Cameroun : L’assassinat des sécessionnistes anglophones instruit par Paul Biya selon le chef de la police


Le Commissaire divisionnaire hors-classe Mbarga Nguelé. Encore un impair de vieillard atteint de délinquance sénile ?

L’instruction de Martin Mbarga Nguelé qui date du 15 août 2018 n’a été révélée à l’opinion publique qu’en fin de semaine, certainement du fait d’une fuite interne à la délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN), service rattaché à la présidence de la République du Cameroun chargé de la coordination des activités de la police du pays.

Dans le message porté à l’intention de la Direction Générale des Recherches Extérieures (DGRE, services de renseignements et de contre-espionnage camerounais  placé lui aussi sous la tutelle du Secrétariat Général de la présidence de la République, donc ne dépendant pas de la DGSN), ainsi que de toutes les missions diplomatiques du Cameroun à l’étranger (pourtant placées sous la tutelle du ministère des relations Extérieures, sans oublier la Direction de la Police Judiciaire et Interpol, le patron de la police camerounaise ordonne l’arrestation et la mise à la disposition  de la DGRE de 11 activistes séparatistes anglophones résidant tous hors du Cameroun. Il s’agit de : Samuel Ikome Sako (nommé en février dernier à la tête du gouvernement sécessionniste anglophone  après l’arrestation au Nigeria et l’extradition au Cameroun en janvier de Julius Sisiku AYuk Tabe et autres), John Mbah Akuroh (un ancien journaliste de la radiotélévision d’Etat, Crtv), Ashu Kingsley Ndip, Ivo Tapang Taku (un autre ancien journaliste de la Crtv, aujourd’hui Général autoproclamé d’une soi-disant armée de l’imaginaire Etat d'”Ambazonie”, Emma  Larry Daniel, Success Nkongho, Mbu taka Milton, Akoson Pauline Diale, Eric Tataw Tano, Mark Bareta, Christopher Anu (Secrétaire à la Communication et porte-parole du  “gouvernement” ambazonien).


               L’instruction du DGSN

L’instruction du chef de la police camerounaise semble ne pas se limiter à l’arrestation et à l’extradition de ces  personnalités contre lesquels –pour certaines- un mandat d’arrêt international avait déjà été émis par la justice camerounaise l’année dernière. Le DGSN prescrit aux destinataires de son message qui doivent accomplir cette mission  dans les plus brefs délais, de prendre les dispositions nécessaires pour qu’en cas de résistance des cibles, celles-ci soient purement et simplement « effacées ».

« Effacer » ! Dans le jargon policier et militaire, voire criminel, cela veut dire supprimer, éliminer, tuer, assassiné. Mais ce n’est pas cette dernière instruction – assez étrange  de la part de cette autorité  dont la hiérarchie rebat officiellement les oreilles de l’opinion de sa volonté de dialoguer avec les séparatistes – qui fait scandale. Le scandale vient  du fait que monsieur Mbarga Nguelé précise dans son message que les dispositions ainsi prises et à prendre à l’encontre des 11 activistes sont un ordre  émanant de la « Hiérarchie Suprême ». Il ne faut pas croire à un ordre venant du Ciel, mais plutôt du président de la République qui est la seule “hiérarchie suprême” de l’administration camerounaise.


Dr Ikome Samuel et autres dans le viseur des effaceurs commis à leurs trousses par le chef de la police camerounaise sur ordre de la “hiérarchie suprême”.

Voilà donc les sombres desseins de Paul Biya et ses sinistres dispositions  mis à nu par la faute d’un patron de la police qui,  à 86 ans, a depuis dépassé l’âge d’assumer d’importantes responsabilités comme celles que Paul Biya lui a confiées en 2010 alors qu’il coulait une douce “retraite” depuis 19 ans aux fonctions d’Ambassadeur du Cameroun en Espagne.

Les sécessionnistes qui croient  être hors d’atteinte de la répression en trouvant refuge hors du Cameroun sont donc  avertis. Ils seront traqués partout ou besoin sera, et quels que soient les moyens à utiliser, par un patron de la police camerounaise qui tient à ne plus se laisser dépasser par les événements comme ce fut le cas lors de la tentative de renversement du régime en 1984 par un groupe d’officiers de l’ancienne Garde républicaine.

Dans son ouvrage intitulé Politique de défense et sécurité nationale au Cameroun (paru en février 2012), l’ancien cadre du Secrétariat Permanent à la Défense et non moins enseignant de politique de défense à l’Ecole Militaire Interarmées du Cameroun, Dr. Victorin Hameni Bieuleu, tout en reconnaissant en Mbarga Nguelé « un brave policier » dit de cet ancien Commissaire Divisionnaire  de la police camerounaise qu’il fut sorti des rangs et se trouva brutalement projeté dans l’arène politique sans préparation préalable, et qu’« il eut à gérer les débuts de la tentative de putsch du 6 avril 1984 au cours de laquelle il fut cueilli sans possibilité d’échapper à ses poursuivants, n’ayant pas été informé du coup en préparation du haut de ses fonctions de chef du renseignement de la police ».

Pour tout dire, Mbarga Nguelé qui fut alors  sanctionné en quittant la tête de la Sûreté Nationale qui lui  avait été confiée un an plus tôt, pour un poste de chef de mission diplomatique (en RD Congo d’abord, puis au Brésil et finalement en Espagne) où il fut “garé” près d’un quart de siècle durant jusqu’à son retour à la DGSN en 2010, aurait juré qu’on ne l’y prendra plus jamais.

Sécurocrate fossilisé –il est dans la police depuis 1951- n’hésitant pas à employer des méthodes d’une époque que beaucoup croient révolue Mbarga Nguelé s’était récemment signalé par un discours virulent contre les ingérences étrangères qui sont selon lui à l’origine de la crise anglophone, alors que tout le monde sait que tout est parti d’une revendication corporatiste des enseignants et des enseignants et avaocats anglophones radicalisée par la suite par une réaction musclée du gouvernement faite d’exécutions sommaires et d’arrestations arbitriares des manifestants et de leurs leaders.

Ainsi, lors d’un meeting du parti au pouvoir tenu à  son instigation dans sa ville natale de Mbalmayo pour inciter les populations à apporter leur soutien total à Paul Biya lors de l’élection présidentielle du 7 octobre, il déclarait :   « Je voudrais dire en quelques mots dans quel contexte nous sommes aujourd’hui, dans quel contexte nous allons faire la campagne du 7 octobre 2018. Les grandes puissances ne veulent pas nous laisser tranquilles. Ils veulent rester des donneurs d’ordre. Nous avons passé 26 ans à l’extérieur et je peux vous dire que le Cameroun est un grand pays». Et d’ajouter «Nous avons des ennemis à l’intérieur et à l’extérieur. Vous avez suivi les déclarations d’un certain ambassadeur (l’Ambassadeur des Etats-Unis, Peter henry Barlerin qui avait suggéré à Paul Biya de s’inspirer des exemples de George Washington et de Nelson Mandela en quittant la tête de l’Etat pour permettre une alternance pacifique, ndlr). De quoi se mêle-t-il peut-on se demander, mais comme je l’ai dit, ce sont des gens qui veulent continuer à nous dominer. Nous devons donc faire attention. Nous devons faire attention parce que ces gens-là sont très malins. S’ils ne réussissent pas sur le plan militaire, ils veulent réussir d’une autre manière. On veut créer des problèmes entre les francophones et les anglophones; c’est là où le département du Nyong et So’o doit faire attention».

Ce que de nombreux Camerounais ignoraient au moment où il tenaient ce discours virulemment anti-“ingérences étrangères”, c’est que le vieuxMbarga Nguelé avait signé trois jours auparavant, sur ordre de la « hiérarchie suprême », un texte instruisant “l’éffacement” des sécessionnistes anglophones. Une démarche qui, comme tant d’autres du même acabit, ne peut que susciter des « ingérences étrangères ». Sauf à penser qu’on peut s’offrir le luxe de massacrer sa domesticité au vu et au su de tout le monde sans susciter la moindre désapprobation. Au nom d’une souveraineté nationale devenue synonyme de « droit de tuer ».   

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