50naire de l’indépendance du Cameroun : Le bal des hypocrites

 

Et voilà donc “Africa 21”, un forum où on devrait évoquer les nouveaux défis de l’Afrique, comme si les anciens, eux, ont été résolus. Belle est l’idée. Honorables et respectables sont les participants, parmi lesquels on a vu ce 18 mai à Yaoundé le président du Burkina, Blaise Compaoré et celui du Gabon, Ali Bongo. Il y a aussi des poids lourds du monde des affaires et de la société civile tels les ex-secrétaires généraux des Nations unies Kofi Annan et Boutros Boutros Ghali et une des autorités qui sont censées conduire le navire africain au port de l’intégration, Jean Ping de l’Union africaine.

Comme à toute manifestation où il y a des chefs d’Etat francophones, les premiers des francophones sont là également, à travers, entre autres, la personne de Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération. Du beau monde donc et sont d’une égale beauté les discours prononcés. Excellentes les résolutions qui seront prises. Et après ? Qu’est-ce qui sera changé sous les cieux africains ? En attendant d’y trouver une réponse, qui flirtera certainement avec l’expression “rien”, il est certain que durant cette géniale conférence, les participants auront créché dans de beaux palaces, circulé dans de rutilants véhicules et dégusté de succulents mets. Aux frais du pauvre peuple camerounais, et par delà africain, qui continuera à larmoyer de faim, de chômage, de guerres fratricides et de féficit démocratique.

Un peuple africain toujours gouverné par des dirigeants qui ont la soif de l’alternance au pouvoir… à titre posthume, afin de se rendre mutuellement des visites de courtoisie lors de leur investiture, de leur commémoration de cinquantenaire des indépendances de leurs pays moribonds… Pour en revenir à ce “Africa 21”, si ses participants de haut rang ne disent rien (et ils ne diront rien) sur la situation difficile que vit le Cameroun, alors ils auront donné une onction suprême au président Paul Biya. Leur présence silencieuse et leur sourire donneront une caution éclatante aux décennies de règne sans partage de Paul Biya et béniront ainsi une Constitution sans verrou à son article sur la limitation des mandats présidentiels. Ou alors, sont-ils présents à ce forum par pur formalisme ? Juste une politesse ? Un bal d’hypocrites ?

Dans ce cas, on comprendra pourquoi les présidents africains ne se sont pas bousculés au portillon de la salle des Congrès de Yaoundé. Et encore plus, pourquoi les présidents ATT du Mali et John Kufuor du Ghana, férus de démocratie, n’ont pas daigné honorer de leur présence cette conférence de Yaoundé ? Réponse, le Cameroun n’est pas le cadre adéquat où doit se tenir “Africa 21” où l’une des questions que se poseront 400 forumistes est de savoir quelles sont les conditions de développement de l’Afrique ? La première des conditions est d’avoir des dirigeants qui se soucient d’abord de leur peuple, de la démocratie et de l’alternance démocratique. Or, en la matière, le Cameroun est assurément un contre-exemple. C’est quasiment sûr, à ce rythme et sur cette lancée, on célébrera un jour les cent ans d’indépendance de l’Afrique avec la triste impression que les années ne sont pas passées, que le sur-place règne toujours en maître.

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