Brève recension de l’ouvrage “De purs hommes”* de Mohamed Mbougar Sarr (Par Christian Velpry)

Je me demande comment un auteur peut être capable d’écrire de si belles pages et nous donner un roman aussi mal conçu et écrit, pour le principal du texte. C’est très intriguant.

Pour le dire d’emblée : pas grand-chose à sauver de l’ouvrage, mais tout de même un fragment, aux chapitres 13 & 14, les quinze pages 127-141.

C’est le 3e roman de ce jeune auteur, célèbre depuis son 4e, prix Goncourt 2021 ; les deux premiers avaient été édités chez Présence Africaine (Paris), et le dernier co-édité par Jimsaan et Philippe Rey.

A travers son héros (le « je » du roman), l’auteur pose des questions autour de l’homosexualité masculine, aujourd’hui, dans un pays comme le Sénégal ; mais le lecteur se trouve vite pris dans une écriture clinquante, bruyante, assourdissante même. L’auteur introduit de façon brutale, dans sa trame, la question de l’homosexualité masculine, en présentant diverses réactions en rapport. Deux personnages de femmes-anges, Rama, Angela, incarnant la nouvelle sagesse humaine (ou supra-humaine) et investies, pour mieux la servir, d’une sexualité aussi chaude que multiforme, se chargent, au fil du récit, d’éveiller le héros à la conscience ; elles le guideront, d’une façon nettement autoritaire, à travers les méandres d’un difficultueux coming out, donné comme imminent au point final du texte.

Tout cette part du livre s’inscrit dans une des branches actuelles du projet mondialiste, celle que je me risque à appeler le LGBT-isme genriste, c’est-à-dire la mise en exergue, en tant que projet soi-disant libérateur, de tout ce qui a été, jusqu’à notre époque, rejeté ou contrôlé pour tenter de construire les divers types de ce qu’on peut appeler famille, c’est-à-dire assurer au mieux la reproduction du genre humain, la protection des enfants et leur éducation.

Le projet mondialiste actuel, qui vise assez clairement à transformer l’humanité entière en esclaves le plus indifférenciés possible au service d’une toute petite minorité de « maîtres », s’en prend notamment comme on le voit aujourd’hui d’un bout à l’autre de la planète, à tout ce qui avait contribué jusqu’ici à l’élévation de l’espèce humaine ; entamée à partir des pays dits avancés, l’attaque mondialiste est menée partout, dans tous les pays du monde (sauf peut-être en Chine et Russie, protégées par leurs gouvernants).

J’ai décrit une des branches de l’attaque, laquelle est soutenue par l’écriture de l’auteur du livre.

Mais il y en a une autre, soutenue également dans le texte par l’auteur, celle consistant à armer des bras criminels, de par le monde, transformant des dizaines de milliers de gens paumés en terroristes dits « islamistes » ; comme on le sait, ces troupes, avançant sous les bannières d’Al-Qaïda, de l’Emirat islamique, Boko Haram, Aqmi, etc., reçoivent armes et drogues (Captagon) de l’Etat profond US et sont employées par divers États occiden­taux, dont la France. En même temps, et appuyés sur les exploits militaires de ces troupes, des prédicateurs se disant musulmans se donnent beaucoup de mal, dans divers pays où des musulmans peuvent se trouver (qu’ils représentent une minorité ou la majorité de la population), pour tenter d’amener les fidèles à lire dans le Qoran des incitations à la violence qui n’y sont pas.

L’auteur décrit avec une complaisance a priori incompréhensible de telles manifestations de violence. Ainsi, lors qu’il semble engagé dans le sens de défendre des homosexuels victimes de discriminations, il ne prend pas la peine de souligner que les exactions et violences homicides qu’il décrit de la part de foules ou groupes se réclamant de l’islam, sont précisément des actes que rien, dans le texte coranique, ne peut autoriser.

On pourrait évidemment plaider que c’est là seulement un oubli de l’auteur, mais si l’auteur est un auteur, ce qu’il omet, il l’omet de propos défini.

Donc l’auteur ne peut revendiquer la posture de défenseur des discrimi­nés, puisqu’il joue à conforter, de fait, le parti de ceux qui les attaquent. Ainsi, en omettant de rappeler que les actes criminels qu’il présente ne trouvent pas de justification dans le Qoran, l’auteur se solidarise aussi avec cette seconde branche de l’attaque mondialiste contre les peuples et leurs religions traditionnelles.  

En définitive, au fil du récit, nous nous trouvons aux prises avec une écriture serve, développant une fiction qui tend à faire partager au lecteur la position des mondialistes.

On ne s’étonnera donc pas de le voir recueillir de prestigieuses récompenses… 

Disons cependant maintenant quelques mots sur la construction littéraire du roman.

J’ai dit dès le début que je n’aime pas le style de prose de l’auteur.

Sur les personnages, ceci : obnubilé par son engagement politique, l’auteur ne se donne pas le loisir de créer des personnages qui seraient pour nous crédibles : les figures tracées sont fort schématiques, et assez improbables, y compris notamment celle du héros principal, le « je » du roman.

Mais l’auteur a recours, d’une façon qui désoriente le lecteur, à un procédé assez curieux : le roman est construit, si j’ose dire, en forme de bouteille de Klein ; c’est-à-dire que les personnages qui y apparaissent se trouvent tantôt à l’extérieur, tantôt à l’intérieur de la thématique. Si le lecteur colle au texte, il ressent devant cela un véritable vertige. C’est un procédé ; je ne porte pas de jugement dessus ; je ne sais si c’est le premier texte où ledit procédé apparaît, sans doute non ; mais je crois pouvoir augurer que ce ne sera pas le dernier.

Autre remarque.

Il reste ce fragment, que je délimite dans le texte, les pages 127-141, dont je vais parler maintenant. Il y a là tout autre chose que dans le reste du livre. Soudain, la langue devient simple, sobre, respectueuse du lecteur, et le texte est fort émouvant, qui rapporte la visite du héros à la mère d’une des victimes, celui dont le cadavre a été exhumé par la foule haineuse en délire, puis jeté dans la cour de la maison. Au deuil, énorme, d’une mère ayant perdu son fils, s’ajoute la terreur de l’acte atroce commis. Ce que l‘on ressent de l’échange entre la mère et son visiteur est tout à fait émouvant : c’est, en dépit de quelques termes mal choisis, un beau texte, on est dans quelque chose d’humain, de très réel. Si l’on veut, on peut extraire du livre ces quinze pages pour les conserver, et jeter le reste, qui ne vaut pas grand-chose. 

N.B. : Je me demande comment un auteur peut être capable d’écrire de si belles pages et nous donner un roman aussi mal conçu et écrit, pour le principal du texte. C’est très intriguant.

Je me risque à une hypothèse : l’auteur a peut-être rencontré, in  vivo, cette affaire du cadavre exhumé et jeté, ou une autre circonstance où deuil s’alliait avec horreur et scandale ; il a ainsi visité une mère qui avait perdu son fils dans des circonstances rendant le deuil encore plus accablant. Il aura, aussitôt, noté les moments passés avec elle, et ainsi écrit ces pages assez belles.

Par la suite, il aura décidé de remployer cet écrit au sein d’un nouveau roman,  à destination plus politique que littéraire. Il lui aura alors ajouté un début et une fin, dont on constate qu’elles ne sont pas de la même encre, qu’elles ne portent pas du tout les mêmes sentiments.

Enfin, je ne sais… Je vois là une petite énigme littéraire (que je n’ai pas eu l’opportunité de résoudre, n’ayant pas rencontré l’auteur). Mais ceci, en soi, n’ajoute rien, ni ne retranche rien, à mon commentaire.

C. V.

* “De purs hommes” (Ed. Jimsaan, Sénégal, 2018, 189 p. format poche, diff. librairie Philippe Rey, Paris)

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