Cameroun : un enseignant risque la peine de mort pour avoir cru que le “dialogue national” de Paul Biya est une réalité

Le journaliste David Eboutou raconte ci-dessous comment un enseignant a été arrêté dans la région natale du chef de l’Etat par un sous-préfet, au lendemain de l’annonce présidentielle d’un dialogue national.

Pour avoir ingénument cru et dit que le « grand dialogue national » annoncé par le président Biya  avait quelque chose de vraiment national, un pauvre enseignant officiant dans la région natale du chef de l’Etat est gardé à vue depuis 5 jours et risque un procès devant le Tribunal militaire et au bout du compte, il encourt la peine de mort compte tenu de la qualification ubuesque des faits par monsieur le Sous-préfet de Sangmélima, qui aurait pour la petite histoire inventé de nouveaux crimes  à incorporer dans le code criminel camerounais : “obstacle à la juridiction présidentielle” et “Mauvaise interprétation du discours du chef l’Etat”.
 
Un professeur des lycées d’enseignement général interpellé et gardé à vue Sangmelima pour avoir appliqué l’A P C (Approche Par Compétence).
Affectueusement appelé Pasto par ses élèves, Monsieur Sapgang  (PLEG) professeur des lettres  Bilingue à  été interpellé et gardé dans la matinée de Samedi 14 septembre 2019 par le sous-préfet de Sangmelima alors que les faits qui lui sont reprochés se sont déroulés à 31 kilomètres de Sangmelima ( au Sud du pays dans le département du DJA ELOBOO) à EVEBE ESSE  .
L’histoire commence vendredi 13 HEURES 30 en classe de 1ère alors que, comme d’habitude, ayant préparé son cours d’anglais, il entre en classe et demande aux élèves de sortir leur livre d’anglais. un seul élève sur environ 40 élèves sort son livre « STAY TUNED » pour la leçon du jour. Il faut rappeler qu’il s’agit du MODULE 1 VIE FAMILIALE ET SOCIALE dont au chapitre 3 on a : TOO YOUNG FOR WAR page 52 (Très jeune pour la guerre).
Ce cours est dispensé en langue anglaise puisque M. Sapgang est un professeur bilingue sorti de l’Ecole Normale Supérieure du Cameroun en 2013.

Voici les questions posées en anglais aux élèves au début du cours :

1 Qu’est ce qui se passe dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest Cameroun ?
2 Citez quelques causes d’un conflit général.
3 Pendant un conflit, que peut-il bien se passer ?
4 Quelles sont les solutions qu’on peut apporter pour résoudre une crise (conflit) ?

Notons que c’est la quatrième question qui envoie Monsieur Sapgang encore appelé Pasto en garde à vue depuis plusieurs heures puis dans une chambre où il pouvait voir sur les murs des marques écrites des anciens détenus faits des excréments parfumés des urines concentrés.

Il faut aussi rappeler que, selon la nouvelle approche pédagogique en vigueur, appelée en anglais CBA (Approche par Compétence, situation de vie actuelle), …  l’enseignant contextualise son cours pour mieux éclairer l’apprenant surtout que les apprenants de Monsieur Sapgang n’avaient pas d’outils scolaires pour se référer.

Durant le cours avec les élèves, il demande aux apprenants s’ils savent «  un pays au monde ou il y a un conflit ? »
« Oui Monsieur », disent les élèves.
 « Quel pays ? » demande le prof.
« Le Cameroun » répondent les élèves .
« Selon vous que faut-il pour résoudre ce problème ? »,  demande-t-il aux élèves.
« Il faut le dialogue comme a dit le chef de l’Etat », répliquent un élève ayant levé le doigt.
 « Juste », répond l’enseignant.

À la réponse du professeur Sapgang, un élève demande « Mais Monsieur doit on aussi dialoguer avec M . Kamto ? » 

« Si le président invite les groupes armés à venir à la table du dialogue, pourquoi pas dialoguer avec ceux qui sont en prison cela pourrait faire partir d’une des solutions. En plus le Président à bien dit DIALOGUE NATIONAL »,  répond le professeur Sapgang à son élève .

C’est alors qu’après le cours une élève est allée dire à sa génitrice que « Monsieur Fongang à dit en classe qu’il faut libérer Kamto afin de faire un dialogue ».

Curieuse la maman de la jeune élève se dépêche vers le chef du village où enseigne M. Sapgang (AVEBE ESSE) et lui rapporte la mauvaise leçon acquise du jour « M. Sapgang n’est pas sérieux, au lieu de dispenser les cours il dit aux élèves qu’on doit libérer Kamto»

C’est précipitamment que le chef du village AVEBE ESSE appelle le sous-préfet de Sangmelima puis ce dernier fixe un rendez avec M. Sapgang déjà renseigné sur son domicile, lui demande de le retrouver et qu’il avait besoin du numéro de l’un de ses collègues où si tôt M. Sapgang apparu, le sous-préfet lui demande de monter dans sa voiture. Bien qu’ayant hésité, il finit par grimper dans sa voiture et c’est ainsi qu’il se retrouve gardé à vue.

Curieusement,Depuis que M. Sapgang est gardé à vue sa famille et tous ses collègues enseignants qui menacent d’ailleurs de ne plus dispenser les cours jusqu’à la libération de leur collègue, ils se sont mobilisés pour lui apporter du soutien.

Comme charge citées contre M. Sapgang par le sous-préfet :

– Incitation à la rébellion
– Obstacle à la juridiction présidentielle
– Mauvaise interprétation du discours du chef l’Etat.

En rappel, M. Sapgang n’a jamais été interpellé et jusqu’ici, il n’a aucun antécédent judiciaire dans ses dossiers. Selon certaines sources, la recherche des nominations et d’estime par le sous-préfet et le chef du village seraient à l’origine de cette interpellation brusque un samedi matin 10 heures.

Bouleversé, le corps enseignant se pose de multiples questions au lendemain de la volonté du chef de l’Etat à faire régner la paix au Cameroun et au sein de ceux par qui la crise à débuter (avocats et enseignants) :

– Le corps enseignant est il donc infiltré par des élèves agents de sécurité « exerçant pour le compte de certaines personnalités » dans l’enseignement ?

– En répondant à cet élève que l’une des solutions serait de dialoguer avec Kamto, serait plus criminel que  « l’invitation du chef l’Etat à déposer les armes et à dialoguer avec les groupes armés » ?

– Comment les enseignants qui se sentent en insécurité puis décapités dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest se retrouvent en situation de terreur dans le Sud du pays ?

– Quelle dignité aura le corps enseignant devant les apprenants ? Quelle envie aura la jeunesse camerounaise pour faire le choix de l’enseignement ?

 M.Sapgang n’adhère à aucun parti politique et ne fait presque pas des publications révoltantes ou politique sur son mur Facebook par contre comme tous les intellectuels, il émet des idées quand il peut s’exprimer puisque la religion est sa deuxième fonction (vient d’être nommé conseiller de l’église protestante de Sangmelima) après l’enseignement secondaire .

Rappelons que vu sa vaillance, sa franchise M Sapgang est nommé Président de l’Amical des enseignants d’Avebe Esse , et que depuis 6 ans M. Sapgang enseigne ce même cours à dans plusieurs établissements à Sangmelima comme vacataire même à la veille de son arrestation  .

TRISTE N’EST CE PAS ?

David Eboutou

 

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