d’une cinquantaine de présélectionnés avec au bout du rouleau une équipe « sans âme » et ce triste constat de Modeste Mbami qui reconnaît malgré lui que « 70% du onze entrant qui commence les matches ne jouent pas dans leur club ». Conséquence logique, c’est le cumul de résultats en dents de scie lors des éliminatoires à la Can et à la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Pis, le sorcier blond s’illustre par le non-respect de la clause de résidence au Cameroun. Un mépris que ne peut digérer David Etame Massoma alors ministre en charge des Sports et de l’éducation physique (Minsep). Comme il fallait s’y attendre, le « berger allemand » est remercié au lendemain de la défaite des Lions Indomptables en Allemagne (3-0).

Mais sept mois après cette décision ministérielle qui sanctionne les multiples fautes et les résultats insuffisants enregistrés sous l’ère Schäfer, ce dernier contre attaque et adresse une requête à la Fifa pour exiger le règlement de ses arriérés de salaire par la Fécafoot. On parle de plus 74 millions Fcfa. A cela, le technicien allemand exige le versement de la « compensation pour rupture de contrat » (soit près de 90 millions Fcfa). Au total, ce sont plus de 166 millions Fcfa que Winfried Schäffer réclame à ses employeurs. En fait, son contrat n’était pas arrivé à son terme. Cinq ans après, l’on ne sait toujours pas combien le pays de Samuel Eto’o Fils a dû payer au technicien allemand. La seule somme sur laquelle une large communication a été faite, est celle que le Cameroun devait recevoir de l’entraîneur hollandais Arie Haan.

2-Arie Haan, poursuivi pour rupture unilatérale du contrat

Comme un éclair ! Son passage sur le banc de touche de l’équipe nationale n’a duré que le temps d’un battement de cils. Le coach néerlandais s’était engagé en août 2006 avec le Cameroun dans un contrat stipulant qu’il devait résider au Cameroun mais en outre présenter un programme de travail à la Fécafoot. Un contrat qu’il n’aura honoré que quelques mois, puisqu’il a démissionné de ses fonctions d’entraîneur sélectionneur en janvier 2007, soit un peu plus de 5 mois après la signature de son contrat.

Arie Haan au cours de ses cinq mois de service à la tête de la sélection nationale du Cameroun aurait brillé par des actes d’insubordination vis-à-vis de ses patrons qu’il n’a que rarement informés de ses agissements. Le 19 novembre 2010, il est condamné par la Fifa à payer 500.000 euros, soit  près de 330 millions Fcfa à la Fécafoot pour « rupture unilatérale du contrat de travail ». L’instance faîtière du football mondial avait alors donné 30 jours à l’intéressé pour s’acquitter de sa dette ; passé ce délai, le montant des réparations devait grimper de 5%. Saisissant la balle au rebond, les responsables de la Fécafoot et du Minsep avaient aussitôt engagé une large campagne médiatique autour de cette affaire. L’objectif étant sans doute de montrer aux yeux du monde la fourberie du sorcier blanc.

3-Martin Otto Pfister : poussé vers la sortie

Son arrivée comme son départ à la tête de la sélection nationale ont été à l’image de ceux de son prédécesseur Arie Haan. Démissionnaire, Otto Pfister s’est pratiquement retrouvé contrait de le faire. En mars 2008, après une défaite des Lions indomptables face au Togo à Accra au Ghana, le bruit d’un limogeage imminent de l’entraîneur a commencé à courir. Une situation pour le moins embarrassante qu’il n’a pas cru sage de supporter. Cerise sur le gâteau, arrivé en 2007, il s’est vu adjoindre, le 30 avril 2009, quatre autres entraîneurs : Jean Paul Akono, Michel Kaham, Martin Ndtoungou Mpile (entraîneurs adjoints) et de Thomas Nkono (entraîneur des gardiens de but). L’association en laquelle Augustin Edzoa, (le ministre des sports de l’époque) plaçait tous ses espoirs n’a malheureusement pas tenu longtemps.

En mai, Otto Pfister qui n’épouse pas la vision de ses employeurs, claque la porte. Une décision courageuse qu’il assume puisque « avec la mise en place d’un collège d’entraîneurs pour gérer les Lions indomptables, on m’a mis dans une situation dans laquelle je ne pouvais plus être responsable pour mes choix, décisions, et résultats », avait-t-il expliqué dans sa lettre de démission adressée au Minsep. Il poursuivait : «j’ai essayé de travailler avec les nouveaux adjoints, mais nos premières séances de travail à Yaoundé ont démontré que ces derniers étaient en position de blocage complet contre ma mission, ma philosophie et mes objectifs».

4- Akono, Kaham, Ndtoungou, Nkono : nationaux sous valorisés

En les nommant pour assister Otto Pfister, on pensait que la somme de leur expérience pourrait enfin délivrer l’équipe nationale qui enchaînait au fil des rencontres défaites après défaites. Mais c’était mal penser que de croire que ces entraîneurs à la notoriété incontestable réaliseraient cet exploit sans un sou dans la poche. Même si en recevant les nouveaux membres de ce collège d’entraîneurs, Augustin Edjoa, était conscient de ce que ces derniers n’ont pas évoqués le sujet qui fâche : le montant de leur salaire mensuel. Akono, Kaham, Ndtoungou Mpile qui attendait désespérément qu’on évoque ce sujet préoccupant pendant leur installation, n’ont fait qu’écouter le ministre qui s’attardait plutôt sur les missions à eux assignées.

La plus forte étant celle de « proposer au gouvernement toutes les mesures utiles à l’encadrement technique, matériel et psychologique de l’équipe de football fanion. » Pour tout dire, le gros problème était que ces trois techniciens étaient nommés sans signatures de contrat comme Otto Pfister. Même après avoir rencontré le Premier ministre, ils ne savaient toujours pas à quelle sauce ils devaient être mangés. Aucune orientation précise n’avait été donnée sur leurs revenus. Au Minsep, on tentait de botter en touche ce mystère en expliquant qu’une ligne budgétaire devait être créée pour supporter leurs salaires. « A défaut, ils devraient se contenter de primes », laissaient-on entendre ici. Un traitement ingrat réservé aux entraîneurs nationaux alors qu’on dépensait environ 25 millions Fcfa par mois pour Otto Pfister. Le ver étant dans le fruit, les Lions indomptables ont connu une chute vertigineuse.

5-Javier Clemente : réclame 500 000 000 Fcfa à la Fécafoot

Son histoire avec les Lions indomptables se passe de tout commentaire. Peut être parce qu’elle est à la fois ridicule, ignominieuse et pleine de suspens. Après le match amical Guinée-équatoriale/Cameroun du 11 octobre 2011 à Malabo, Javier Clemente et son adjoint François Omam Biyik avaient reçu le soutien de la Fécafoot et du ministère des sports pour préparer le tournoi Lg Cup Africa. C’est ainsi que le technicien basque avait invité son adjoint sur le vieux continent pour superviser quelques joueurs et arrêter la liste des joueurs qui allaient prendre part à cette compétition prévue à Marrakech (Maroc).

Alors qu’ils sont en pleine concertation en Espagne, ils vont recevoir par mail le préavis de licenciement envoyé par les responsables du ministère des Sports et de l’éducation physique. Dans ce mail il leur est demandé de prendre contact avec le service juridique du ministère des Sports et de l’éducation physique. Informé, l’ancien coach de l’Athletico Bilbao entre dans une colère noire et décide quelques jours plus tard de traîner ses employeurs en justice. En effet, il reproche à la partie camerounaise la rupture abusive de son contrat qui courait jusqu’en juin 2012.

Dans son réquisitoire adressé à la Fifa, Javier Clemente réfute la raison évoquée par le Minsep et la Fécafoot pour justifier son licenciement à savoir la non qualification des Lions indomptables pour la coupe d’Afrique des nations (Can) Gabon-Guinée équatoriale 2012. Pour réparer ce préjudice, Javier Clemente exige alors un sacré pactole, environ 500 millions FCfa. L’affaire s’enlise mais la Fécafoot (come toujours) reste de marbre.

6- Denis Lavagne, sans contrat et fier de l’être

C’est l’un des sorciers blancs dont le recrutement a charrié polémique, incertitudes et inadhésion au sein de la presse et même de l’opinion publique. Confirmé à la tête de la sélection nationale le 26 octobre 2011 alors qu'il était jusque là le manager général du Coton sport de Garoua, Denis Lavagne est officiellement l’entraineur sélectionneur des Lions Indomptables.

Mais surtout un entraîneur officiellement sans contrat. Un statut qui lui confère aujourd’hui l’appellation de personae non grata. Toutefois, le technicien français jure que  cette question n’est plus à l’ordre du jour,  brandissant comme argument le fait que la signature dudit contrat avait connu un retard avec le changement administratif survenu au ministère des Sports et de l'éducation physique le 9 décembre 2011.

« Le contrat a été signé. Il n'y a aucun problème là dessus», laissait-il entendre l’air amusé lors d’une conférence de presse qu’il a donnée à Yaoundé le 17 février dernier. Quand ? Où ? Avec qui Lavagne a-t-il signé l’accord d’engagement ? Nul ne le sait. Pour combien de temps ? «Je l’avais déjà dit lors de ma première conférence de presse. Allez consulter vos notes et vous le verrez», a-t-il ajouté comme pour narguer les hommes de médias. Informations contredites par certains responsables du Minsep qui affirment que le contrat de Denis Lavagne n'a jamais été signé. Jusqu’à quand va durer ce jeu de dupes ? That’s the question. Peut-être s’achemine-t-on vers une nouvelle plainte contre la Fécafoot. Just wait.

Christian TCHAPMI

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