Arrêt sur images : 60 ans après, la France entame enfin la vraie colonisation du Cameroun

Arrêt sur images : 60 ans après, la France entame enfin la vraie colonisation du Cameroun

La France, n’a jamais pardonné à l’histoire de n’avoir pas fait du Cameroun l’une de ses colonies. Avec la disparition des radars du président camerounais, mort pour certains, séquestré pour d’autres ou encore malade et confiné pour les moins tranchés, l’Hexagone a enfin trouvé le moyen de prendre sa revanche, et ne s’en cache pas. Mieux elle en met plein la vue de l’exercice de son emprise sur le Cameroun, ainsi que l’illustre l’image ci-dessus.

Au Cameroun, on dirait que l’histoire de la colonisation véritable de ce pays  est en train de s’écrire, ou que celle problématique de sa souveraineté se répète.

L’histoire de la vraie colonisation du Cameroun est en train de s’écrire 

Après que le pays de Um Nyobe, Douala Manga Bell, Jacob Fossi, Ernest Ouandié, Mpouma Kilama Théodore alias Makanda Pouth, et autres Madola ont réussi à échapper, des siècles auparavant, à la dénomination de « colonie » qui était attribuée aux possessions  africaines, américaines, asiatiques et océaniques  des grandes puissances coloniales européennes de l’époque (Allemagne, Grande Bretagne, France, Espagne, Portugal, Italie… notamment), surfant alors entres les statuts de protectorat allemand et de territoire sous mandat de la SDN, puis sous tutelle de l’ONU administré par la France de fait d’abord pendant la 1ère Grande guerre, puis de jure, conjointement avec la Grande Bretagne après à partir de 1946, soit après le 2nde Guerre Mondiale, le voici en plein 21ème siècle, en train de passer de statut de pays libre, indépendant, pour ne pas dire « d’Etat souverain », comme aiment à le clamer les ministrons et autres soutiens de la satrapie en place pour la coordination de la gestion des intérêts de la France, à celui de colonie officielle de l’Hexagone.

Parmi les nombreux indices pour le vérifier, la discrétion quasi cadavérique de Paul Biya,  le président de cet Etat d’Afrique Centrale, depuis la survenue de la crise sanitaire mondiale de la Covid-19, qui ne se résout à donner signe de vie que lors de ses entrevues avec  monsieur Christophe Guilhou, officiellement Ambassadeur de France au Cameroun, en qui les déclarations d’après audiences  laissent plutôt voir à chaque fois un Proconsul(!).   L’image ci-dessus  d’une pose photo sur laquelle l’Ambassadeur d France est assis au Premier rang, au premier plan, lors « de la cérémonie de fin de stage de la 15e promotion de L’ESIG (Ecole Supérieure Internationale de Guerre) de Yaoundé, avec à ses côtés, rien moins que des généraux de l’Armée camerounaise, mais en l’absence du ministre de la Défense, est déroutante d’éloquence sur la “considération” en laquelle la France tient le Cameroun, « pays officiellement souverain » s’il en est !

Si  la jeune génération des Camerounais en a souvent le métabolisme complètement retourné d’entendre Paul Biya expliquer pince sans rire que « Le président Macron m’a demandé comment s’est déroulé le grand débat, je lui ai fait un compte-rendu », si les patriotes sponsorisés au pain-sardine et au beignet-haricot-bouillie peuvent accepter d’aller aboyer sous les fenêtres de l’Ambassadeur de France à Yaoundé pour dire leur dépit d’entendre Emmanuel Macron marteler qu’il va faire pression sur leur président, et que c’est d’ailleurs lui qui avait instruit la libération du dangereux criminel  Maurice Kamto,  emprisonné pendant plus de huit mois pour avoir commis le crime irrémissible de manifester contre le hold-up électoral, et parce que Camerounais de la diaspora se trouvant à  7000 kilomètres de lui, avaient uriné sur des portraits de Paul Biya pour exprimer leur colère après que la police eut tiré à bout portant sur des manifestants pacifiques à Douala.

Ce que cette jeune génération ignore c’est que l’indépendance n’a jamais été qu’une illusion, un leurre que l’on brandit et qui ne dure jamais que le temps de faire saliver les Camerounais, avec interdiction, sous peine de subir les pires atrocités, d’en jouir à leur guise.   

Tenez :

L’histoire non enseignée dans les écoles et lycées du Cameroun, et dont seuls des étudiants au contact des soirces historiques encore existantes  peuvent être au fait, renseigne que la première indépendance du Cameroun, aussi fausse que celles qui seront proclamées par la suite, date du  27 Août 1940. Elle fut proclamée par un certain Colonel Philippe de Hauteclocque (connu plus tard sous le grade et le nom de “Général Leclerc”) en ces termes : 

«Ce matin 27 Août 1940, sur le sol d’Afrique et dans un territoire français, la France, avec ses propres armes, continue la lutte et rentre dans la seconde guerre mondiale, aux côtés de la Grande-Bretagne et de ses alliés. Elle sera présente à l’heure de la victoire après les combats dans l’honneur. Le Cameroun reprend son indépendance économique et politique. Il adhère à la France libre. Vive la France. Vive le Cameroun libre».

Mais à peine avait-on placardé sur les murs de Douala les affiches sur lesquels était inscrite cette “déclaration d’indépendance”, que Leclerc s’auto nommait Commissaire Général du Cameroun.

Les Camerounais qui ont quelque chose dans le cerveau pour filtrer ce qu’ils regardent de leurs yeux et entendent de leurs oreilles subodorèrent très vite qu’ils allaient être les dupes d’une mascarade venue de cette France tutrice qui ne faisait pas mystère  de sa volonté de les assimiler, peu avant de tomber comme un fruit mûr  entre les mains du Führer allemand. Ils vont néanmoins faire dans la retenue d’autant qu’on leur fait entrevoir la fin imminente de la servitude de ces braves Camerounais qui coïncidera forcément avec la défaite de « l’Ennemi  Germanique », donnant par leur attitude l’impression de l’absence de la moindre conscience politique. Ce qui encouragera Charles de Gaulle  de venir entonner le même refrain environ un mois plus tard, soit le 8 Octobre 1940 :

« Le Cameroun aura sa place dans l’histoire de cette guerre et dans notre histoire nationale ». Avant de conclure, cinq jours plus tard, le 13 Octobre 1940 à Yaoundé : «Plus que jamais, devant l’exemple donné par le Cameroun Libre, je suis convaincu que nous réussirons à libérer la France par l’Empire ».

« Cameroun Libre » et « Empire » (qui ne pouvait s’entendre que comme l’empire français,  c’est-à-dire la France et l’ensemble de ses possessions coloniales auxquelles elle se débattait pour assimiler les territoires sous tutelle de l’ONU qu’elle administrait) ! Une dichotomie aussi évidente à saisir que le constat de la place du nez au bon milieu de la figure.

Ceux qui avaient douté de la bonne foi des Français Leclerc et de gaule eurent raison au regard du traitement qui leur était infligé entre 1944 et les années qui suivirent la fin de la 2nde guerre Mondiale par la France ingrate qui n’entendait plus de la même oreille les notions de liberté chantonnées au début de la décennie 1940. Le Cameroun indépendant du 27 aout 1940 ? Que du pipeau !

Il faudra une quinzaine d’années supplémentaires pour que la France flétrie dans le concert des Nations libres pour ses massacres en Algérie et au Cameroun lâche du lest en ce qui concerne le Cameroun, en s’arrangeant à confier la direction du pays non pas à ceux qui avaient un programme pour construire un jeune Etat, mais à ceux qui pensaient et affirmaient à haute voix qu’ils étaient encore et pour longtemps peu expérimentés pour diriger un Etat sans la France. Ce fut la deuxième Indépendance du Cameroun, celle du 1er janvier 1960, proclamé cette fois-là par un Ahmadou Ahidjo dont les méthodes de répression n’eurent rien à envier à celles de la France en pays bassa et bamiléké ou quelquefois dans le Moungo.

Le bégaiement de l’histoire des indépendances factices

22 ans après le l’indépendance factice de 1960, le 1er supplétif de la France au Cameroun se voit intimer l’ordre de céder la place à quelqu’un d’autre, et redoutant un juste retour karmique de manivelle –compte tenu des atrocités qu’il avait infligées aux Camerounais pour protéger les intérêts français manifestement incompatibles avec le maintien en vie ou en liberté  des nationalistes de l’UPC- confia les rênes l’Etat à son fidèle valet à lui, un jeune quinqua qui va bassiner les oreilles des pauvres Camerounais avec des bravades dont l’une des plus célèbre sera cette “formule” révolutionnaire prononcée lors de sa visite début septembre 1986 en Allemagne : « le Cameroun n’est la chasse gardée de personne, ni d’aucune grande puissance ». La France dont le chef de l’époque, François Mitterrand, à l’occasion de sa visite d’adoubement du nouveau “président” lui avait adressé un retentissant « Nous sommes à l’aise avec vous !»,  le lui fera payer cher l’année suivante en l’envoyant au FMI au deuxième semestre 1987 alors qu’au début de cette même année il venait de clamer à qui voulait l’entendre que le Cameroun n’ira pas au FMI.

Des décennies ont passé, le successeur d’Ahidjo Babatoura qui ploie sous le faix de l’âge… doit lui aussi passer la main. Mais la France qui n’entend pas laisser arriver ce qui pourrait être un précédent historique, c’est-à-dire l’avènement à la tête du Cameroun d’un Camerounais choisi par les Camerounais et donc susceptible de faire les affaires de ses mandants et non celles exclusives de l’Hexagone, a pris sur elle de gérer les Affaires courantes. Cela explique sans doute que l’Ambassadeur de France… préside une cérémonie de fin d’activité de la plus grande école de guerre d’Afrique francophone, l’Ecole Supérieure Internationale de Guerre de Yaoundé, fut-elle le fruit d’un partenariat bipartite entre le Cameroun et la France.

Il n’est point question d’affirmer que les autorités camerounaises ont été écartées de cette cérémonie. Mais l’image ci-dessus en bouche un coin à notre nationalisme sourcilleux.

Où sont donc ces patriotes qui aboyaient le 24 février dernier sous les fenêtres de Christophe Guilhou : « Le Cameroun n’est pas un DOM-TOM » ? Le diable qu’ils dessinaient avec acharnement sur les murs est désormais dans la maison, et le Cameroun pourrait être devenu un Territoire d’Outre-Mer (TOM).

Devant l’ambassade de France à Yaoundé, le 24 février 2020, des manifestants pro-Biya montrent leur soutien au président Paul Biya en réaction aux propos du président français Emmanuel Macron qui a annoncé qu’il allait mettre la pression à son homologue camerounais au sujet des « violations des droits de l’Homme intolérables » au Cameroun. © AFP

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