Cameroun : l’opposition désormais en danger ?

Habité par la peur d’une transition prochaine au Cameroun, le régime actuel dont la perte d’influence se confirme progressivement, s’emploie à museler les formations politiques de l’opposition qui s’avèrent plus dynamiques et plus suivies par les populations Camerounaises. Des experts analysent pour Cameroonvoice cette situation préoccupante. 

Le régime de Yaoundé n’a pas surpris en posant récemment certains actes de répression vis-à-vis d’une formation politique de l’opposition. Sa marque de fabrique dans la sphère politique est bien connue ; lorsqu’il a en face des personnes qui adhèrent à sa vision et lui font des salamalecs un boulevard de faveurs leur est concédé. La machine répressive n’est dressée que contre ceux qui ne s’alignent pas. L’analyste politique David Eboutou explique au micro de Cameroonvoice cette démarche de deux poids deux mesures en prenant appui sur les récentes violences servies au principal parti de l’opposition, le MRC.

Peur d’une fin de règne

Pour le Secrétaire Général du Cameroon’s Peeople Party Franck Essi, cette démarche du régime Biya est proprement un aveu de faiblesse devant une opposition qui tend à rompre avec les usages et le mettre en difficulté sur le terrain politique. Il s’emploie donc à saper toutes les actions pouvant occulter l’émergence de concurrents sérieux. 

Aristide Mono conforte cette position. Le chercheur en Sciences politiques à l’Université de Yaoundé 2, Chercheur associé au Centre d’Etudes et de Recherches Pluridisciplinaires sur l’Esclavage et la Traite en Afrique (CERPETA)  voit clairement en la démarche de Yaoundé une stratégie de « brimer pour mieux régner » il explique au micro de Cameroonvoice que « Ce sont les libertés publiques qui sont malmenées à tort ou à raison. En effet, que ce soit la défiance de l’autorité administrative par le Mrc ou la brimade de l’ordre dominant, la question de la violation de l’encadrement des libertés publiques au Cameroun reste centrale. Mais le reproche revient davantage à l’ordre dirigeant qui fait permanent un usage politique du maintien de l’ordre public. Autrement dit, l’exigence du maintien de l’ordre public de l’alinéa 2, article 8 de loi n°90/055 du 19 décembre s’affirme parfois comme un prétexte pour brimer les forces politiques redoutées de l’opposition. Il y a musèlement au nom de l’ordre public. ».

La POLITIQUE face à une politique

Les analystes s’accordent pour dire d’ailleurs que le MRC était bien dans son rôle de partie de l’opposition.  Pour David Eboutou, « Le MRC voudrait faire de la politique et démonter sa capacité de mobilisation. Il voudrait agir sur le terrain de la politique comme cela se fait ailleurs. Ils attendent juste que leurs manifestations, une fois déclarée à l’autorité compétente soient encadrées afin qu’ils aient la possibilité de discourir, de travailler et d’être plus proches de leurs militants et sympathisants. Ça se passe dans tous les pays du monde sans que cela ne pose véritablement problème. ». Le parti de Maurice Kamto veut surtout « répliquer aux arrestations suivie des détentions des cadres du parti pendant plusieurs mois. L’objectif est de conjurer l’idée de « grâce présidentielle » ou de « faveur présidentielle » qui lui imposerait une redevance et donc probablement un renoncement à sa lutte en guise de reconnaissance. »

Issue à craindre !

Aristide Mono pense « que le bras de fer pourra durer longtemps. Il augure d’ailleurs des situations de face à face plus intenses parce que le Mrc est de plus en plus conscient de la frilosité du régime depuis la libération de ses cadres. C’est cette réalité qui sert de carburant aux manifestations d’aujourd’hui. Mais la dynamique pourra s’estomper si le parti n’arrive pas à convaincre lors des prochaines élections, c’est-à-dire conforter sa position actuelle de challenger principal du président camerounais, un statut qui fournit une bonne part de légitimité populaire à son combat. ». À cet égard David Eboutou prévient que les officiels de Yaoundé pourraient  simplement encadrer quelques actions afin que tout rentre dans l’ordre, auquel cas on pourrait s’attendre à pire.

Outre le parti au pouvoir et ses alliés, plusieurs partis de la nouvelle  opposition au Cameroun ont souvent fait les frais de cet aveu de faiblisse du régime de Yaoundé depuis plusieurs années. Franck Essi estime qu’on pourra en finir si les forces alternatives du Cameroun se mettent ensemble pour imposer du respect de la part du régime Biya.

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