À l’ONU, tensions entre l’Afrique et l’Occident sur le poste d’émissaire en Libye (OLJ)

Le chef du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj lors d’une visite sur un site bombardé par les forces du maréchal Haftar, près de Tripoli. Mahmud Turkia/AFP

Les États-Unis et les Européens ont refusé d’évincer Ghassan Salamé.

Les trois membres africains du Conseil de sécurité ont échoué mercredi à obtenir la nomination d’un émissaire conjoint de l’Union africaine et de l’ONU pour la Libye, les Occidentaux refusant d’évincer le Libanais Ghassan Salamé, selon des diplomates.

« Ne changeons pas de cheval au milieu du gué », ont fait valoir les États-Unis et les Européens lors d’une très longue réunion à huis clos demandée par l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et la Guinée équatoriale, a rapporté un diplomate requérant l’anonymat. La Russie et la Chine n’ont pas réellement penché dans un sens ou un autre, selon d’autres diplomates. Pékin a plaidé pour « l’harmonie » du Conseil, a précisé l’un d’eux. « On peut reparler plus tard » de l’idée africaine, ont estimé d’autres États.

Un projet de texte africain demandant au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « de prendre les mesures nécessaires pour s’assurer de l’implication effective de l’Union africaine avec l’objectif de résoudre la crise libyenne » n’a pas recueilli, loin de là, l’unanimité requise, selon plusieurs diplomates. « Ghassan Salamé envoie un rapport à l’Union africaine tous les quinze jours et il n’a jamais de retour », assure l’un d’entre eux. Depuis le début du conflit en Libye, l’UA est aux « abonnés absents », n’est pas présente en Libye, avec une représentation seulement dans la Tunisie voisine, ajoute une autre source diplomatique en laissant transparaître l’incompréhension des Occidentaux face à la demande africaine.

Cette requête pour avoir un émissaire conjoint UA-ONU avait été soulevée pour la première fois en juillet par l’Union africaine, puis réaffirmée fin septembre lors d’une réunion ministérielle africaine tenue en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Manque de soutien

Dans un entretien à l’AFP, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, avait alors souligné que « l’Afrique avait une expertise », confirmée dans la crise du Soudan. « La Libye est sur le continent africain, la Libye est africaine, on ne peut pas régler le problème libyen en laissant à la marge l’UA. » « Il faut désigner un envoyé spécial conjoint, pas un envoyé spécial de l’UA aux côtés d’un envoyé spécial de l’ONU, mais un envoyé spécial unique pour les deux organisations, de préférence un Africain, pour s’occuper du dossier libyen », avait ajouté Mahamadou Issoufou dont le pays va devenir en janvier et pour deux ans membre non permanent du Conseil de sécurité.

Depuis son entrée en fonctions en juin 2017, Ghassan Salamé a déjà souffert à maintes reprises d’un manque d’appui clair et massif de la communauté internationale pour effectuer sa mission. Le déclenchement en avril d’une offensive du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, pour prendre Tripoli, siège du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, avait ainsi été suivi de prises de position disparates en faveur des deux rivaux libyens. Le président américain Donald Trump, dont le pays soutenait officiellement jusqu’alors le GNA, avait exprimé lors d’un appel téléphonique son soutien au maréchal Haftar. La bataille pour Tripoli a fait plus de 1 000 morts et forcé 120 000 personnes à quitter leurs foyers, selon l’ONU.

Au cours de l’été, Ghassan Salamé a proposé un plan en trois points pour mettre un terme au conflit libyen : un cessez-le-feu, une conférence internationale et une conférence interlibyenne. Des préparatifs sont en cours pour la conférence internationale qui se tiendrait en Allemagne avant la fin de l’année, mais aucune date n’a encore été avancée à ce jour.

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