Umaru Yar’Adua enterré, la guerre de succession est ouverte

 

Ibrahim Babangida, Goodluck Jonathan, Atiku Abubakar… Au sein du Parti démocratique du peuple (PDP, au pouvoir), les candidats potentiels pour la présidentielle de 2011 sont nombreux. Le décès du président Umaru Yar’Adua a donné le signal de départ d’une lutte acharnée pour le pouvoir, sous l’œil plus qu’intéressé de l’ancien chef de l’État, Olusegun Obasanjo.

Les drapeaux du Nigeria sont en berne, mais les politiciens sont déjà sur le pied de guerre. Leur objectif : se glisser dans la brèche ouverte par la mort du chef de l’État, Umaru Yar’Adua, le 5 mai au soir. Comme prévu par la Constitution, son numéro deux, Goodluck Jonathan, prend la relève jusqu’à la fin du mandat, en avril 2011. Coiffé de son éternel chapeau noir, il a prêté serment dès le 6 mai au matin. Une première étape bien rodée. En revanche, la suite est faite de points d’interrogation.

Le turbulent Nigeria ne s’est pas embrasé à l’annonce de la disparition de Yar’Adua (d’une maladie cardiaque, laisse entendre son entourage). « C’est un jour qui ressemble aux autres, disait un habitant, le 6 mai. Ou plutôt à un dimanche, les écoles et les marchés sont fermés. » L’événement était attendu depuis longtemps. Dès la campagne électorale, en 2007, l’ex-gouverneur de l’État de Katsina (nord du pays), mort à 58 ans, avait donné des signes d’extrême faiblesse, se faisant évacuer d’urgence par avion médicalisé en Allemagne. Personne, sinon de rares proches, ne l’avait vu depuis cinq mois. De novembre à février dernier, il avait séjourné dans un hôpital de Djeddah, en Arabie saoudite.

Ibrahim Babangida en embuscade

Aujourd’hui, la guerre de succession est déclarée et reste largement imprévisible. La formation de Yar’Adua, le People’s democratic Party (PDP), a toutes les chances de l’emporter en 2011. Par l’intermédiaire du chef de l’État, elle contrôle notamment la nomination du président de la Commission électorale « indépendante ». Mais qui sera son candidat ? Dans un Nigeria divisé entre un Nord à majorité musulmane et un Sud à majorité chrétienne, une règle non écrite du PDP veut que la magistrature suprême passe tous les huit ans (deux mandats) d’une région à l’autre. Yar’Adua étant originaire du Nord et au pouvoir depuis 2007, sa région a donc théoriquement droit à un deuxième mandat.

Ibrahim Babangida, dit IBB, président de 1985 à 1993, a annoncé dès le début du mois d’avril qu’il briguerait l’investiture du PDP. Natif du Nord, il peut s’appuyer sur son passé de président, même s’il était parvenu à cette fonction après un coup d’État.

Olusegun Obasanjo, ancien chef de l’État et président du conseil d’administration du PDP, ne l’entend pas de la même oreille. Ce politicien « gourmand » verrait bien le pouvoir revenir à son Sud natal. Avec deux mandats à son actif (de 1999 à 2003 et de 2003 à 2007), il ne peut se présenter. Il a en revanche son poulain : Goodluck Jonathan, le remplaçant de Yar’Adua, natif du Sud. C’est Obasanjo lui-même qui l’avait choisi pour faire équipe avec le défunt chef de l’État.

Obasanjo à la manœuvre

Effacé à ses débuts, Goodluck Jonathan, 52 ans, qui assure un pouvoir intérimaire depuis février dernier, a gagné en autorité. En Conseil des ministres, il refuse désormais l’entrée aux retardataires. Sa rencontre avec Barack Obama à Washington, en avril dernier, lui a donné une stature internationale.

Retraité mais toujours en coulisses, Obasanjo a déjà commencé à manœuvrer. Vincent Ogbulafor, le président du PDP, avait promis que le pouvoir resterait entre les mains du Nord. Une annonce qui lui a valu, dans la foulée, d’être inquiété par la justice pour une affaire de contrats fictifs datant de 2001. « On cherche à l’écarter », affirme Daouda Aliyu, journaliste indépendant à Lagos.

Ibrahim Babangida et Goodluck Jonathan devront certainement compter avec un troisième concurrent : Atiku Abubakar, du Nord également. Ancien vice-président d’Obasanjo, il a quitté l’opposition à la fin du mois d’avril pour rejoindre le PDP. Le moment de cette nouvelle transhumance ne doit rien au hasard. La rumeur sur l’aggravation de l’état de santé de Yar’Adua commençait déjà à circuler.

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