Cameroun : Le gouverneur du Centre cache sa honte ?

Préoccupé par le trouble causé par la circulation irrégulière des motos taxi dans la ville de Yaoundé, le gouverneur de la région du Centre a pris le 7 novembre des mesures pour réglementer leur activité avec un délai de rigueur. C’est une action controversée jugée salutaire mais dont les conséquences peuvent être désastreuses pour le climat social en cas d’une mauvaise mise en œuvre.

Décision précipitée

Ce sont plus de 20 carrefours de la ville de Yaoundé, outre le centre-ville interdits aux conducteurs de moto taxi.  La mesure prendra effet dès ce 11 novembre 2019. L’ambition du Gouverneur Naseri Paul Béa est d’ « assainir l’image de la ville. A la veille du Chan, de la Can ». A-t-il laissé entendre à l’issue de la rencontre tenue avec quelques représentants de syndicats des motos taximen. De l’avis du sociologue Hervé Lam le gouverneur a mis la charrue avant les bœufs. A lui en croire « Il aurait fallu les canaliser [les conducteurs de motos, NDLR] de sorte  que tous les acteurs soient dans des syndicats identifiables. » regrette-t-il avant de déduire qu’il sera difficile d’appliquer les sanctions éventuelles lorsqu’on sait qu’un grand nombre de ces conducteurs officient dans l’anonymat. Cette décision a des chances d’être suivie dans la mesure où « l’Etat du Cameroun a les outils nécessaires pour un contrôle social accentué. Il y a cependant à se demander si les concernés ont été suffisamment sensibilisés. Est-ce qu’il y a eu  un travail en amont qui vise à ce que cette mesure soit intégrée par ces derniers ? » S’interroge-t-il. 

Une source de conflits

Hervé Lam a justement des raisons de croire que la mesure du gouverneur pourrait être source de conflits en s’appuyant sur le fait que la plupart des conducteurs sont des pères de familles et dont les revenus quotidiens permettent de subvenir aux besoins des leurs. Limiter leur champ d’action va contribuer à réduire leurs entrées estime-t-il. « Le risque est de plonger dans une délinquance généralisée. Parce que cette catégorie d’acteurs contraint d’abandonner son gagne-pain peut développer des mécanismes de survie pour assumer leurs besoins du quotidien. Dans la mosaïque des activités dans lesquelles ils peuvent se reconvertir,  il y a le banditisme et autres pratiques peu recommandables dans la société. » ; Ces derniers trainent d’ailleurs une solide réputation de cambrioleurs nocturnes.  Ce risque peut être écarté par la forme de la mise en œuvre de ces mesures  « Tout va se jouer au niveau de l’approche et des moyens. Des Ministres avaient pris des mesures pour interdire la circulation du plastique non biodégradable au Cameroun, ou même l’interdiction des vieux taxis ; ces décisions sont restées lettre morte. Ce qui a toujours fait problème dans notre contexte c’est le suivi des mesures prises. » Commente Hervé Lam. Il recommande que ces derniers soient « édifiés sur les bienfaits de la mesure, parce qu’il ne faudrait pas que la mesure soit perçue comme une sanction, mais plutôt comme un processus qui vise à régulariser la société. Aussi, il faut confier la gestion de ce processus à une Police Municipale responsable, qui n’aura pas pour rôle de les matraquer, qui va essentiellement s’atteler à rappeler aux conducteurs le bienfondé de la mesure » explique Hervé Lam.  

Les exactions de la Police Municipale qui va, sans doute, participer de la mise en œuvre de ce processus ont dernièrement conduits à des morts au rang des conducteurs de moto taxi. L’exploit de Naseri Paul Béa sera aussi de tenter l’équation d’une nouvelle soupe avec de vielles casseroles. Les infrastructures routières ne suivent pas du tout. L’initiative vise, de manière sibylline, à cacher un visage de la pauvreté au Cameroun ; mais difficile de croire qu’on pourra contourner le désagrément continuel des embouteillages, l’inconfort des engins de transport urbain ou l’insalubrité ambiante de la capitale politique aux yeux des étrangers.

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