Cameroun- Diplomatie : Comment Antonio Guterres a contraint Paul Biya de quitter la Suisse

N’eut-été l’escale de quatre heures au Cameroun  que devait effectuer le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies le 27 octobre, le président camerounais serait probablement encore en Suisse jouissant du confortable séjour que lui offre ainsi qu’à son entourage l’hôtel Intercontinental, devenu “l’antichambre de son pouvoir”, pour paraphraser la revue “La Lettre du Continent” La révélation a été faite… indiscrètement ( ?) par le Secrétaire Général de l’Onu qui s’est confié vendredi à l’AFP avant son escale au Cameroun où il a rencontré  en début de soirée le président camerounais.

Si aucune information n’a filtré de l’entretien entre le chef de la diplomatie mondiale et le président Biya, les observateurs se doutent bien cependant que la crise anglophone -marquée par une résurgence plus virulente des revendications séparatistes et leurs cohortes de morts-  qui met le Cameroun en branle depuis bientôt un an, et la situation sécuritaire en République centrafricaine aura été au menu des échanges entre les deux hommes.

En effet, peu avant son départ de Bangui, le Secrétaire général de l’Onu qui a accordé une interview à nos confrères de l’Agence France Presse a tenu à briefer l’opinion sur l’objet de leur rencontre : “On va pouvoir analyser l’évolution récente de la (situation de la) communauté anglophone”, a-t-il alors révélé.

C’est ainsi que d’une révélation à l’autre, l’ancien Premier ministre portugais s’est laissé aller à une indiscrétion qui a mis la puce à l’oreille des Camerounais, leur permettant de comprendre les vraies raisons du retour au bercail de leur président le 21 octobre dernier : « C’est une rencontre que j’apprécie énormément. Il aura la générosité de venir de Genève plus tôt que prévu pour pouvoir, lors d’une courte escale (…), se réunir avec moi, ce qui démontre le grand intérêt du Cameroun à être actif positivement dans toutes ces situations de la région », a déclaré monsieur Guterres en faisant état du fait que le Numéro 1  camerounais et lui allaient évoquer lors de leur entretien, le problème de l’afflux de réfugiés centrafricains au Cameroun et celui de la crise autour du Lac Tchad, en proie aux  fréquents attaques et attentats-suicides de la secte intégriste Boko Haram.

Inutile de constater en lisant cette révélation sur le retour précipité de Paul Biya au Cameroun, que le problème des réfugiés centrafricains et des assauts terroristes dans la région du Lac Tchad était des plus subsidiaires, et que la véritable raison de l’escale de Antonio Guterres au pays des Lions Indomptables se trouvait essentiellement dans sa volonté de contribuer à la résolution de la crise qui oppose le gouvernement aux populations des deux régions anglophones. 

Même si une seule escale de quatre heures en pleine nuit et durant laquelle d’ailleurs il n’a rencontré qu’un seul des protagonistes de la confrontation, qui plus est celui qui a sous ses ordres les forces militaro-policières qui se sont illustrées ces derniers temps par la répression violente des revendications des anglophones, on ne peut que se féliciter de la peine que s’est donné le diplomate. En revanche, on ne peut pas en dire autant du chef de l’Etat qui a désagréablement surpris les analystes en séjournant plus d’un mois hors du pays alors que celui-ci était en feu, s’offrant même le luxe d’adresser de l’étranger un appel au dialogue et de condamner la violence « d’où qu’elle vienne », comme s’il était un observateur étranger de la situation, ou, dans le meilleur des cas, un médiateur.

On comprend donc que certains analystes affirment que c’est avec un certain agacement que le gouvernement a perçu le passage éphémère au Cameroun de Guterres, venu se mêler des choses qui ne le regardent pas.

En fait, c’est très souvent tambour battant que le gouvernement annonce ce genre de visites généralement récupérées à des fins politiciennes et présentées comme des exploits diplomatiques ou des marques de la crédibilité dont jouirait le régime auprès des instances internationales et des gouvernements des puissances étrangères. Cette fois-ci, la visite de Guterres n’était même pas annoncée aux Camerounais par leur gouvernement. C’est tout dire.

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