Crise anglophone : pour Georges Alain Boyomo “l’ordre gouvernant camerounais a opté pour le pourrissement”

Quatre fonctionnaires de l'administration pénitentiaire dont le délégué régional du Nord-Ouest, ont perdu la vie le 12 avril dernier dans une embuscade des tristement célèbres Ambaboys. Ces nouveaux morts viennent noircir davantage le tableau des victimes de la crise sécessionniste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, laquelle a éclaté il y'a cinq ans.

A l’observation, on s’y habitue déjà au point de les banaliser autant que les communiqués réguliers du gouvernement qui condamnent “avec la plus grande fermeté” ces actes “à la fois ignobles, lâches et barbares” et qui font état des “condoléances les plus attristées du chef de l’État et du peuple camerounais tout entier aux familles des victimes, si durement éprouvées” avant d’annoncer l’ouverture d’une enquête ” pour faire la lumière sur les circonstances exactes” de ces différents attentats.

Le scénario est donc désormais bien rodé au point où il n’émeut plus grand monde. C’est à peine si l’on se souvient de cette citation d’André Malraux: “une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie”. L’horreur et la désacralisation de la vie sont désormais au NoSo ce que le souffle est à l’être humain. Qu’on se le dise. Les guerres séparatistes ont ceci de particulier qu’elles durent et métastasent. Mais pour éviter l’enlisement total et complet, il faut coûte que vaille continuer à faire prévaloir l’arme de la négociation, l’arme du dialogue, quelle qu’en soit la forme. Sur ce point précisément, on a le sentiment que l’ordre gouvernant camerounais a opté pour le pourrissement, espérant que quelque chose d’avantageux et confortable en sortira pour lui et incidemment pour les populations locales.

Dans un élan autoglorificateur, des thuriféraires du régime estiment d’ailleurs que Yaoundé a déjà gagné la guerre (faire avorter la sécession) et qu’il ne reste plus qu’à gagner la paix. Soit. Mais une guerre, pensons nous, se gagne lorsque les armes se taisent et lorsque le cours normal de la vie reprend. Ce n’est toujours pas le cas dans les deux régions en crise. Hélas.C’est dire si le problème reste entier.Au-delà de l’action impulsée du sommet de l’État, il est sans doute temps d’interroger celle des “Houses of chiefs” (chambre des autorités traditionnelles) en place depuis décembre 2020.

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Ont-elles entrepris des démarches de médiation avec ces hordes de jeunes tapis dans la brousse qui excellent dans le grand banditisme voire le terrorisme ? Les autorités traditionnelles qui y siègent jouissent-elles (encore) d’une légitimité susceptible de leur permettre de prendre langue et faire passer le message de paix auprès des combattants sécessionnistes? Ont-elles les capacités opérationnelles pour jouer les Go-between?Autant de questions qu’il faut se poser tant la situation sur le terrain reste confuse en dépit de l’avènement souhaité et applaudi de la “case des sages”.

Osons, en tout cas, espérer que ces “Houses of chiefs” ne sont pas simplement venu en renfort de la bureaucratie budgetivore et opportuniste qui fait partie des déclencheurs de la crise en cours.Au demeurant, il faut soigneusement éviter que le silence et la banalisation s’installent au sujet de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Plus on en parle mieux ça vaut.

Par Georges Alain Boyomo

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