Cameroun : Kamto conditionne la fin de la crise politique à une rencontre avec son prédécesseur

3 000 morts, un million de déplacés,  40000 réfugiés au Nigeria, 300 villages rasés, trois années scolaires perdues, des pans de l’économique effondrés, et  au finish  une solution contenue dans la Constitution de 1996 ? Le leader du Mrc largué par l’apaisement à la façon de Biya rejette les “vertus” supposées du Grand dialogue National.

Libéré le 5 octobre dernier après avoir séjourné derrière les barreaux en compagnie de ses alliés à la présidentielle 2018 plus de huit mois, Maurice Kamto s’est confié mercredi à nos confrères de Radio France Internationale.

Toujours mesuré dans son propos, le vainqueur autoproclamé de la présidentielle du 7 octobre 2018 fait le tour d’horizon de l’actualité du Cameroun marquée des stigmates  indélébiles de la crise postélectorale, et surtout dominée par le chaos sécuritaire et humanitaire sans fin dans les régions anglophones auquel même l’intermède d’un semblant de dialogue national –qualifié de “manœuvre communicationnelle” par les détracteurs du président Biya n’a pas apporté le bémol escompté. A contrario.

L’incontournable prérequis d’un apaisement politique durable

Il en ressort que si la crise politique tirant sa source de la gestion par l’organe électoral et le Conseil constitutionnel de l’élection présidentielle de 2018 persiste, c’est en raison uniquement du refus de son adversaire, Paul Biya, de réagir positivement à sa proposition faite en mars dernier de se retrouver pour aplanir leurs divergences, et probablement réorganiser leurs actions politiques respectives sur un mode sinon complètement apaisé, ordinaire, du moins, moins conflictuel.

l’homme politique qui postule depuis son entrée dans l’arène « qu’un changement de régime ne s’opère pas nécessairement dans la violence », reste égal à lui-même : pas disposé à passer à la vitesse supérieure alors que sa base politique en particulier et son électorat le pressent d’en découdre « pour que force revienne au suffrage populaire qui a décidé de faire de lui en 2018 le nouveau président du Cameroun pour les 7 années suivantes »(sic), en même temps qu’il n’est pas non plus disposé à laisser dormir sur ses deux oreilles le régime issu de ce que son camp à lui Kamto, considère comme un “hold-up électoral”.

Ci-dessous, l’essentiel des déclarations du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) 

RFI : Maurice Kamto, vous voilà libre, après plus de huit mois de prison. Quelle est votre réaction ?

Maurice Kamto : Je n’ai pas de réaction particulière. Il fallait bien que cette détention prenne fin à un moment donné et elle a pris fin, tant mieux.

Saluez-vous le geste du président Biya ?

Que faut-il saluer là-dedans ? Saluer que l’on vous restitue votre liberté, après neuf mois de détention injustifiée, illégale, à la suite d’une arrestation arbitraire ? Je ne vois pas un geste ou un acte de magnanimité quelconque.

Mais il aurait pu ne pas vous libérer.

Il aurait pu, mais il l’a fait. Que voulez-vous que je dise de plus ?

Certains y vont vu un geste d’apaisement.

Tant mieux s’ils voient cela de cette façon. Mais ce n’est pas eux qui étaient en prison. C’est moi, mes camarades et mes alliés.

Allez-vous continuer à contester les résultats de la présidentielle de l’an dernier ou allez-vous tourner cette page ?

Qu’est-ce qui a amené la contestation ? Est-ce que ce qui était à l’origine de la contestation a été réglé ? J’avais tendu la main pour que l’on solde le passif de cette élection. Personne n’a jamais saisi ma main. Cette main reste tendue, d’ailleurs. Mais il ne faut pas nous demander de tourner une page. Qui refuse de se tourner ? Ce n’est pas nous qui refusons de tourner la page.

Mais les manifestations, est-ce que, c’est terminé ?

La résistance nationale va se poursuivre dans les formes et les modalités que nous indiquerons le moment venu.

Votre libération a-t-elle été le résultat d’un accord avec la présidence ?

Je suis formel. Nous n’avons eu de pourparlers avec personne.

Fallait-il attendre près de 3 000 morts, quelque un million de déplacés internes, près de 40 000 réfugiés au Nigeria, 300 villages rasés, trois années de scolarité perdues, des pans entiers de l’économique effondrés, pour venir servir une solution qui est contenue dans la Constitution de 1996 ?

Le président Macron a-t-il eu raison, selon vous, de rencontrer le président Paul Biya à Lyon ?

Je n’ai pas à juger les actes du président français. Je n’étais pas à Lyon et je ne sais pas ce qu’ils se sont dit là-bas.

Vous demandez aujourd’hui la libération de tous les prisonniers politiques, y compris celle de leaders séparatistes anglophones, comme Sisiku Ayuk Tabe. Vous l’avez rencontré en prison ?

On partageait la même cour, donc il aurait fallu être particulièrement impoli pour qu’on ne se dise pas bonjour. J’ai le sentiment profond que, tant que le dialogue n’associe pas et n’implique pas les leaders des groupes armés séparatistes, fédéralistes, tout ce que vous voulez… Mais ne les implique pas directement dans les négociations sur la forme de l’État, nous n’aurons pas la paix ou une paix durable dans ces régions. C’est dans ce cadre-là que nous demandons – et parce que nous croyons que c’est nécessaire –, la libération d’Ayuk Tabe Sisiku et les autres.

Les séparatistes rejettent les conclusions du grand dialogue national. Est-ce que, selon vous, la décentralisation avec un statut spécial pour les deux régions anglophones peut aider au règlement de la crise, tout de même ?

Le dialogue attendu n’a pas eu lieu. Fallait-il attendre près de 3 000 morts, quelque un million de déplacés internes, près de 40 000 réfugiés au Nigeria, 300 villages rasés, trois années de scolarité perdues, des pans entiers de l’économique effondrés, pour venir servir une solution qui est contenue dans la Constitution de 1996 ? Donc il n’y a rien de nouveau.

Mais des Camerounais se sont parlé tout de même. Un travail a été fait. Est-ce que cela, vous le reconnaissez ?

Je crois que le point important, c’est l’impératif de la réforme consensuelle du Code électoral dans notre pays, avant les toutes prochaines élections. Si on ne fait pas, on va aller au-devant de crises électorales multiples.

Les Camerounais se sont parlé… Des Camerounais d’un même parti politique qu’on a choisis en décorant ou en essayant de panacher avec quelques personnes… C’est ça, les Camerounais qui se sont parlé ? J’aurais bien voulu que la solution issue du grand dialogue national soit satisfaisante pour ceux qui ont pris les armes ou en tout cas pour les contestataires des régions du nord-ouest et du sud-ouest. Je constate que la situation s’est plutôt aggravée sur le terrain. Je dis que, quelle que soit la solution que l’on veut retenir, au final, il faut discuter franchement avec les gens. Partout ailleurs, face à une crise, on appelle les acteurs de la crise autour d’une table. On discute dans le but de trouver une solution et non pas dans le but de faire une manœuvre, de faire de la ruse politique. Il y a des choses sur lesquelles on ne fait pas de la ruse politique.

Et quand vous avez entendu le sultan de Bamoum, Ibrahim Mbombo Njoya, qui est un proche du président Biya, parler des limitations de mandats et d’introduction du second tour pour la présidentielle, est-ce que cela vous a surpris ?

Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, qui est un homme politique expérimenté – je signale qu’il a plus de 80 ans -, il ne parle pas à la légère. C’est un homme réfléchi, donc il a tenu des propos de sagesse et de bon sens. Je me réjouis qu’il ait pu tenir ces propos.

Je crois que le point important, c’est l’impératif de la réforme consensuelle du Code électoral dans notre pays, avant les toutes prochaines élections. Si on ne fait pas, on va aller au-devant de crises électorales multiples.

Je dis que, quelle que soit la solution que l’on veut retenir, au final, il faut discuter franchement avec les gens. Partout ailleurs, face à une crise, on appelle les acteurs de la crise autour d’une table. On discute dans le but de trouver une solution et non pas dans le but de faire une manœuvre, de faire de la ruse politique. Il y a des choses sur lesquelles on ne fait pas de la ruse politique.

#ctaText??#  Cameroun : Après les USA, l’UE insiste sur la nécessité d’un dialogue "inclusif"

Deuxièmement, les populations des zones anglophones ne pourront pas participer aux élections à venir avec la confiance. Et dans ces conditions, ce sera acter de fait la partition du pays. Nous ne sommes plus à l’élection présidentielle où les gens nous ont expliqué que c’était une circonscription unique et qu’on pouvait balancer les voix. Nous sommes dans des élections de proximité. Il s’agit de députés et maires, d’exécutifs locaux. On ne peut pas faire l’économie d’une telle réforme. Les règles du jeu doivent toujours faire l’objet d’un consensus entre les acteurs.

Facebook Comments
- Publicité -

Plus populaires

Autres actualités

Discours de Ouattara et 3ème mandat, peur et incertitudes sur la Côte d’Ivoire :...

Se présentera ? Se présentera pas ? La question de la décision finale du président sortant de la Côte d’Ivoire  relativement à sa candidature...

Cameroun, “Venger Tangem Thomas est devenu un idéal” : L’A.R.F. veut venger l’anglophone mort...

Des déclarations qui présagent de lendemains à tout le moins troubles. Surtout quand on a entendu le Secrétaire à la Défense de...

Cameroun : Le prisonnier politique anglophone Tangem Thomas meurt menotté sur un lit d’hôpital

Cameroonvoice en avait alerté l’opinion et les autorités compétentes dans un article publié le 1er août dernier sur nos pages. Et si...

Attaque terroriste : Maurice Kamto pointe les coupables

Quelque trois jours après cette expédition meurtrière de la secte terroriste Boko Haram dans la localité de...

Côte d’Ivoire/Retrait de Gbagbo de la liste électorale ? GRADDH-AFRIQUE dénonce et menace...

Si M. Alassane Ouattara souhaite une fin de mandat paisible ; ou bien, s’il veut toujours « rendre ce pays ingouvernable », tout dépend de...
- Publicité -
Facebook Comments