RDC/Discours à la Nation : Le calme Félix qui annonce la tempête Tshisekedi

« Aucun engagement politique ne saurait primer sur l’intérêt supérieur de la population… au terme des consultations que j’entame, je reviendrais vers vous pour vous faire part de mes conclusions qui n’excluront aucun cas de figure »

président Félix Tshisekedi

« Près de deux ans après mon avènement au pouvoir, des divergences persistent entre les parties signataires de l’accord et ces divergences plombent les espoirs pour le développement », a affirmé le président congolais lors d’une brève adresse à la nation vendredi. Plus qu’une affirmation un constat grave, d’un chef d’Etat qui a tout donné pour préserver son pays des turbulences politiques, mais qui commence à en avoir ras la casquette des lubies d’un soi-disant partenaire qui semble s’être donné pour mission de s’opposer à lui avec la dernière énergie.

Les opinions congolaise et internationale s’attendaient à un discours de guerre totale ! Ou, à tout le moins, à une déclaration forte de rupture de cette alliance contre-nature entre la coalition Cap pour le Changement (CACH) qui l’a porté au pouvoir et celle de l’ancien “despote de Kin”, le Front commun pour le Congo (FCC), qui avait certes manqué de peu de confisquer ledit pouvoir, mais s’était quand même taillé la part du lion en s’arrogeant une majorité parlementaire lui servant à entraver le fonctionnement harmonieux des institutions pendant cinq ans, afin de rendre le nouveau régime impopulaire et de démontrer l’inanité même de la notion d’alternance au sommet de l’État. De nombreux observateurs avertis, aussi bien congolais qu’internationaux –à l’instar de l’ancien Sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, Herman Cohen- l’invitaient même, et à raison, à « casser la baraque », pour que les choses soient désormais claires.

Mais comme il le fait depuis son accession à la magistrature suprême de son pays en 2019, Félix Tshisekedi refusé de jouer les chefs de guerre, pour camper résolument la posture de l’homme d’État responsable qui sait être flexible dans l’intérêt de la paix –socle du développement-, la posture du chef d’État qui à tous les coups mesure son ton pour préserver ce qu’il reste du Congo, un géant d’Afrique précipité dans les enfers, une vingtaine d’années durant, par un kabilisme arrogant dont le caractère tyrannique avait même réussi l’exploit de faire regretter le mobutisme fantasque, kleptocratique et sanguinaire qui s’était échiné, trente deux ans auparavant, à le conduire au bord du gouffre.

Ainsi, il n’a résulté du discours à la nation de ce vendredi 23 octobre 2020 de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo (FATSHI), ni la dissolution du Parlement aux mains de la coalition FCC qui parasite le fonctionnement des institutions du pays, ni la démission du gouvernement Sylvestre Ilunga Ilunkamba dont la mission, visiblement, ne consisterait pas à gérer les affaires de la république au quotidien, mais à marquer à la culotte et à contrer systématiquement le président de la République.

Contrairement donc à la coalition kabiliste qui était en quête d’un prétexte pour installer le pays dans une inextricable crise politique, le président congolais à eu la lumineuse idée tactique de faire mariner encore un bout, les ennemis de la stabilité, autrement plus préoccupés de fomenter un chaos politico-institutionnel dont ils profiteraient pour faire main basse sur la plus haute fonction de l’État, que de jouer le jeu démocratique et de l’intérêt général.

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C’est là d’ailleurs tout le sens de cette adresse à la nation fondée sur l’appel à l’union des forces qui a duré huit minutes. Huit minutes pendant lesquelles le N°1 congolais n’a pas laissé la possibilité, même à ses plus “fervents” contempteurs, de démentir ses qualités de rassembleur.

Coalition CASH/FCC : Une rupture rendue inéluctable ?

L’annonce par FATSHI de sa décision « d’entamer dès la semaine prochaine, une série de contacts visant à consulter les acteurs politiques et sociaux les plus représentatifs », dans le but de créer « une union sacrée de la nation » signifie-t-elle pour autant que le président de la République continue de passer par le compte des pertes et profits tous les crocs-en-jambes que la Kabilie rampante et nostalgique n’a cessé de lui faire depuis 2019, causant des tensions politiques persistantes dans le but de saper son autorité de chef de l’exécutif, comme cela a été le cas de ses prises de position au sujet de la nomination de Ronsard Malonda, candidat pro-FCC, à la tête de la Commission Électorale Nationale Indépendante. On se souvient qu’à cette occasion, les partisans de Kabila n’avaient pas voilé le moins du monde leur défiance, certains allant juqu’à affirmer publiquement que « Tshisekedi sera tenu responsable de tout désordre qui s’abattra sur ce pays » comme l’a relevé récemment notre confrère du site Sputnik.

Le monde a été ainsi témoin ces derniers temps de vives tensions politiques en RDC. Des tensions qui ont connu un pic inquiétant avec la contestation à visée essentiellement politicienne des récentes ordonnances présidentielles portant nomination des membres à la Cour Constitutionnelle, et mutations de certains membres de ladite Cour à la Cour de Cassation.

En soulignant dans son discours les divergences profondes ausein de la coalition CACH-FCC au sujet des dossiers cruciaux tels que la sécurité, les réformes électorales, la répartition des portefeuilles ministériels, Félix Tshisekedi a pris à témoin le peuple congolais et la communauté internationale au sujet d’un contexte sociopolitique particulièrement précaire depuis les élections de 2019, quand en raison du trucage massif des législatives par une CENI à la solde de l’ancien régime, ce dernier réussit le baroud d’honneur de faire main basse sur le parlement, s’appropriant le pouvoir législatif et mettant le président en situation de s’allier avec ses adversaires pour gouverner. Au détriment de son principal allié, Vital Kamerhe.

A en croire les habitués du “parler tshisekedien” cette prise à témoin, aussi timoré et pudique n’est rien d’autre  que le calme qui annonce l’orage, car si Tshisekedi n’est pas homme à ruer sur les brancards et à gesticuler, il est bien déterminé, non seulement en raison de sa légitimité mais également des moyens légaux et institutionnels dont il dispose au regard de la constitution, à tirer les leçons, mais alors toutes les leçons, avec les conséquences de droit que cela emporte, de la mésaventure que constitue l’alliance forcée aux allures de cohabitation entre leparti présidentiel et la majorité parlementaire. Et gouvernementale !

Par forcément besoin d’être un as de l’analyse politique pour subodorer une rupture qui ne peut se consommer qu’à travers une dissolution du parlement à travers cette annonce présidentielle d’une fermeté inédite : « aucun engagement politique ne saurait primer sur l’intérêt supérieur de la population… au terme des consultations que j’entame, je reviendrais vers vous pour vous faire part de mes conclusions qui n’excluront aucun cas de figure ».

Aucun cas de figure ? Nécessairement ! Car la république démocratique souffre, depuis la nomination d’un Premier ministre en mai 2019, suivi de la formation du premier gouvernement post élection présidentielle de décembre 2018, d’un bicéphalisme critique dont l’une des principales manifestations est cette division des centres de pouvoir qui fait que le chef des armées qu’est le président Tshisekedi n’exerce pas la plénitude de son autorité sur les corps habillés, étant entendu qu’une bonne frange des Forces Armées de la RDC et de la police ne s’est pas encore faite à l’idée que le pouvoir a changé de main depuis l’investiture du leader de l’UDPS à la présidence de la république le 24 janvier 2019.

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