Crise Anglophone : Le Cameroun à la veille d’un dimanche de bain de sang !

 
Fidèles au chef des armées, les forces de défense et de sécurité du Cameroun sont prêtes à parer à toute éventualité dimanche contre leurs concitoyens du Nord-ouest et du Sud-ouest


Dimanche, 1er octobre 2017, est le jour annoncé par les “séparatistes” anglophones du Cameroun pour mettre en marche leur Etat d’Ambazonie. Les initiateurs de cette action résidant hors du Cameroun, ce sont des camerounais ayant succombé au charme de leur initiative qui iront s’offrir en chair à canon aux forces gouvernementales qui ont là une bonne occasion de prouver leur bravoure en faisant une vraie  “guerre” contre des sécessionnistes (dont les plus armés auront des bâtons, des sifflets, et –pour les plus téméraires- des machettes) et des journalistes (armés de caméras, crayons à bille et bloc-notes) qui auront l’audace de jouer les reporters et chroniqueurs de guerre. Etat des lieux avant le jour de tous les dangers. 

Ça craint vraiment au Cameroun où, depuis vendredi, les populations civiles (anglophones et francophones confondues)  fuient en masses les régions du Nord-Ouest et du sud-Ouest pour se réfugier dans les régions francophones voisines. Certaines ont carrément pris la direction du Nigeria voisin, devenu visiblement plus hospitalier pour elles que leur Cameroun natal.

C’est la grande confusion dans les régions anglophones du Cameroun, prises entre le marteau du régime de Yaoundé, prêt à mâter dans le sang les séparatistes au nom d’une unité nationale qui a foutu le camp depuis au moins une trentaine d’années, et l’enclume  d’une minorité de têtes brûlées anglophones assoiffées de justice pour leur communauté, qui pensent pouvoir faire céder le régime au moyen de la surenchère sécessionniste, mais qui, quoique ne disposant pas de moyens militaires leur permettant de tenir la dragée haute à Yaoundé, sont quand même déterminés à aller jusqu’au bout d’un jeu dangereux qui va certainement, comme à l’accoutumée, coûter de nombreuses vies humaines parmi  les populations civiles qui n’en demandent pas tant.

Pour ne rien arranger à la situation, les autorités administratives des deux régions, notamment les gouverneurs du Nord-ouest et du sud-ouest, ressortissants francophones et peut-être pour cela naturellement moins sensibles aux revendications des anglophones et plus disposés à protéger “l’unité nationale” ont décrété une sorte de black-out dans ces circonscriptions administratives où la circulation est interdite entre deux localités depuis samedi. La frontière avec le Nigéria a été également fermée. Une mesure drastique courant jusqu’à lundi, qui a pour but d’empêcher l’entrée des sécessionnistes, et probablement des armes, mais qui empêche ceux qui veulent se mettre à l’abri ailleurs de le faire, en même temps qu’il indique une volonté de procéder à un massacre  à huis-clos, à l’abri des regards indiscrets et dénonciateurs.

Jusqu’en milieu d’après-midi samedi, le camp du pouvoir, sûr de lui et déterminé à s’engager dans ce bras de fer qui s’annonce sanglant n’avait pas donné le moindre signe d’être disposé à l’apaisement, malgré l’appel lancé à leur intention par le Secrétaire général des Nations Unies à travers une déclaration rendue publique jeudi par son porte-parole, Stéphane Dujarric.

 
Sisiku Ayuk Tabe Julius, président proclamé du Southern Cameroon. Puisse la nuit de samedi à dimanche lui porter conseil pour qu’il annule les manifestations qui vont jeter les anglophones dans la gueule du loup ?

En revanche, jeudi, les “terroristes” et “sécessionnistes anglophones”, par la plume de leur leader, Sisiku Ayuk Tabe Julius, qui a publié un communiqué à cet effet, avaient posé les conditions d’un dialogue, parmi lesquelles la libération de Mancho Bibixy et des leaders anglophones encore emprisonnés et la démilitarisation des régions anglophones.

Pour montrer davantage leurs bonnes dispositions à l’égard de la paix, ces “terroristes-séccessionnistes” ont indiqué qu’en cas de négociations, celles-ci ne pourront avoir lieu qu’en territoire étranger et en présence d’institutions comme l’Union africaine, la Cedeao, les Nations Unies, l’Union Européenne et des pays comme la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Nigeria.

Des propositions qui ont le mérite de révéler de quel côté se trouve l’irresponsabilité

Question: qui de ceux qui proposent le dialogue, fut-il conditionné, et de ceux qui défendent “obtusément” la non-négociabilité de la forme de l’Etat comme si le Cameroun était un bloc tombé tout fait du ciel, au point de menacer de tirer sur des “chiens qui mordent” est le plus responsable du pire qui se prépare, et pourrait jeter le cameroun sur la voie d’une aventure sans lendemain et aux conséquences incalculables ?

On se rappelle qu’il y a deux jours,  le porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU a fait état de la préoccupation du chef de la diplomatie mondiale au sujet de « la situation au Cameroun, notamment au vu des récents incidents sécuritaires à Bamenda et à Douala et de la montée des tensions dans les régions du sud-ouest et du nord-ouest liées aux événements prévus le 1er octobre ».

 
Les populations de la localité d’Ekona manifestant jeudi pour protester contre l’assassinat suspect d’une sexagénaire, qui aurait fait partie selon certaines sources des femmes âgées (les takembeng)  qui avaient manifesté le 22 septembre pour exiger la libération des anglophones encore détenus

D’une part, Antonio Guterres encourageait « les autorités camerounaises à poursuivre leurs efforts pour résoudre les griefs de la communauté anglophone », et les exhortait « à promouvoir des mesures de réconciliation nationale visant à trouver une solution durable à la crise, y compris en traitant ses causes profondes. ».

D’autre part, à l’intention de ceux qui “menacent” la paix sociale de manifestations pacifiques pouvant déboucher le 1er octobre sur la proclamation de l’indépendance du Southern Cameroon -question de diviser la poire en deux, le Secrétaire général de l’ONU soulignait « l’importance de faire prévaloir l’unité et l’intégrité territoriale du Cameroun », non sans enjoindre « toutes les parties à s’abstenir d’actes susceptibles de mener à une escalade des tensions et de la violence. ».

Pour finir, il se disait « convaincu qu’un dialogue véritable et inclusif entre le Gouvernement et les communautés des régions du sud-ouest et du nord-ouest est le meilleur moyen de préserver l’unité et la stabilité du pays. ».

Hélas, mille fois hélas !

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