Cameroun : la nouvelle offre de Kamto à Biya

Dans une récente sortie, le Président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun précise  les raisons du retrait de son parti  du double scrutin de février prochain en indiquant qu’il est disposé à rencontrer Paul Biya pour la résolution des crises que traverse le Cameroun.

« Je suis prêt à discuter avec lui. »

C’est sans détours que Maurice Kamto a révélé à Jeune Afrique qu’il est favorable à un échange avec Paul Biya pour la paix au Cameroun « Je tends la main au président Biya pour que nous travaillions ensemble à un projet de nouvelle République. J’y travaille moi-même depuis des décennies. Pour résoudre nos problèmes, pour le salut du pays, et certainement pas parce que je cherche un poste, je suis prêt à discuter avec lui. » Ce sera l’occasion pour le leader du MRC de livrer ses solutions pour résorber la crise dans laquelle le Cameroun sombre depuis trois ans. Il ne fait pas de mystère sur cette offre « Dans un tel contexte de violence, il faut d’abord appliquer des mesures de désescalade. Nous souhaitons le retrait des forces de troisième catégorie [l’armée] pour que seules restent sur le terrain la police et la gendarmerie. Ensuite, l’État doit engager la reconstruction des villages et des infrastructures, comme nous ne cessons de le dire, pour permettre aux déplacés de rentrer chez eux, et pour faire notamment en sorte que l’école reprenne. Nos demandes n’ont pour l’instant pas été entendues, mais il est évident que la solution à cette crise est politique. » A-t-il expliqué à Jeune Afrique.

Pour ce qui est de la forme de l’Etat, véritable pomme de discorde au fort de cette crise, Maurice Kamto est défavorable à la partition du Cameroun tout en précisant qu’il n’est pas malvenu d’en débattre « Je ne suis pas, je n’ai jamais été et je ne serai jamais pour la partition du Cameroun. Ce n’est même pas envisageable. Notre pays doit rester uni. Toutefois, on ne doit pas craindre de discuter de la forme de l’État. Ce ne doit pas être un tabou. On sent bien que l’hypercentralisation ne répond plus aux attentes des populations. J’ajoute que cette réflexion n’est pas une exclusivité anglophone, elle concerne l’ensemble des Camerounais. Pour autant, je ne suis pas favorable à un retour pur et simple au fédéralisme tel qu’il existait en 1961. Nous ne devons pas tirer un trait sur les soixante années de vie commune que, francophones et anglophones, nous avons partagée depuis l’indépendance. » Explique Maurice Kamto.

« Régler les problèmes avant de penser aux élections »

Engagé dès le lancement dans les opérations d’enregistrement pour le double scrutin de février 2020, le MRC s’est retiré de la course pour deux  raisons principales : « Premièrement, nous ne pouvons pas aller aux élections sans que les conditions soient réunies pour que les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest puissent se rendre aux urnes. Cela reviendrait à exclure ces deux régions du jeu républicain, en matière de gouvernance locale et de représentation à l’Assemblée nationale. Comme si nous nous résignions à acter, de fait, une partition de notre pays. Deuxièmement, notre système électoral a montré ses limites, il faut le réformer. Nous avons élaboré une proposition de loi en 2014 et nous l’avons déposée à l’Assemblée, mais elle n’a toujours pas été portée à l’attention de son bureau. » Commente le leader. Si de vives rumeurs ont laissé entendre qu’il a imposé ce boycott à son parti, Maurice Kamto explique que « C’est le conseil national du parti qui a choisi le boycott. Je n’ai rien décidé tout seul. Ce qui est vrai, c’est que j’étais de ceux qui pensaient que l’on devait reporter les législatives et les municipales et commencer par régler les problèmes. Un exemple : on parle du statut spécial des régions anglophones [une recommandation du dialogue national], mais personne ne connaît le contenu de cette formule !…Mais nous pensons qu’il nous faut régler les problèmes avant de penser aux élections. » précise  -t-il.

À LIRE
Malgré la "mort" de Me Sylvain Souop à la veille de l’audience à l’Union Africaine, la procédure se poursuit

A lui en croire, les aspirants aux législatives et municipales  au sein de sa formation politique ne promènent aucun regret et ne courent aucun risque. « On ne crée pas un parti pour permettre à quelques camarades d’avoir une expérience. On le fait pour atteindre des objectifs d’intérêt national. Je m’explique : si nous étions allés aux élections, nous aurions très probablement gagné des sièges supplémentaires, comme je vous l’ai dit. Nous serions entrés dans l’establishment politique et nous participerions au jeu institutionnel. Mais nous ne pourrions plus critiquer le code électoral, et nous aurions perdu de vue tous les objectifs pour lesquels notre parti a été créé, et cela pour l’intérêt de quelques-uns. Je suis convaincu que les camarades comprendront que leurs carrières politiques ne sont pas compromises. » Rassure Maurice Kamto. Si d’aucuns estiment par ailleurs qu’il n’aurait pas dû prendre part aux élections présidentielles de 2018 dans ces conditions, le Président du MRC  explique qu’au sein de sa formation politique l’ambition était davantage de  parvenir à mobiliser les électeurs et à bien surveiller les opérations de vote et parce que ce scrutin représentait aussi une chance de régler les problèmes du pays. « Cela étant, il nous a donné l’occasion de démontrer, lors de l’examen du contentieux électoral devant le Conseil constitutionnel, que les lois n’étaient pas bonnes et que, effectivement, il était plus que temps de les réformer pour éviter les crises postélectorales. »

Facebook Comments
- Publicité -
- Publicité -

Plus populaires

Autres actualités

La conférence de la Libye et la nouvelle ruée vers l’Afrique (WSWS)

Par sa forme et son lieu, la réunion fait rappeler la tristement célèbre «Conférence sur le Congo», qui s’est également tenue à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, à l’invitation du Chancelier allemand Bismarck. Son résultat fut l’«Acte général de la Conférence de Berlin» adopté par les représentants des États-Unis, de l’Empire ottoman, des puissances européennes et de la Russie.
- Publicité -
Facebook Comments