Au-delà des billevesées sardinaves, voici ce qu’a exactement dit Tibor Nagy à la diaspora camerounaise des USA

Le “Monsieur Afrique” de l’administration US est revenu dernièrement à la charge, exhortant la diaspora camerounaise dans son action en vue d’un changement significatif, seul à même de ramener la stabilité et la sécurité dans leur pays où ces deux notions et bien d’autres ont foutu le camp.

Un pays que “Mister Nagy” veut cependant voir toujours un et indivisible. Comme du reste la majorité des Camerounais, ce qui n’enlève rien à la légitimité d’une démarche sécessionniste, qui n’a rien à voir avec des actions terroristes injustifiables d’une innommable cruauté qui se multiplient ces sept dernières années au Cameroun, du septentrion à la capitale, en passant par les deux régions anglophones à l’Ouest du pays le plus au centre de l’Afrique du Centre-ouest, et dont on ne sait même plus exactement qui, de ceux qui ne les revendiquent pas et de ceux qui s’empressent de les imputer à l’ennemi, en sont les vrais auteurs.

Il n’est pas superflu de rappeler que l’an dernier, Tibor Nagy qui est un homme politique d’une constance à toute épreuve, avait félicité la diaspora camerounaise pour son action en faveur de la démocratie.

A quelque deux mois de la sortie de scène de l’administration Trump dont il fait partie, le Sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires Africaines a adressé un message à la diaspora camerounaise des Etats-Unis, réitérant la volonté de l’administration américaine de voir ce pays plongé dans le chaos reprendre sa position privilégiée d’antan de pays de paix, et surtout le souhait de ladite administration de voir la diaspora y contribuer ardemment.

Après les Commentaires tendancieux qui ont suivi ce message Cameroonvoice publie l’intégralité de ce message qui n’a pas eu l’heur, malgré son ton un tantinet équilibriste, d’être relayé par les médias proches du régime qui aiment à présenter les Etats-Unis comme le soutien des opposants camerounais de la diaspora, pour ne pas dire l’instigateur de la crise politico-sécuritaire dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.

Encore que ceux d’entre eux qui s’y sont essayés, se faisant les mouches du coche d’un sardinisme wandafulkistanien décidément frappé de nanité mentale,  s’en sont livrés à une exégèse des plus bancales, voyant dans l’exhortation de monsieur Nagy à la diaspora camerounaise des Etats-Unis d’Amérique un désaveu cinglant de celle-ci.

Une interprétation qui dénote à la fois l’analphabétisme politique et la cécité intellectuelle de ses auteurs, tout simplement incapables de lire entre les lignes les propos d’un homme d’Etat.

Peut-être  auraient-ils voulu que Mister Nagy fasse sien le parler cru macronien qui consiste à moucher les dictateurs africains comme des gamins et donne si souvent à leurs partisans forcenés, par le biais de ces humiliations en mondovision,  du grain “anticolonialiste” et “patrio…tiste” à moudre. Mais Tibor Nagy qui est un diplomate de haut vol est passé maitre dans l’art du message subliminal.

Comme le fait de remettre à Biya en mars 2019, en guise de cadeau, un portrait sur lequel celui-ci pose avec un ancien président américain George Herbert WalkerBush qui non seulement repose déjà quelques mètres sous la terre des hommes, mais aussi à qui pas moins de quatre autres hommes d’Etat –y compris son propre fils- ont déjà succédé à la Maison Blanche, alors qu’il n’avait accédé à la tête des Etats-Unis que six ans après l’accession au pouvoir du Highlander camerounais.

Comme le fait de poster rapidement un tweet quelques minutes seulement après que le média audiovisuel pro-Biya eut rapporté que la crise politique au Cameroun qui mettait alors aux prises le président Paul Biya et son ancien adversaire à l’élection présidentielle, le président légitimement élu Maurice Kamto,  et la crise anglophone qui avait cours depuis fin 2016, n’avaient pas été évoquées lors de l’audience que lui avait accordée Paul Biya le 18 mars 2019.

#ctaText??#  Représailles au Cameroun : Privé de séjour en Suisse, Paul Biya renforce le dispositif militaro-policier de séquestration de Kamto

Tibor Nagy aurait bien pu préciser que son tweet était un démenti au grossier fake de la Crtv, mais il s’en abstint, laissant à ceux que la plus le média mensonge officiel avait réussi à abuser, quelques instants plus tôt, le soin de faire le parallèle et de tirer leurs propres conclusions.    

Ainsi, par exemple, quand il demande au nom des Etats-Unis « à tous les acteurs de répondre pacifiquement aux griefs à long terme qui alimentent le conflit actuel dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et de cesser d’exacerber les difficultés vécues par les civils dans ces régions. », il ne faut pas s’arrêter au seul mot « pacifiquement », mais se demander qui formule des griefs dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, d’une part, et d’autre part qui  doit répondre pacifiquement aux griefs. Dès lors il sera aisé de saisir l’identité de celui à qui s’adresse le conseil d’user de moyens pacifiques. Et dire qu’on ne suggère la voie pacifique qu’au(x) violent(s). A ceux-là qui usent d’oppression, d’injustice et de brutalité.

Et non à ceux qui se défendent contre. Car contrairement à ce que prétendent du haut de leurs chaires certains hurluberlus, sordides théoriciens de la primauté du droit de la force sur la force du droit, la notion de “monopole de la violence physique légitime” (Monopol legitimer physischer Gewaltsamkeit), développée par Max Weber dans son “Le Savant et le Politique” ne se conçoit que comme le droit conféré à un Etat d’user de tous les moyens, y compris extrêmes, pour imposer l’ordre et la justice à tous et pour tous en son sein. A partir de cette acception triviale de la chose, il devient indiscutable qu’un gouvernement de communauté qui n’est pas caractérisé par son sens de la justice et de l’ordre pour tous -à travers des règles qui s’imposent aussi bien aux faibles qu’aux puissants- est illégitime et ne peut faire valoir raisonnablement la nécessité pour les membres de la communauté de lui laisser le monopole d’user seul de la violence. Au risque pour ceux-ci, -à moins qu’ils soient tous des sadomasochistes, de consentir à leur asservissement. 
 

Ci-après, LE MESSAGE DE TYBOR NAGY À LA DIASPORA CAMEROUNAISE « La diaspora camerounaise aux États-Unis peut et doit jouer un rôle essentiel pour mettre fin à la violence au Cameroun  ».

« En tant que communauté, votre influence peut être ressentie à travers des remarques publiques, des conversations privées, des envois de fonds, des conférences internationales et des publications sur les réseaux sociaux.

Nous vous encourageons à utiliser le pouvoir de vos voix de manière constructive pour promouvoir la paix en vous engageant avec les Camerounais du monde entier, le gouvernement américain, le Congrès et sur les réseaux sociaux.

Nous comptons sur la diaspora camerounaise aux États-Unis pour participer de manière constructive à répondre à ses préoccupations concernant le Cameroun. Nous ne travaillerons pas avec des groupes – ni n’assisterons à des événements organisés par la diaspora – qui incluent des appels à la violence ou des discours de haine. Les États-Unis soutiennent l’intégrité territoriale du Cameroun et demandent à tous les acteurs de répondre pacifiquement aux griefs à long terme qui alimentent le conflit actuel dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et de cesser d’exacerber les difficultés vécues par les civils dans ces régions.

Le gouvernement des États-Unis considère la diaspora camerounaise comme une communauté critique qui peut faire pression pour un changement significatif au Cameroun pour répondre aux griefs à long terme, soutenir la sécurité des travailleurs humanitaires, ramener les enfants à l’école en toute sécurité et mettre fin aux combats qui ont conduit à des souffrances indicibles. »

Tibor Nagy

De même, quand Tibor Nagy veut faire comprendre que le changement de régime doit être radical de manière à éradiquer tout ce qui peut faire penser au Biyaïsme, et que c’est le seul moyen, non seulement de répondre de manière satisfaisante et définitive aux problèmes posés par les anglophones ou par les Camerounais épris d’équité en matière électorale, mais également de rétablir durablement la sécurité dans le pays, notamment la sécurité des travailleurs humanitaires et des enfants que l’on tue dans les écoles pour envoyer des messages au camp adverse, il ne le dit pas dans des termes que les villageois en costume trois pièces et autres nervis tribalistes qui écument les milieux dirigeants de la “sardinavie” rampante peuvent saisir du premier coup.

Il préfère charger la “communauté critique” qu’est la diaspora camerounaise de la mission de « faire pression pour un changement significatif au Cameroun pour répondre aux griefs à long terme, soutenir la sécurité des travailleurs humanitaires, ramener les enfants à l’école en toute sécurité et mettre fin aux combats qui ont conduit à des souffrances indicibles. »

Si on peut désavouer quelqu’un et lui confier ou suggérer une tâche dont des millions de vies dépendent de l’accomplissement, alors c’est que les mots ne disent plus ce qu’ils veulent dire.

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