Les protestations ont éloigné la Turquie de l’UE

Erdogan

Le cycle crucial de négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne devait commencer hier mais a été reporté à l’automne.

En effet, Bruxelles veut veiller de près au respect des droits de l’homme et de la liberté de réunion en Turquie après la répression violente des protestations dans le pays.

Bien que le premier ministre Recep Tayyip Erdogan ait annoncé que la démocratie turque avait une nouvelle fois prouvé sa puissance, la violence des autorités contre les manifestants s’est transformée en véritable préjudice aussi bien pour le premier ministre que pour l’image de la Turquie, écrit jeudi le quotidien Kommersant.

Les critiques de l’UE se concrétisent aujourd’hui et pourraient aller jusqu’à la suspension des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Union. L’Allemagne, principal poids lourd européen, s’est prononcée contre la poursuite des discussions.

La chancelière Angela Merkel a déclaré la semaine dernière que les événements en Turquie ne correspondaient pas aux “notions européennes de la liberté de réunion et d’expression”.

En pointant les actes trop violents de la police à Istanbul, Merkel a accusé le gouvernement turc d’avoir gravement violé les droits de l’homme.

Ce ne sont pas seulement les projets européens du gouvernement turc qui ont été remis en question mais aussi ses ambitions au Proche-Orient.

Il y a encore peu de temps le premier ministre islamiste Erdogan était qualifié de “nouveau leader du monde musulman” et le modèle turc était perçu dans les pays arabes comme un projet politique unique et réussi.

Depuis deux ans la Turquie restait un havre de stabilité aux yeux des pays qui avaient traversé le Printemps arabe. Le président égyptien Mohamed Morsi avait même pris exemple sur le modèle turc.

Rached Ghannouchi, leader du parti tunisien Ennahda qui a remporté les législatives en 2011, a également déclaré qu’il avait pris pour modèle le Parti pour la justice et le développement. Le premier ministre turc était aussi très populaire au Maroc.

Les manifestations du 1er mai qui ont tourné à l’émeute à Istanbul et à Ankara ont suffi pour que le président tunisien annonce qu’il refusait de prendre la Turquie pour modèle.

Et les violentes répressions des manifestations de juin ont valu à Erdogan d’être accusé d’appliquer des doubles standards au vu de sa critique active du régime “tyrannique” du président syrien Bachar al-Assad.

“Cette réaction violente contre les protestations a anéanti les succès du parti d’Erdogan depuis 11 ans et a montré qu’il n’a finalement pas réussi à devenir le leader du peuple turc”, a déclaré Hakan Günes, professeur de politologie à l’université de Marmara, à Istanbul.

Selon l’expert, à l’heure actuelle, seuls les dirigeants du Bahreïn et de l’Arabie saoudite sympathisent avec le premier ministre turc. “De l’Azerbaïdjan au Sénégal tout le monde compatit avec les manifestants de la place Taksim, pas avec Erdogan”, conclut-il.

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