Sans détour dans les biens mal acquis

L’avertissement biblique de Ben Sirac le Sage, au IIe siècle avant Jésus-Christ, était plus nuancé que la sagesse populaire, selon laquelle ‘Bien mal acquis ne profite jamais’. Autant le “jour de la détresse” évoqué par l’Ancien Testament renvoie peut être à la justice divine, autant il y a dans le proverbe un “jamais” péremptoire qui relève de la méthode Coué. Car les faits sont têtus: dans leur grande majorité, les dictateurs et leurs familles profitent en toute impunité des milliards qu’ils ont volés à leurs pays et placés à l’étranger, sur des comptes en banque ou dans des demeures de prestige.
A qui la faute? Faute d’un tribunal international pour la criminalité économique et financière, le procès n’a jamais eu lieu. Mais il devra avoir lieu. Puisse cette émission contribuer à cette prise de conscience.

Cas du Cameroun

Le CCFD(Comité Catholique Contre la faim et pour le Développement) s’est penché sur le cas du Cameroun de Paul Biya, président depuis 1982. L’association “Transparecy International” juge le Cameroun comme étant l’un des pays les plus corrompus du monde. Le Comité s’interroge notamment sur les nombreuses acquisitions du président, notamment celle de la “Villa Isis” sur la Côte d’Azur, qui appartiendrait à son fils, Franck Biya. “En mai 1997, l’Evénement du jeudi estime la fortune du président camerounais et de sa famille approche les 70 millions d’euros”, affirme le CCFD.
Le Comité rapporte également que le Cameroun a aidé financièrement l’Osti (ordre souverain du temple initiatique), une organisation ésotérique qui serait liée à la secte de l’Ordre du temple solaire. Le fondateur de l’Osti, Raymond Bernard, décédé en 2006, avait affirmé en 1998 que Paul Biya était président d’honneur du Circes (qui appartient à l’Osti). A ce titre, le président camerounais se serait montré “généreux”, offrant “5,6 millions de francs français le 2 mars 1990, puis 11,2 millions de francs de 1992 à 1998, le tout via la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun”.

Soutien français

Outre ces “cadeaux”, le président Paul Biya aurait accordé à Raymond Bernard un prêt sans intérêt d’un montant de 40 millions de francs pour l’achat d’un appartement dans le XIVe arrondissement.
Le Comité estime que les sources “d’enrichissement familial sont multiples”, notamment au niveau de l’Etat. “Selon un arrangement extrêmement commode, la loi de Finances autorisait le président, jusqu’en 1994, ‘en cas de besoin, à prélever et à affecter par décret à un compte spécial hors budget tout ou partie des résultats bénéficiaires des entreprises d’État'”, peut-on lire dans le rapport.
Le CCFD évoque également le soutien français au Cameroun, celui-ci serait “pour l’Etat et les entreprises françaises, un marché et un point d’ancrage déterminants en Afrique centrale”.

Sources
CCFD: Rapport sur les biens mal acquis
Nouvelobs.com: “Paul Biya visé par le nouveau rapport du CCFD”

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