Aux portes de l'enfer. L'Onu déclare la crise humanitaire au Cameroun anglophone

L’ONU a finalement déclaré une crise humanitaire dans la région anglophone du Cameroun où les populations sont prises entre le marteau des forces armées gouvernementales extrêmement répressives  et  l'enclume des menaces des groupes armés sécessionnistes déterminées à y éradiquer ceux qu'elle considère comme des complices de l'oppression de la minorité anglophone par les francophones.

L'organisation internationale affirme à cet effet être à la recherche de 15 millions de dollars US pour fournir une aide vitale aux populations victimes et faire face à d'autres difficultés inhérentes à cette crise.

Fait nouveau et non moins intéressant, voire inquiétant pour les Camerounais particulièrement chatouilleux  sur la question de la souveraineté de leur pays l’ONU affiche la nécessité de demander également une assistance pour la protection de la population civile de l'ancien Cameroun Occidental, démontrant par-là que le gouvernement camerounais ne peut plus à lui seul assurer la protection de la population civile dans les régions en crise.

Il faut relever que selon les normes onusiennes la protection par elle des populations ne va pas sans une série d'actions, parfois coercitives –même cela ne se dit pas très souvent- pour garantir le plein respect des droits individuels tels que stipulés par la charte des droits de l’homme, ainsi que le droit international humanitaire (applicable dans les situations de conflit armé) et le droit des réfugiés.

Pour de nombreux observateurs, la déclaration de la crise humanitaire au Cameroun anglophone, non pour cause de catastrophe naturelle mais pour cause de conflit armé, aura d'énormes implications en ce sens qu'elle change la façon dont le conflit est perçu par la communauté internationale, et signifie que l’ONU reconnait officiellement l’existence du camp qui s'oppose aux forces gouvernementales comme entité «organisée», donc à prendre en considération dans le cadre des négociations pour assurer la protection des civils.

Les textes de l’ONU sont clairs à ce sujet. Dans les situations de conflit armé, toutes les parties au conflit (États et groupes armés organisés) doivent respecter et protéger les civils. Lorsque les autorités nationales ou d’autres parties au conflit ne peuvent ou ne veulent pas respecter ces obligations, les organisations humanitaires peuvent, avec le consentement des parties, apporter une aide à la population touchée.

A partir de là, il n'est pas exclu que soient lancés bientôt des appel au cessez-le-feu pour faciliter la livraison de l’aide humanitaire, et éventuellement par ce biais, des armes de guerre à la partie vers laquelle iraient les faveurs des donateurs.


Le Cameroun n'ayant pas bonne presse dans les milieux de la communauté internationale (Chine et Russie exceptées, notamment) en raison des multiples violations des droits de l'homme dont se rend coupable son gouvernement à travers ses forces de défense et de sécurité, il est difficile de penser que les fournisseurs d'armes volent au secours de sa stabilité en pareille occurrence. D'où la crainte qu'en cas d'impasse persistante, surviennent des condamnations partiales des violations des droits de l'homme, et ensuite, une intervention militaire des “démocraties” occidentales  comme en Libye ou en Côte d'Ivoire, pour « protéger la population civile », avec au passage l'établissement des zones tampons dans les parties du pays où il y a des ressources naturelles à piller. Autrement dit, avec les conséquences que l'on peut imaginer, et qui n'auront pas fini avant la fin de la longue et interminable « reconstruction ».

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