Cameroun : Basseck Fils Miséricode : « L’humoriste a besoin de votre soutien »

L’humour au Cameroun est englué dans une spirale qui ne lui garantit pas de beaux jours à l’horizon, la profession est envahie par des aventuriers qui en viennent à voler la vedette aux vrais artistes. A nos jours, les humoristes souffrent surtout d’être traités avec très peu de considération par des organisateurs d’évènements et autres. Au micro de Cameroonvoice Basseck Fils Miséricode, le premier lauréat du « Prix Talent du Rire RFI »  propose quelques pistes de solutions qui permettront de revaloriser l’humour au Cameroun.  

Cameroonvoive : Basseck Fils Miséricode  vous êtes un acteur de l’humour au Cameroun depuis plus d’une décennie. Quels sont  les différents problèmes auxquels vous et vos confrères  humoristes faites face au Cameroun ?

Basseck Fils Miséricode : On peut en faire des thèses s’il faut vraiment aborder cette question en fond. Premièrement il y a une absence de filtre sélectif pour ceux qui peuvent réellement être considérés comme humoristes au Cameroun. Je veux dire, l’absence de base définitoire qui régit le statut d’humoriste.  Aujourd’hui pour avoir simplement poursuivi des gens torse nu avec une machette sur une scène, on peut être érigé au titre de grand humoriste ; et pris ainsi l’humour devient une espèce de fourre-tout, une pratique résiduelle ayant perdu tout son sens. Ensuite j’ajouterais  le contexte social des humoristes ; c’est-à-dire la valorisation même du métier, par l’absence de spectacles et même de diffusion, les humoristes pour la plupart deviennent des animateurs de fêtes vulgaires qu’on fait entrer pour égayer lorsque des gens mangentLe troisième problème est celui de la professionnalisation même du métier, on observe une perte totalede considération de ces as de la parole. Mais il faut aussi soulever la duplicité des organisateurs de Shows, qui sont pétris de mauvaise foi, comment est-il possible qu’on paye un humoriste camerounais avec un cachet très minable devant celui qu’on donne à un autre, étranger ? 

Cameroonvoive : Avez-vous déjà pensé à vous regrouper afin de mieux protester contre la situation de l’humoriste camerounais ?

Basseck Fils Miséricode : Bien évidemment, moult fois, j’avais contacté des confrères du métier pour leur proposer de former un syndicat des humoristes du Cameroun, mais le projet a très vite avorté. Tout d’abord  à cause de l’éparpillement des humoristes et  de l’égocentrisme démesuré de certains de nos humoristes camerounais.

Cameroonvoive : Promenez-vous des regrets ?

Basseck Fils Miséricode : Je déplore surtout le travail que vous les hommes de médias ne faites pas, ou alors vous le faites pour une catégorie d’artistes. Généralement vous délaissez les personnes talentueuses pour vous ruer vers des artistes déjà populaires, pourtant vous savez mieux que quiconque le rôle de la communication dans la vie d’un artiste. Je décrie aussi le manque d’industrialisation de notre art, car sur dix humoristes aujourd’hui, à peine trois vous diront qu’ils vivent de leur art. J’ai même l’impression qu’on oublie que l’humoriste a besoin de votre soutien dans sa salle de spectacle, il faut acheter les billets de spectacles.

Cameroonvoive : A votre avis, que faut-il faire pour venir à bout de ces difficultés et redonner à l’humoriste la place qu’il mérite dans la société ?

Basseck Fils Miséricode : Pour moi, il faudrait premièrement redéfinir les contours de l’humour, savoir qui fait de l’humour pour éviter tout amalgame comme c’est le cas actuellement. Je pense aussi qu’il faut une politique de revalorisation de notre art, j’entends par là, qu’on ne se limite plus seulement à promouvoir ceux qui ont le vent en poupe mais aussi les nouveaux humoristes. Il faudrait aussi rassembler tous les humoristes, tant ceux du registre familier, populaire ou soutenu afin que tous puissent gagner en expérience. Ils doivent prendre part, à ce grand dialogue de réconciliation humoristique, ceci pour pouvoir fixer les bases de notre travail. Privilégier l’humour réel plutôt que celui du bas de la ceinture. Je crois que les médias classiques et nouveaux doivent soutenir encore plus, ce métier artistique en ouvrant et en produisant des programmes spéciaux destinés à l’humour. Je terminerai en disant qu’il faut que les promoteurs cherchent à fabriquer des stars au lieu de les découvrir simplement, afin que tous les humoristes camerounais aient leurs mots à dire.

Propos recueillis par Yvan Ngon  (parkerngon@gmail.com)

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