Blocage des convois militaires français à Bobo, Ouaga, Kaya… : le Burkina signe la décadence de la France

A l’appel de l’Organisation de la société civile (OSC) Coalition des patriotes du Burkina Faso (COPA-BF) qui lutte pour l’indépendance réelle des pays africains, des milliers de citoyens burkinabé sont descendus dans la rue du mardi 16 au vendredi 19 octobre, dans plusieurs villes pour  bloquer les convois de l’armée française de passage dans leur pays pour le Niger dans le cadre de la force multinationale au Sahel.

Officiellement engagée aux côtés des forces étatiques dans le cadre de la lutte contre la progression en Afrique de l’Ouest des terroristes d’Al Qaïda et de l’Etat islamique, la France, est de plus en plus considérée par les citoyens et des organismes citoyens de la sous-région Afrique de l’Ouest comme un problème et non une partie de la solution au péril islamiste. Des citoyens de plusieurs villes du Burkina Faso ont tenu à signifier ce sentiment à l’Hexagone en bloquant jeudi et vendredi des convois militaires français partis de Côte d’Ivoire,  qui transitaient par leur pays pour le Niger.

« Kaya dit à l’armée française de rentrer chez elle », pouvait-on lire sur l’une des pancartes que tenaient des milliers de manifestants massées sur les routes de la localité de Kaya, pour empêcher le passage des blindés français, certains étant convaincus que l’armée française est de mèche avec les soi-disant jihadistes des organisations fondées par (feus ?) Ossama Bin Laden et Abubakar Al Baghdadi qu’elle armerait d’ailleurs.

Les manifestants qui sont désormais ouvertement contre l’implication de la France dans la lutte contre la poussée islamiste en Afrique de l’Ouest ont même exigé de fouiller les véhicules des “convois à problème” à Kaya dans la région Centre-Nord du Burkina Faso. “Nous leur avons demandé d’ouvrir leurs véhicules pour que nous ayons une idée du contenu”, ont fait savoir des manifestants à Kaya, soupçonnant du reste “des objets suspects”, en l’occurrence, des armes de guerre… qui iraient plutôt, contre toute attente, renforcer l’armement de l’ennemi.

La colère des Burkinabé -qui ont commencé à bloquer les convois français à Bobo Dioulasso, puis à Ouagadougou- semblait d’autant plus se justifier que l’envergure des assauts islamo-terroristes est désormais sinon supérieure, du moins  inversement proportionnelle aux efforts consentis par la force multinationale -dirigée par la France- pour la contrecarrer et l’éradiquer. L’illustration la plus récente en est cette attaque perpétrée par les terroristes dimanche 14 novembre dernier dont le bilan des plus lourds 49 policiers et militaires tués ainsi que quatre civils a conforté dans leur position les anti-français qui soupçonnent le « jeu des connivences » évoqué supra, parce que ne comprenant pas à quoi sert finalement l’armement français déversé dans les territoires des pays du Sahel, et dont le moins que l’on puisse dire est qu’il constitue un facteur indubitable de lourd endettement.   Voilà pour les faits.

Au-delà des clameurs, message subliminal de la fin de l’empire français

Des faits qui, par nombre de leurs aspects peinent à cacher la volonté des Africains d’en finir avec la France dont la présence est devenue plus que pesante, oppressante.

En fait, longtemps clamée, réclamée, souhaitée et vivement attendue par les africains francophones dont l’histoire de la rencontre avec la France s’écrit depuis les origines en lettres tragiques d’oppression et d’exploitation (provocations, brimades, répression, assassinats, pillages…), la fin de l’empire français  est en train d’être actée. Si la préférence donnée à la Russie en Centrafrique au détriment de la France ou les manifestations violentes contre la France qui ont emporté IBK au Mali en 2020 n’ont pas suffisamment avisé la France de cette nouvelle donne, les manifestations des Burkinabé cette semaine dans plusieurs villes du pays des hommes intègres sont un coup de semonce que la France devrait méditer profondément.

Si en plein 21ème siècle, la  France si hypocrite et habile à cacher son jeu, se sent obligée d’ouvrir le feu –fut-ce à titre de sommation pour se frayer du passage- sur les citoyens d’un “pays ami” sur le territoire duquel ses soldats sont en transit, comme du temps où ses soldats massacraient en Algérie et au Cameroun pour punir les nationalistes d’avoir manifesté des velléités d’autodétermination, c’est que la pression des Africains est arrivée à un point de non-retour tel que la 3ème puissance nucléaire du monde n’a plus d’autre choix que de faire ses bagages et quitter l’Afrique avant que d’y être forcée.

Oui, forcée ! Car l’injustice pratiquée en permanence par cette France en Afrique a poussé les Africains francophones à contracter de nouvelles alliances avec des puissances non seulement plus solides que l’Hexagone, mais qui nourrissent ouvertement l’ambition de lui ravir sa position place en Afrique qui lui permet de s’exprimer géopolitiquement –et par ricochet géostratégiquement- avec tant d’autorité sur la scène internationale.

 Certes, ces puissances sont a posteriori aussi vicieuses que la France (le cas de la Chine dont le commerce en Afrique se décline en termes de ravages et de gloutonnerie, ou de la Russie et de la Turquie dont les dirigeants Vladimir Poutine et Reccep Tayyi Erdogan ne sont pas préoccupés par le respect des droits humains dans les pays avec lesquels ils commercent, pas plus qu’ils ne le sont par ceux de leurs propres concitoyens qu’ils tyrannisent du mieux qu’ils le peuvent) mais la France a traité l’Afrique avec  une telle inconséquence qu’il est judicieux que l’on veuille se défaire de son étreinte diabolique fut-ce pour une illusion de liberté.

Ce n’est pas un fait du hasard si tout ce qui est entrepris par les suppôts français actuellement au pouvoir en Afrique pour préserver ce qu’il reste de la Françafrique, autrement dit, le peu d’honorabilité qu’il reste à leur maître, se heurte toujours à la résistance des peuples, ou se solde par un flop. On se souvient  à cet égard L’événement du 16 au 19 novembre qui mobilise notre attention dans ces lignes survient une vingtaine de jours seulement après que l’activiste panafricaniste Kémi Séba, leader de l’Ong Urgences Panafricaines, eut été expulsé du Burkina le 30 Octobre,  alors qu’il s’apprêtait à donner  une conférence à Bobo Dioulasso pour dénoncer la présence de l’armée française en Afrique.

 

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