Cameroun : Le buzz du “retrait des passeports” des membres du gouvernement pour ressusciter Paul Biya ?

Si des langues tenues généralement pour mauvaises, mais ayant la prétention de relayer des esprits avisés  affirment sans en démordre que Paul Biya ne tiendrait plus les rênes d’un pouvoir d’Etat qu’il aurait cédé dans le cadre d’une transmission de gré à gré à certaines de ses « créatures », dont  un certain Ferdinand Ngoh Ngoh, officiellement ministre d’Etat Secrétaire général de la Présidence de la République, mais dans les faits, véritable président de la république, des décisions de première importance continuent cependant de porter son estampille ou de lui être attribuées. De quoi confondre ceux pour qui le vieux président de 86 ans dont 37 à la tête du Cameroun ne servirait plus qu’à faire des discours en public ou à représenter le Cameroun  dans les cénacles internationaux en lieu et place du chef de l’Etat de fait.

C’est le cas du retrait des passeports d’une bonne demi-dizaine de ministres dont l’”information” a circulé avec insistance mercredi sur les réseaux sociaux. On y apprenait alors que le président Biya, himself, aurait donné des instructions pour que soient confisqués les passeports de cinq de ses proches collaborateurs, et que lesdites instructions seraient du reste déjà exécutées par le plénipotentiaire en la matière, en la personne du Délégué Général à la Sûreté nationale (DGSN).

Et si l’affaire du retrait des passeports n’était que le nom d’un canular savamment concocté… à dessein ?

Sous réserve d’un autre développement de l’actualité, Cameroonvoice est pourtant en mesure d’affirmer qu’il n’en est rien. Des recoupements auprès de nos sources, tant à la présidence qu’à la DGSN démentent l’existence d’instructions présidentielles allant dans ce sens. Et la propagation de cette « information tiendrait plutôt d’une équation politicienne  d’une extrême complexité.

Bien plus, nos sources semblaient s’accorder mercredi soir sur le fait que l’information que nous tentions de vérifier pourrait  participer d’« une manœuvre de préparation de l’opinion à des arrestations qui pourraient viser des membres du gouvernement –pas forcément ceux dont les noms étaient publiés-  n’étant pas en odeur de sainteté avec le “vrai président de la République”  qu’est le ministre d’Etat SGPR. ».    

Quoique dubitative et procédant par hypothèses et déductions plus ou moins logiques, une source de Cameroonvoice  à la présidence qui nous a conseillé d’attendre d’être en possession d’un document portant les “hautes instructions présidentielles” « avant de vous agiter », évoque, outre la probabilité d’une machination du cabinet du SG de la présidence visant le ministre des Finances, considéré à tort ou à raison, comme le “dernier bastion humain de poids” à prendre pour éliminer définitivement l’ancien puissant « clan Bulu » de la course à la succession du Prince au profit de Ngoh Ngoh,   chef de file présumé d’un tout aussi présumé « clan Nanga »

 « Mais, ajoute-t-il, il ne faut pas oublier que ces derniers mois, voire depuis la présidentielle de 2018, les détracteurs du chef de l’Etat ont prétendu qu’il n’était plus maître du système dont il est le chef. Il ne faut donc pas exclure que de temps en temps des pavés soient lancés dans la marre comme ça, sous forme de bulles, pour faire croire aux Camerounais ainsi qu’aux alliés étrangers de l’opposition qui croient à toutes les sornettes qui se racontent sur le chef de l’Etat, que celui-ci est bel et bien en possession de tous ses moyens, surtout celui de gouverner, à travers des faits et des gestes dont il était réputé jusqu’ici  être passé maître dans l’art, comme le fait d’emprisonner des ministres chaque fois qu’il est en difficulté, les jetant ainsi en pâture à l’opinion publique pour détourner l’attention de celle-ci. Une chose est cependant sûre, la décision de retirer des passeports à des ministres n’existe pas pour le moment, et en tout cas, elle n’émane pas du président Biya. ».

Et d’ajouter que quand bien même une décision aurait été prise dans le sens indiqué sur les réseaux sociaux, il serait difficile d’imaginer que se retrouvent parmi les cibles de la mesure de retrait des passeports, le ministre des Arts et de la Culture, Pierre Ismaël Bidoung Mkpwatt qui est une “notabilité incontestable du clan Nanga“,  le Secrétaire général des Services du Premier ministre qui « a toujours servi de relai de choix au niveau de l’appareil gouvernemental aux lubies du ministre d’Etat SGPR » sans oublier le ministre des Travaux Publics, accusé par une frange de l’opinion et une certaine presse, de complicité très visible avec le… SGPR justement, dans la dilapidation alléguée des ressources financières affectées à la réalisation des infrastructures sportives et connexes dédiées à l’accueil de la Coupe d’Afrique des nations de football de 2019 finalement retirée au Cameroun.  Sans oublier le ministre de l’Administration territoriale, Atanga Nji, allié de taille du régime dans la guerre que celui-ci mène contre ses propres congénères anglophones ayant opté pour la sécession.

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A moins qu’il ne s’agisse de la reconduction par le ministre d’Etat Secrétaire général de la méthode Biya qui a consisté jusqu’à un certain moment, tantôt  à sacrifier le plus froidement du monde des personnalités qui lui étaient proches, donnant l’impression de ne pas avoir d’amis  ou de ne pas être complaisant vis-à-vis de ceux dont le comportement donnait de son régime l’image négative d’un clan de “népotes”, ce dans l’intérêt de la consolidation de son pouvoir, tantôt à prendre des décisions incroyables dans le but de le stabiliser.

Il en serait alors de la “libération” au compte-gouttes de certains « détenus de la crise anglophone », de la “libération”, dernièrement, –sous la pression internationale- de l’opposant Maurice Kamto et des centaines de ses camarades, ou de l’incarcération en mars, de l’ancien tout-puissant ministre de la Défense, Mebe Ngo’o et de son épouse. Des actes tous signés F. Ngoh Ngoh.

Un diplomate de « haut vol » qui sait ce qu’on peut mettre dans la cagnotte pour intéresser l’interlocuteur et qui prenant les Camerounais pour acquis, peut se permettre de les jeter massivement en prison sous des prétextes divers, et les utiliser souverainement comme monnaie d’échange,  à chaque fois que la communauté internationale et/ou des puissances étrangères se ligueront contre la satrapie gouvernante en place. Car le moment opportun, il sait faire intervenir des élargissements décidés discrétionnairement et portant la marque de la magnanimité, pour que son  véritable interlocuteur qui n’est pas le peuple camerounais, mais l’extérieur, lui lâche la grappe.

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Certaines diplomaties occidentales ou régionales n’y  ont par exemple vu que du feu  quand à l’issue du Grand Dialogue national, le président Biya (prête-nom de Ngoh Ngoh ?) a plutôt libéré Maurice Kamto  et ses camarades en essayant de noyer cette concession forcée dans l’acte de libération de 333 prisonniers anglophones. Quoique n’étant pas dupe des véritables intentions du régime de flouer son monde, la communauté internationale s’est sentie obligée de constater que le régime avait fait le premier pas, et qu’il ne restait qu’à l’opposition, politique ou armée, de faire l’autre pas en accueillant avec bienveillance ce geste d’apaisement, pour que soit synchronisé le processus de normalisation. Qu’importe si les personnes arrêtées arbitrairement et détenues illégalement n’auraient jamais dû l’être.

C’est dire combien les arrestations et menaces d’arrestation de personnes ont plus servi à polir l’image du régime Biya sous Paul Biya, continuent de servir ce régime sous Ngoh Ngoh. Avec cette constante remarquable dans tous ces actes “régaliens”, qu’ils sont toujours posés quand l’état de santé du président officiel est annoncé au plus mal. Comme ces derniers temps où il faut consulter la robotique pour saisir les subtilités de la démarche présidentielle.

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