Quand Winnie déboulonne la statue Mandela

Règlement de comptes à Soweto. C’est sentiment qui domine après avoir lu l’interview accordée par Winnie Madikizela-Mandela à un quotidien britannique. L’ex-première dame d’Afrique du Sud, séparée de Mandela depuis 1992, s’en prend frontalement à l’icône de la libération d’un peuple. Extraits.

Quand Winnie se lâche, ça déménage. L’ex-femme de Nelson Mandela était sans doute la seule personne à pouvoir s’en prendre aussi brutalement à l’icône de la libération africaine incarnée par son ex-mari. Certes, le président ivoirien Laurent Gbagbo avait déjà tenu à minimiser l’envergure de Madiba : « Nelson Mandela est un homme politique. Ce n’est pas un mythe », avait-il déclaré dans une interview à Jeune Afrique. Une pique qui n’a cependant rien à voir avec la virulence méprisante des propos de Winnie.
Dans une interview publiée le 8 mars par le quotidien britannique Evening Standard, celle qui avait déjà affirmé en janvier dernier, quelques mois après s’être fait élire au Parlement sud-africain, que l’ANC « avait perdu son âme », verse dans la surenchère. Et attaque personnellement Madiba.

« On le promène partout sur sa chaise roulante »
« Ce nom de Mandela est un albatros qui plane au-dessus de ma famille. Mandela n’a pas été le seul à souffrir. […] Quand Mandela a été emprisonné, c’était un bouillant révolutionnaire. Regardez ce qui en est sorti », lâche-t-elle à la journaliste Nadira Naipaul (femme de l’écrivain V.S. Naipaul), venue l’interroger à Soweto.
Winnie Madikizela-Mandela, qui est surnommée par ses partisans « la mère de la nation » et qui incarne l’aile dure de l’ANC, ne craint pas de s’en prendre non plus à l’état physique de Madiba qui, à 91 ans, ne fait plus beaucoup d’apparitions publiques. « Regardez ce qu’ils lui ont fait. Le grand Mandela. Il n’a plus de contrôle sur rien ni son mot à dire désormais. […] Mandela est devenue une entreprise. On le promène partout sur sa chaise roulante pour collecter des fonds et il en est satisfait ».

Desmond Tutu traité de « crétin »
Venant sur le terrain politique, c’est aussi le rôle de Mandela dans les négociations ayant conduit à la fin pacifique de l’apartheid que Winnie, connue pour ses positions extrêmes et ses frasques judiciaires, attaque de toutes ses griffes. « Je ne peux pas lui pardonner d’être allé recevoir le Nobel [de la Paix, en 1993, NDLR] avec son geôlier de Klerk », lance-t-elle. Et d’accuser de trahison le premier président sud-africain post-apartheid. « Il nous a laissé tomber. Il a signé un mauvais accord pour les Noirs. Economiquement, nous sommes toujours laissés pour compte », poursuit-elle.
Mais Mandela n’est pas le seul à faire les frais de la verve de Winnie. L’archevêque Desmond Tutu n’est pas épargné. « Il a eu le front de me convoquer [en 1997, devant la Commission vérité et réconciliation qui l’a rendue responsable de meurtres, NDLR]. Je lui ai dit ses quatre vérités. Que lui et d’autres crétins dans son genre étaient à leur place grâce à notre lutte et que j’étais assise à la mienne à cause d’actions réalisées pour avoir la liberté ». Winnie dirait-elle tout haut ce que beaucoup de Sud-Africains pensent tout bas ? Une chose est sûre : malgré ses propos souvent scandaleux, l’ex-femme de Madiba a toujours bénéficié d’une grande popularité dans les townships.

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