La France traite Paul Biya de “despote”


Sans commentaire

C'est toute la presse internationale qui est scandalisée sur les propos racistes et antisémites du ministre camerounais Jean De Dieu Momo qui, dans une émission sur la chaîne d'État CRTV, a justifié le génocide juif par Hitler, en qualifiant les victimes , donc le peuple juif d' " arrogant ". Du coup, toute la presse occidentale braque les yeux sur ce qui se passe au Cameroun et tire à boulets rouges sur le régime Biya.

Soutenu par la France, le régime de Yaoundé est maintenant lâché Paris qui ne peut plus se risquer à soutenir un régime tribaliste, raciste et antisémite  qui appelle au meurtre des Bamileke en se servant de l' holaucoste comme exemple. La presse française qui a souvent fermé ses yeux sur ce qui se passe au Cameroun, est maintenant déchaînée. Du journal " Libération" qui est de la gauche , en passant par tous les quotidiens de la droite tel" le Figaro" , les chiens sont désormais lâchés. Voici une  analyse du très grand magazine français "L'Express".

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Rédigé par Vincent HUGEUX, Lexpress.fr Le 5 février 2019

L'arrestation de l'opposant Maurice Kamto montre à quel point celui qui règne sur le pays depuis 36 ans demeure l'otage de ses hantises. Le théorème est quasiment infaillible, et peut être formulé comme suit : tout DESPOTE , où qu'il sévisse, tend à diviser le genre humain en deux tribus, les ZÉLOTES et les CONSPIRATEURS. Point de troisième voie.

Il faut choisir son camp, sous peine de se voir soupçonné d'intelligence avec l'ennemi. Paul Biya, 85 ans dont 36 aux commandes du Cameroun, incarne cette loi avec une troublante ténacité.

Pour « l'Omniabsent », sobriquet que lui valent ses longs et coûteux séjours dans un palace du lac de Genève, l'axiome vient de loin. Sans doute fut-il forgé au feu de l'angoisse, dans la nuit du 5 au 6 avril 1984, soit dix-sept mois après son accession au palais, lorsqu'une escouade d'officiers factieux de la Garde présidentielle tenta vainement de s'emparer du pouvoir. Le putsch échoue, certes, mais il introduit alors dans le logiciel politique de l'ex-lycéen de Louis-le-Grand le virus de la paranoïa.
Depuis, le roi Paul 1er, patriarche taiseux, madré et faussement bonhomme, verrouille à triple tour les commandes de l'Etat, avec le concours du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti à sa dévotion. Quitte à frapper du sceau d'infamie quiconque passe pour un rival virtuel. Son Epervier -nom de code de l'opération anti-corruption déclenchée en 2006- aura emporté dans ses serres autant de prétendants réels ou supposés que de hauts-fonctionnaires cupides.

L'arrestation le 28 janvier à Douala de Maurice Kamto, figure de proue de l'opposition, enrichit le tableau de chasse. Tête brûlée ? Boutefeu ? Suppôt de la sédition ? Pasvraiment. Natif de Bafoussam (Ouest), ce juriste sexagénaire fut sept années durant ministre délégué à la Justice auprès du Garde des Sceaux. Mieux, son demi-maroquin lui a été attribué en 2004 pour service rendu à la nation. En l'occurrence, sa contribution à la résolution de l'imbroglio de la presqu'île de Bakassi, épineux litige qui empoisonnait depuis des lustres les relations avec le Nigeria voisin.

Mais voilà : l'avocat formé à Yaoundé, Nice et Paris, paye au prix fort les quatre affronts infligés au « patron ». Un, sa démission, en 2011, du gouvernement, gage d'un divorce définitif avec le régime. Deux, la création, l'année suivante, du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Trois, sa candidature à la présidentielle d'octobre 2018, offense faite à Biya. Quatre, son refus de reconnaître le douteux verdict des urnes, lequel le crédite officiellement de 14,2% des suffrages contre 71,2% au sortant perpétuel, gratifié ainsi d'un septième mandat consécutif.

Que lui reproche-t-on en haut-lieu ? D'avoir orchestré non seulement les « manifestations illégales » du 26 janvier, mais aussi, à distance, le saccage de plusieurs ambassades du pays des Lions indomptables en Europe, notamment celles de Paris et Berlin. Le voici donc poursuivi, entre autres, pour « rébellion », « incitation à l'insurrection », « trouble à l'ordre public », « association de malfaiteurs » et « hostilité à la patrie », délit juridiquement baroque. Chez Paul Biya, l'appareil répressif ratisse large : parmi les 200 suspects interpellés, la plupart des membres de l'état-major du MRC, le rappeur Valsero et deux journalistes coupables d'avoir couvert un défilé. Jamais jusqu'alors le pouvoir n'avait éprouvé le besoin d'embastiller l'opposant n°1. Pas même en février 2008, lorsqu'une vague d'émeutes urbaines le fit vaciller. Sans doute l'ancien ministre, fils du sérail et procureur réfractaire aux arrangements scellés en catimini, apparaît-il plus corrosif que les figures historiques de la fronde anti-Biya. En filigrane affleure, notamment sur les réseaux sociaux hostiles à « ce Bamiléké de Kamto », un péril infiniment toxique : la tentation d'attiser les braises des vieux antagonismes ethniques.

Assiégé, déchiré, fracturé, le Cameroun millésime 2019 n'a nullement besoin de cela. L'extrême-Nord du pays demeure exposé aux incursions ravageuses de la secte djihadiste nigériane Boko Haram. Tandis que les deux régions anglophones de l'Ouest, secouées par un puissant élan séparatiste, s'enlisent dans un conflit à l'issue indéchiffrable. Depuis l'automne 2017, une guerre larvée met aux prises, dans le huis clos de la forêt équatoriale, les forces armées et la faction la plus radicale des rebelles de l'Ambazonie, entité souveraine fictive. Laquelle faction prend d'assaut écoles et gendarmeries, quand elle ne kidnappe pas à tour de bras officiels ou voyageurs. Au total, avancent les Nations unies, 4,3 millions de civils, soit près de 18% de la population, ont « besoin d'une assistance vitale ». Eux n'ont d'autre horizon que la peur, la fuite et la détresse. Un fardeau qu'aucun théorème n'allégera jamais.

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