Le Mythe du Noir qui a vendu, réduit ses semblables en esclavage en Afrique

 

Extrait de Les africains ont ils pratique l’esclavage

Les Africains de l’époque impériale étaient-ils esclavagistes ?

L’époque impériale est celle de l’âge d’or des empires, qui commence avec la naissance de l’empire de Ghana sur le fleuve Niger, vers 300 après JC. On peut diviser cette partie de notre histoire en haute époque, c’est-à-dire entre 300 et 1500 jusqu’au début de la destruction de l’Afrique par la traite européenne. Et en basse époque, de 1500 à 1885, où des royaumes sont tout de même nés tel que l’Ashanti, le Danhoméou le royaume Kuba. Cette époque s’est terminée avec le début officiel de la colonisation par la conférence de Berlin. 

Déjà ici aussi, il n’y a jamais eu de système esclavagiste. Le système de caste a perduré et jamais des esclaves n’ont été employés et déshumanisés pour la production de richesse. Il y avait à cette époque deux formes de servitude – de manière remarquablement invariable – dans toute l’Afrique subsaharienne, y compris à Madagascar :

    • Le prisonnier de guerre : Après les migrations des Africains de la vallée du Nil et de la région des grands Lacs, le processus de formation des Etats a nécessité des guerres de conquête, avec leurs lots de captifs. Ces captifs dans la quasi-totalité des cas, devenaient la propriété de la royauté. Les militaires parmi eux finissaient par constituer un corps dans l’armée régulière, et ils étaient dirigés par un d’eux qui finissait par avoir rang de prince. Ces captifs finissaient par jouir des avantages de leur position et étaient considérés comme des sujets du roi. Donc bien qu’étant la propriété de la couronne, bien qu’étant la possession de quelqu’un, ils n’étaient pas maltraités et avaient même sous certains aspects, un statut enviable. Mais ombre au tableau, leurs filles pouvaient servir au harem du roi au temps de l’empire Songhaï. Cette réinsertion des captifs a connu des exceptions, dans le royaume de Danhomé en particulier (Bénin actuel) où les captifs de guerre étaient tués par milliers pour les empêcher de se soulever contre le pays.
    • L’esclave de maison ou serviteur de maison, appelé Djam Neg en Wolof au Sénégal et Andevo à Madagascar. Dans l’Afrique authentique, la prison n’existait pas. La justice se rendait localement, par le conseil des sages de la communauté. Quand on commettait un acte répréhensible, ou quand on n’arrivait pas à rembourser ses dettes, on pouvait être condamné à devenir la propriété de quelqu’un, souvent de son créancier dans le deuxième cas. On devenait ainsi la propriété d’un maître de maison ou d’une maîtresse de maison. Et on pouvait racheter sa liberté si on avait accompli sa peine. Mais il arrivait bien souvent que la sanction soit transmise par hérédité sur des générations. On devenait ainsi membre d’une caste inférieure que les historiens africains d’aujourd’hui appellent celle des dépendants.
Askia Mohammed Touré, souverain de l'empire Songhaï, ici à la tête de son armée Illustration d'Anheuser Busch

Askia Mohammed Touré, empereur du Songhaï au 16e siècle, ici à la tête de son armée
Illustration d’Anheuser Busch

Comment étaient traités les dépendants ?

Alors cela était fonction du fait d’appartenir au père ou à la mère. En vertu du système matriarcal africain, le dépendant de la mère était très bien vu. Il finissait par devenir un membre respecté et influent de la famille, consulté et craint par les enfants. Il n’était en aucune façon maltraité. Le dépendant du père quant à lui, n’était absolument pas considéré, car le père est un parent lointain et son serviteur l’est d’autant. Si le dépendant du père ne subissait pas non plus de mauvais traitement, il n’avait pas d’avantage, et nourrissait de l’amertume et de la frustration. Tous les dépendants pouvaient posséder la terre, qui dans la tradition africaine ne se vendait jamais mais était distribuée à chacun par le chef local. Le dépendant comme les autres citoyens avait donc un toit, pouvait cultiver et se nourrir, et même s’enrichir. Il avait sa liberté de mouvement mais devait demander une permission pour des voyages très lointains. Dans l’empire Mossi (Burkina Faso), c’est un représentant de cette caste qui était d’après la constitution, le troisième personnage de l’Etat, après le roi et le premier ministre. Dans le royaume de Ndongo (Angola), les dépendants (Quizicos) participèrent avec les grands électeurs et les chefs à la nomination du roi en 1620. Dans les empires de la boucle du Niger, des tribus de dépendants – probablement capturés pendant les guerres – étaient chargés de fournir l’herbe aux chevaux du roi, d’autres des poissons pour les caravaniers sur le fleuve, d’autres encore de fournir des pirogues. C’était là l’impôt qu’elles versaient chaque année tout en gardant leurs richesses qu’elles étaient libres de faire fructifier. En aucune façon, toutes ces personnes n’étaient horriblement maltraitées comme en Europe ou comme le feront les Arabes sur les Noirs en Irak et en Tanzanie. Les explorateurs de l’époque déposeront dans ce sens :

L’historienne Liliane Crété, qui défend pourtant la thèse de la responsabilité centrale des Africains dans la traite européenne, finit par céder devant les faits et avoue « Disons-le, leur sort ne saurait être comparé à celui des esclaves transportés aux Amériques. Même si un « non-libre » ne pouvait sortir de la servitude, ni sa descendance, il n’était généralement ni mal traité, ni mal aimé. Les esclaves de case faisaient partie de la famille. Leurs relations avec leur maître, rapporte un missionnaire « apparaissent très étroites ; ils mangent presque toujours dans la même calebasse et s’asseyent sur la même couche »» [6].

Michel Izard en parlant des Mossi dit « Le captif dispose de sa personne, il peut se marier et cultiver une terre (…) La relation qui s’établit entre le captif et celui qui a autorité sur lui n’est pas sans évoquer celle qui associe une personne ordinaire à son chef de famille » [7].

Le traitement de l'esclave ou dépendant en Afrique fut à des années lumières de la cruauté que les Africains ont subi en Amérique, en Irak et en Tanzanie

Le traitement de l’esclave ou dépendant en Afrique fut à des années lumières de la cruauté que les Africains ont subi en Amérique, en Irak et en Tanzanie

Alors pouvait-on vendre des dépendants ? Oui mais dans des cas exceptionnels. Au temps de l’empire Songhaï, l’Askia Mohamed Touré, qui avait pourtant beaucoup amélioré la vie de ses dépendants en baissant leurs impôts, vendait des enfants de cette caste pour se fournir en chevaux. Mais les serviteurs de maison n’étaient pas vendus, sauf en cas de crimes ou de famine, et seulement après que le maître ait obtenu le difficile consentement des autres dépendants. Liliane Crété continue et rapporte les propos d’un facteur anglais ayant apparemment été en Sénégambie qui disait « Je n’ai entendu parler que d’un cas ou un esclave de maison a été vendu » [6]

En conclusion, les Africains de l’époque impériale n’ont jamais été esclavagistes. L’esclavage ou plutôt mise en dépendance était une pratique de proximité, artisanale, et sans dégradation de l’humanité du serviteur, même s’il pouvait être vendu dans des cas exceptionnels.

Cas particulier du Maghreb noir

Depuis que la science historique a rendu aux Noirs la propriété mémorielle sur le Maghreb jusqu’au début de son blanchiment au 8e siècle, il convient donc de savoir aussi si il y’a eu pratique de l’esclavage par les Noirs de l’autre côté du Sahara. On sait aujourd’hui que le blanchiment du Maghreb, hormis l’afflux arabe et turque, serait surtout dû à l’esclavage des Blancs chrétiens d’Europe par le monde musulman. Le Professeur Robert Davis, universitaire américain, estime à 1,250 000 le nombre d’européens achetés, razziés et mis en esclavage au Maghreb et en Lybie par les Arabes et les Berbères noirs et blancs entre 1530 et 1780 seulement [8]. Des villages entiers étaient décimés par les kidnappings et des européens collaborèrent à la vente des leurs. L’historien Bernard Lewis dit « Il ne manquait pas de marchand ni d’entremetteur (…) parmi les européens blancs prêts à capturer leurs voisins et à les vendre comme esclave sur un marché en pleine expansion » [9].  Les Noirs subsahariens aussi furent mis en esclavage par les Noirs et Blancs du Maghreb. Le trafic très important d’esclaves ici est un fait qui n’est pas culturellement africain, il faut surtout y voir l’influence arabe. Mais comment tous ces esclaves étaient-ils traités par les Noirs ?

dignitaires maures en train de jouer aux échecs. A côté d'eux deux servantes - une blanche et une noire - et un musicien noir. 1283 Source : The Golden Age of the Moors, Ivan van Sertima, page 29

dignitaires noirs berbères encore appelés maures, en train de jouer aux échecs en Espagne, lors de leur domination du sud de l’Europe. A côté d’eux deux servantes – une blanche et une noire – et un musicien noir.
1283
Source : The Golden Age of the Moors, Ivan van Sertima, page 29

Prenons le cas du Maroc avec le roi noir Moulay Ismael, considéré par beaucoup comme le plus grand roi de l’histoire du pays. Moulay Ismael est resté en partie célèbre pour ses 150 000 esclaves noirs et ses 25 000 esclaves blancs. Il rendit les Noirs, appelés Abid al Bukhari, puissants. Il avait toute confiance en eux et il fit d’eux la principale force militaire du pays. A tel point que, après sa mort, c’est eux qui furent arbitres de sa succession entre ses fils. Si la razzia qu’il fit pratiquer pour se les procurer n’est pas africaine, sa façon de les traiter, comme on l’a vu plus haut, fut parfaitement africaine. Les esclaves blancs quant à eux étaient chargés de la construction et l’entretien de ses palais. Ils vivaient dans un quartier, regroupés selon leur nationalité d’origine. Ce sont les juifs, sur ordre du roi, qui les payaient. Chaque groupe possédait un hôpital, la nourriture y était semble-t-il abondante. Le traitement de ces esclaves sous Moulay Ismael n’a donc rien à voir avec ce qui se faisait en Europe. Il existe ceci dit des récits sur des conditions de captivité dignes de l’univers concentrationnaire d’Amérique. Les Turcs, lors de la domination ottomane de l’Afrique du nord, pratiquaient ces méthodes. Nous ne savons pas si les Africains le faisaient également.

Conclusion générale

On voit donc que le système esclavagiste, ancrée dans la culture européenne et connue dans les cultures sémitiques, a dans toute l’histoire africaine, été étranger au monde noir. La mise en servitude, hormis influence arabe, était artisanale et relevait plus d’une punition de la communauté. La société africaine authentique, « étonnement humaine » comme le dira l’historienne Louise Marie Diop-Maes, a donc pratiqué un esclavage de proximité ou mise en dépendance sans mauvais traitement, et n’a jamais été esclavagiste.

Hotep !

Par : African History Histoire Africaine


Sources :

 

    1. La traite négrière européenne : vérité et mensonges ; Jean-Philippe Omotunde
    2. Histoire de l’esclavage : critique du discours eurocentriste ; Jean-Philippe Omotunde
    3. L’Afrique noire précoloniale, Cheikh Anta Diop
    4. Les captifs européens en terre marocaine au XVIIe et XVIIIe siècle, par Leila Maziane, publié dans Cahiers de la Méditerranée
    5. Jean Aimé Rakotoarisoa «La notion d’esclave en Imerina (Madagascar) : ancienne servitude et aspects actuels de la dépendance». TALOHA, numéro 14-15, 29 septembre 2005 
    6. BBC
    7. Nations Nègres et Culture, Cheikh Anta Diop 
    8. [1] La traite négrière européenne : vérité et mensonges ; Jean-Philippe Omotunde, page 41.
    9. [2] Idem
    10. [3] Histoire de l’esclavage : critique du discours eurocentriste ; Jean-Philippe Omotunde, page 52
    11. [4] Idem, page 54
    12. [5] Quand l’Africain était l’or noir de l’Europe ; Afrique : actrice ou victime de la traite des Noirs ; Bwemba Bong, page 60.
    13. [6] La traite négrière européenne : vérité et mensonges ; Jean-Philippe Omotunde, page 51
    14. [7] Idem, page 52
    15. [8] The Guardian  
    16. [9] La traite négrière européenne : vérité et mensonges ; Jean-Philippe Omotunde, page 25
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