Après le massacre à Ngarhbu, le régime BIYA massacre la communication gouvernementale

Comme à chaque fois qu’il lui est donnée l’occasion de couvrir ses crimes d’un vernis au parfum de rose, le régime de Paul Biya a livré sa version des faits au sujet du massacre survenu le 14 février dernier à Ngahrbu, au village Ntumbaw, dans le Donga Mantung, au nord-ouest anglophone au Cameroun (nord du Southern Cameroons).

Mais de toutes les communications gouvernementales autour des grands scandales et catastrophes impliquant le régime dit du Renouveau depuis son avènement le 6 novembre 1982, la dernière au sujet de l’incident de Ngarhbu aura été la plus catastrophique qui soit. C’est dire si le silence valait mieux que ce que le gouvernement camerounais a servi au monde entier ces derniers jours.

En effet, le communiqué du ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo et la déclaration du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi face aux médias camerounais, respectivement les 17 et 18 février 2020, constituent en eux-mêmes la preuve du degré de désinvolture du régime de Paul Biya face à l’humaine condition. Car comment comprendre, si l’on s’en tient à la version officielle, que 5 civils périssent le 14 février 2020, calcinés par des flammes qui ont jailli d’un bidon de carburant au cours d’échanges de tirs entre des soldats camerounais et indépendantistes anglophones, et que ce n’est que 3 à 4 jours plus tard que le gouvernement camerounais réagit ? Cela pousse quand même à réfléchir et à s’interroger.

Joseph Beti Assomo, Ministre Délégué chargé de la Défense

Pour ceux à l’œil fin qui ont pu le remarquer, le 17 février dernier, le chef de la cellule de communication du Ministère de la Défense, capitaine de frégate Atonfack Serge Cyrille, a rendu public un communiqué dans lequel il parlait de 6 soldats dont 4 militaires et 2 gendarmes qui ont conduit l’opération ayant occasionné des « dégâts collatéraux ». Quelques heures plus tard, dans un autre communiqué pas très différent de celui de son chargé de la communication, le ministre de la Défense a jugé utile de supprimer cette précision sur le nombre de soldats ayant dirigé l’opération du 14 février à Ngarhbu. Le lendemain, face à la presse, la communication de René Sadi a fait mention des 6 soldats, supprimée la veille par son collègue du ministère de la Défense. Il s’agit là d’une cacophonie qui traduit un manque de sérénité suite à ce massacre. De plus, qui est fou pour croire que 6 soldats suffisent pour mettre en déroute un groupe armé ?

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Autre curiosité, la communication du gouvernement du Cameroun a parlé d’une habitation à Ngarhbu dans laquelle se seraient réfugiés des membres d’un groupe indépendantiste armé et où étaient stockés armes, munitions, bidons de carburant frelaté, stupéfiants. Le gouvernement fait également état de 7 indépendantistes neutralisés par des soldats camerounais ce 14 février. Mais jusqu’ici, l’on attend toujours de voir une image ou une vidéo des corps des 7 « sécessionnistes » neutralisés ainsi que du stock d’armes, de munitions, de bidons de carburant et autres retrouvés dans ce hameau. De plus, le pouvoir de Yaoundé parle d’une langue de feu provoquée par ces échanges de tir, laquelle provenait des bidons d’essence et s’est propagée dans les habitations environnantes. Ce qui a conduit à la mort de 5 civils dont une femme et 4 enfants. Or tout porte à croire au regard des corps de certaines victimes qu’il ne s’agit nullement de victimes d’un incendie.

Comme on peut aisément le constater, le gouvernement camerounais a voulu convaincre mais les arguments avancés pour ce faire ne tiennent pas debout. Car d’après des témoignages recueillis sur place, les indépendantistes armés n’ont pas de base à Ntumbaw. Il n’y a donc jamais eu échange de tirs au quartier Ngarhbu de ce village mais bien attaque ciblée sur des femmes, des enfants et des personnes de 3e âge par des soldats camerounais aidés par une milice pro-gouvernementale. L’invasion criminelle a laissé près d’une trentaine de morts sur le carreau, tel qu’il apparaît de manière constante du récit des témoins sur place. Malheureusement, ce qui tient lieu de communauté internationale se contente de condamner du bout des lèvres ce massacre sans prendre des mesures fortes pour stopper la machine répressive du régime Biya devenue folle au Southern Cameroons.

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