Terminal A Conteneurs du Port Autonome de Douala : Grâce à Le Drian, Biya et la cour Suprême, Bolloré reprend [sa] chose

En Françafrique, il ne fait pas bon vendre la peau de l’ours français avant de l’avoir tué. Le retour de flamme peut être dévastateur pour les cœurs fragiles. Illustration, le rejet mercredi  par la chambre administrative de la Cour suprême du Cameroun du pourvoi formulé par le PAD contre le consortium APM/Bolloré.

Ce rebondissement –judiciaire-  marque la dernière péripétie en date de l’affaire de la concession du Terminal à Containers (TAC) du Port Autonome de Douala (PAD).

Officiellement, c’est le chef de l’Etat, Paul Biya, qui avait instruit la non-reconduction du contrat liant Douala International Terminal (-DIT-, label sous lequel évoluait APM/Bolloré) au consortium conduit par  le Français Bolloré Transports and Logistics, nonobstant le fait que celui-ci et la plateforme portuaire venaient d’être liés par un contrat de prorogation de deux ans repoussant à 2021 l’échéance de la fin de l’exploitation du TAC par APM/Bolloré.

Au commencement étaient de « hautes instructions présidentielles » et son implémentation volontariste par le management du PAD ?

C’est donc fort de la haute instruction présidentielle que le top management du Pad s’était empressé d’exclure   Bolloré Transports and Logistics et APM de la short-list des pré-qualifiées pouvant participer à la concertation internationale restreinte en vue de la concession de la gestion du TAC, alors qu’ils étaient encore en affaires. D’ailleurs le consortium exclu avait saisi la justice camerounaise pour que celle-ci oblige le PAD à lui expliquer le procédé cavalier  de sa mise à l’écart, et surtout pour  obtenir du tribunal, l’annulation de la procédure ayant débouché sur sa mise à l’écart. Et pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, Bolloré et Apm avaient par ailleurs saisi la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris au sujet du paiement des frais de stationnement qui l’opposait au PAD.

La venue de Jean Yves Le Drian serait-elle passée par là ?

Qu’est-ce qui n’a pas marché

En réaction, le Tribunal administratif de Douala  rendait le 16 août 2019 une décision suspendant la procédure de mise en concession du TAC du PAD. Cinq jours plus tard, coup de tonnerre ! Le Port autonome de Douala obtient du tribunal administratif de Douala, un pourvoi contre la décision susmentionnée, et s’autorise un petit triomphe. Le triomphe deviendra total lorsque le  directeur général du Port Autonome de Douala  signe le 16 septembre 2019, un communiqué désignant la société de droit suisse Terminal Investment Limited (-TIL- allié au milliardaire camerounais) El Hadj Hamadou Baba Danpullo comme adjudicataire provisoire de la concession du terminal de Douala.

« En application de l’article 30 du règlement de consultation, les discussions de finalisation des termes du contrat de concession, ensemble des annexes, vont débuter sans délai, dans la perspective de l’entrée en service du nouvel exploitant dudit terminal le 1er janvier 2020 »,

pouvait-on alors lire dans le communiqué de Cyrus Ngo’o, qui informait en outre que

« La Société Til prendra part, à la date qui lui sera formellement communiquée, aux négociations relatives à l’optimisation de son modèle financier et à la finalisation des termes du contrat de concession ».

L’espoir brisé

Des Camerounais applaudirent des quatre membres l’attribution à un autre que Bolloré du TAC, caressant l’espoir que la mise à l’écart de celui-ci par le régime Biya de l’une des multiples affaires que le magnat français des transports et de l’agro-industrie a réussi à monopoliser  au Cameroun, constituait les prémices de la traduction dans les faits du désir des Camerounais d’éloigner la France de ses affaires. Hélas !

C’était compter sans le bras long de Bolloré dont les réseaux semblent avoir maillé l’ensemble du pouvoir politique français grâce à sa puissance d’argent. Or qui dit pouvoir politique français, dit tutelle du pouvoir politique au Cameroun, pays dirigé par « le meilleur élève » de l’Hexagone.

Le parallélisme des formes juridiques pour entériner le repositionnement politique de Bolloré ?

C’est ainsi qu’à la surprise générale, on apprend en octobre dernier, à la suite du voyage à Lyon en France du chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, suivi une dizaine de jours plus tard du voyage du chef de la diplomatie française, Jean Yves Le Drian,  que l’entrée en service du nouvel exploitant avait été suspendue sur hautes instructions présidentielles.

En rejetant hier le pourvoi du PAD, la Chambre administrative a simplement donné le coup de pouce nécessaire au pouvoir politique qui avait besoin d’un semblant de respect du parallélisme des formes pour se sauver la face dans ce processus de remise en scelle du groupe Bolloré : on s’était servi de la Justice pour enlever à Bolloré et donner à TIL, aujourd’hui on se sert de la justice pour reprendre à TIL et donner à Bolloré.

L’humiliation du Cameroun pour la sauvegarde  de l’illustre strapontin ?

Au sein du régime, on se défausse sur le ministre d’Etat Secrétaire Général de la Présidence de la République, en parlant de son échec et de son humiliation personnels et non de celui du Cameroun. Car selon ces “patriotes” de la 25ème heure, c’est Ferdinand Ngoh Ngoh, qui serait à l’origine des « hautes instructions » attribuées au président de la République au sujet de l’éjection de Bolloré du PAD, pour à la fois régler un compte personnel, et pour répondre positivement aux complaintes des dirigeants du PAD qui n’avaient de cesse de lui faire remarquer que l’exploitation et la gestion du TAC du PAD par celui-ci en quinze années n’avait rien rapporté au Cameroun. 

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que chaque fois qu’un Camerounais sera humilié par la France, seul pays au monde dont les dirigeants n’ont jamais voulu que du mal au Cameroun en particulier et à l’Afrique en général  – il n’y a qu’à voir comment en l’espace de quelques mois, le président français  Sarkozy a réussi  à dégommer deux chefs d’Etats africains (Mouammar Kadhafi de Libye  et  Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire)  qui sans être forcément des modèles incontestables de démocratie, étaient au moins des serviteurs fidèles des intérêts de leurs peuples, tandis que le Cameroun  ploie sous la férule crapuleuse d’une inamovible dictature dont le chef peut se permettre quand il lui en prend l’envie, de donner à la France des leçons de longévité au pouvoir : « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure au pouvoir qui peut ».

C’est le Cameroun qui en sort humilié, compte tenu du pied de nez que Bolloré vient de faire aux responsables de la gestion de la plateforme portuaire et au premier des Camerounais dont la mise à l’écart initiale de Bolloré participait de l’application des hautes instructions. C’est surtout une humiliation pour notre pays qui allait gagner beaucoup au triple plan financier, infrastructurel et humain  au regard du modèle financier et managérial dont la mise en œuvre était annoncée par TIL, et qui, rapporté aux investissements de APM/Bolloré au cours des 15 dernières années, campait l’image du jour en ce que cela comporte de positif, comparé à la nuit, dans ce que celle-ci comporte de négatif.

Mais n’est-ce pas le prix à payer pour qu’à Paul Biya appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles ?

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