Les failles de la nouvelle monnaie coloniale l’ECO

Par Jordan Ambang II

La petite histoire

Le 23 décembre dernier, alors que les regards du moins dans le monde chrétien sont rivés vers la fête de la nativité, l’histoire se répète. À l’instar du FCFA qui était institué le 26 décembre 1945 au tout lendemain de la fête de Noël, le Président Français Macron pourtant exténué par la crise des retraites dans son pays, en visite en Côte d’Ivoire annonce au côté de son homologue 2e meilleur élève, la fin du FCFA dans la zone UEMOA au profit de la monnaie ECO, qui jusqu’ici faisait l’objet d’un projet inachevé de monnaie unique pour toute l’Afrique de l’Ouest.
À en croire les deux présidents, le FCFA qui jusqu’ici fait l’unanimité des critiques verrait naître via l’ECO trois principales réformes à savoir : La fin de la centralisation des réserves de changes, le changement de nom bien évidemment et la sortie des représentants français du conseil d’administration de la BCEAO, la banque centrale des états de l’Afrique de l’Ouest.

Des réformes ou des réformettes?

Avant de pousser le bouchon du champagne afin de faire jaillir l’arnaque de l’histoire, il est important de remuer la bouteille et de bien comprendre le fond du sujet.
C’est donc quoi la centralisation des réserves de changes ?

La centralisation des devises pour les Nuls

Les réserves de change de la zone franc étant l’ensemble des devises ( monnaie extérieure autre que le FCFA) issues des exportations des produits de la zone franc, la centralisation des réserves de change n’est alors rien d’autre que l’entourloupe par laquelle l’Etat français, véritable garant de notre monnaie décide de retenir au sein de sa banque centrale 50% (depuis 2005) des devises de la Zone franc en contrepartie de la parité fixe du FCFA à l’Euro, pour faire simple, le gourou français estime que parce que nous sommes entièrement immatures et irresponsables et que nous brillons par les détournements, la corruption et les dépenses ostentatoires , s’il nous confie la gestion de nos devises, celles-ci seront entièrement dépensées et la stabilité de la monnaie sera menacée. Or soucieux de notre avenir et de la stabilité de notre monnaie, il se propose alors de garder nos devises puisque contrairement à nous, il pourra les gérer avec parcimonie, mais en retour il nous demande JUSTE 50% de ces devises là et une parité de notre monnaie à la sienne, c’est fou non?
Maintenant que nous avons tous compris cette notion de centralisation des devises, il est plus évident pour nous de desceller l’arnaque des fameuses réformes de la monnaie ECO.

Raisonnement par l’absurde :

Supposons que l’ECO mette effectivement fin à cette centralisation, alors les devises de l’UEMOA seront stockées et gérées par une ou plusieurs banques centrales de l’UEMOA. Ce qui revient à dire que celles-ci auront le total contrôle de ces réserves, d’autant plus que la seconde réforme de l’ECO établit le retrait des représentants français qui ont jusqu’ici le droit de veto au sein des conseils d’administration de l’UEMOA. Et puisque les réserves de changes sont entièrement confiées à l’UEMOA, le risque de dépenses incontrôlées de ces devises est bel et bien existant ce qui induit, puisque nous sommes irresponsables, un haut risque de dévaluation du FCFA. Or, la parité à l’euro est maintenue: c’est absurde puisque cette parité garantit justement la stabilité de notre monnaie. Nous revenons donc à l’hypothèse de base pour affirmer sans risque de nous tromper que la fin de cette centralisation n’est purement et simplement qu’un mirage.
Ce n’est donc qu’une reformette.

La suppression du droit de Veto : l’esbroufe

La deuxième réforme annoncée avec la venue de l’ECO c’est le prétendu retrait des représentants français du conseil d’administration de la BCEAO. À ce niveau, on se demande de prime abord laquelle des bouches de Ouattara faut-il croire: celle qui a effectivement annoncé le retrait du droit de veto français au sein de la BCEAO ou alors celle qui démentait en 2016 sur le plateau de TV5 monde l’existence même de ce droit de veto au sein de la BCEAO dont il avait été le gouverneur; le flou commence à naître. Ensuite, l’appropriation par Macron de l’ECO qui jusqu’au 23 décembre était un projet commun pour toute l’Afrique de l’Ouest y compris le Nigeria et le Ghana est une preuve patente que la servitude monétaire dont parlait l’économiste camerounais Joseph Tchundjang Pouémi se perpétuera avec le fameux ECO. C’est la raison pour laquelle le Nigeria et le Ghana, autonomes sur le plan de la monnaie avec leurs respectifs Naïra et Cédi et parties intégrantes du projet ECO, ont pris leurs distances par rapport à cette supercherie macronique.
La deuxième réforme n’est donc également rien d’autre qu’une reformette

À LIRE
Réforme du CFA : la France à la manœuvre, la bataille pour l'indépendance économique et monétaire doit se poursuivre (Parti Communiste Français)

Il est donc plus aisé de comprendre à ce moment que la seule véritable réforme digne de ce nom est justement le changement de nom, nom lui même volé à la CEDEAO.

Les Non-dits. L’ECO, une monnaie Hors-Sujet

Au delà du voilage d’esprit visé par les prétendues réformes annoncées, il est important de se souvenir de ce qui n’a pas été officiellement mentionné notamment le maintien de la parité fixe de l’ECO à l’Euro
En effet, comme démontré plus haut, c’est justement cette parité qui confirme le mensonge de l’arrêt de la centralisation des devises, l’ECO sera bel et bien toujours arrimé à l’Euro et 50% des devises de l’UEMOA puisqu’il s’agit d’elle seront toujours reversées au trésor français mais cette fois ci en coulisse.
De plus le maintien de cette parité positionne encore la monnaie ECO au rang de monnaie hors-sujet qui fluctue lorsque l’Euro fluctue c’est à dire en fonction des réalités économiques de la zone Euro et non en fonction des réalités économiques de la CEDEAO. Pour faire simple, en l’état actuel des choses c’est à dire avec le FCFA, si la réalité économique de la zone Franc demande une fluctuation négative de la monnaie pour par exemple équilibrer le dual Export/Import et que le contexte économique de la zone Euro demande une augmentation de l’Euro pour équilibrer son dual, le FCFA subirait tout bêtement la fluctuation imposée par la zone Euro pour la zone Euro et non pour la zone Franc. Et malheureusement, aucune des prétendues réformes annoncées même s’il faut les prendre telles qu’ils nous les ont présentées ne permettra l’arrêt de cette tragédie avec l’ECO.

Coup de poignard sur le communautarisme : l’Epée de Damoclès

Le communautarisme souhaité par le projet de base prend un coup de poignard en plein cœur avec cette parité conservée puisque l’industriel ivoirien qui voudra importer de la banane de Penja au Cameroun sera toujours obligé de passer par une conversion Eco – Euro puis Euro – XAF pour valider ses transactions, ce qui demeure au profit de la France qui garde donc tout le contrôle du marché communautaire; capable de convertir les devises quand ça l’arrange et de ne pas le faire quand ça ne l’arrange pas et c’est ce qui explique quelquefois les retards observés dans les financements de certains projets communautaires et d’envergure.

Les frais d’émission monétaire : la partie immergée de l’ICEBERG

Finissons notre analyse en rappelant qu’au-delà de tout ce qui a été préalablement décortiqué, l’une des failles les plus flagrantes de cette mascarade macronique est la conservation des frais d’émission monétaire.
En effet, à l’instar du FCFA qui depuis sa création est frappé à Chamaliere en France pour ce qui est des billets de banque et à Pessac pour le cas des pièces, aucune réforme macronique annoncée n’envisage l’autonomie de la fabrication de la monnaie ECO, le taux d’émission monétaire sera bel et bien maintenu et supporté par l’UEMOA au profit du gourou Français.
La non exhaustivité de cette étendue de failles nous permet donc de nous résoudre à l’idée de la supercherie macronique qui joue les bons samaritains en Afrique au moment où son pays est au crépuscule de la 5ème République, mais justement, tout s’explique.

Source: http://educfinance.unblog.fr/2019/12/27/du-fcfa-a-leco-de-la-supercherie-a-lesbroufe-2/

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