Ben Affleck: “Personne ne veut voir de films sur l’Afrique”

Il s’appelle Ben Affleck, a décroché l’oscar du meilleur scénariste pour Will Hunting (avec Matt Damon), a réalisé deux succès au box-office américain, a été en lice pour mettre en boîte le prochain Superman (c’est lui qui a finalement refusé) et son nouveau projet de film ne trouve pas de financements à Hollywood. Le thème ? La République Démocratique du Congo.

    “J’adorerais faire un film sur la RDC”, a déclaré Ben Affleck à des journalistes de l’AFP. “Hélas j’ai demandé à des partenaires d’Hollywood mais ils disent toujours que personne ne veut voir de film sur l’Afrique.”

Le réalisateur de Gone Baby gone et de The Town s’intéresse à la situation du Congo depuis un certain temps. Il a réalisé un clip, en partenariat avec Mick Jagger, ainsi qu’un documentaire sur l’est du pays.

Ben Affleck était à Washington mardi soir pour présenter le rapport de l’organisation qu’il a fondée et qu’il préside, l’Eastern Congo Initiative (ECI) :

    “Dans l’est de la RDC, l’insécurité et les conflits se poursuivent alors que les armes se sont tues dans d’autres parties [du pays].”

Les provinces extrême-orinetales du Congo appartiennent à cette région des Grands Lacs qui n’a jamais vraiment connu de trêve depuis le génocide du Rwanda. En 2009, l’arrestation du général Laurent NKunda, chef des rebelles congolais tutsis, soutenus par le Rwanda voisin, n’a pas apaisé les tensions : de nombreuses milices, originaires pour la plupart des pays frontaliers (comme le Burundi), font encore régner la terreur. En novembre dernier, la Monusco (la mission de l’ONU au Congo) a renforcé ses troupes de près de 900 casques bleus.

Selon l’AFP, le rapport rendu public par Ben Affleck met en évidence la violence persistance, notamment la récurrence des viols, dans l’est du pays, où deux millions de personnes sont encore déplacées tandis que deux cent mille se sont réfugiées dans les pays voisins.

LAfrique vue dHollywood

La région des Grands Lacs a miraculeusement inspiré Hollywood à plusieurs reprises dans les années 2000 : Hôtel Rwanda, de Terry Geroge et produit par la United Artists, raconte l’histoire vraie, pendant le génocide rwandais, de Paul Rusesabagina, un hôtelier responsable du sauvetage de milliers de personnes.

Le film, bien qu’emprunt de la morale optimiste si caractéristique d’Hollywood, mettait en tête d’affiche un personnage noir (interprété par Don Cheadle), considérable avancée dans la représentation de l’Afrique par l’industrie hollywoodienne.

Autre région, autre combat : le film hollywoodien le plus emblématique de la première décennie restera sans doute Blood Diamond, réalisé par Edward Zwick ; contrairement à Hôtel Rwanda, le film mettait à nouveau en avant un personnage blanc, interprété par Leonardo Di Caprio.

En plus de cette tête d’affiche, le long-métrage avait de nombreuses caractéristiques du film grand public : action, aventure, histoire d’amour et mélo étaient réunis. Tous ces ingrédients étaient la condition sine qua non du succès du film produit par la Warner, et, in fine, du lancement du débat sur les diamants de guerre dans l’opinion publique.

Les studios semblent ainsi imposer quelques conditions (le point de vue adopté, un nom de star…) pour financer un film sur l’Afrique. Cependant,  Le dernier roi d’Ecosse réalisé par Kevin MacDonald, qui dessine le portrait du dictateur de l’Ouganda des années 70, Amin Dada, semble faire figure d’exception.

Le film ne présente, a priori, aucun attrait particulier pour le grand public (Forest Whitaker, l’acteur principal, n’est pas tellement bankable) ; il semble d’ailleurs n’avoir marché que grâce à la puissance commerciale de la Fox.

D’autres vecteurs sont possibles pour sensibiliser un grand nombre d’Américains aux conflits africains. La série télévisée Urgences avait par exemple délocalisé certains de ces épisodes au Congo, puis au Darfour, pour évoquer les conflits en Afrique.

Mais la série, installée dans les foyers américains depuis une dizaine d’années, tournait sur une machine de production assez solide, certaine d’assurer son équilibre financier. Précisément ce qui fait aujourd’hui défaut à beaucoup de studios de cinéma américains.

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