Cameroun : Visite de Ledrian, un dilemme voulu !

La visite du Chef de la Diplomatie française au Cameroun s’est ouverte avec le Sommet Afrique Russie mercredi. Une programmation, qui loin d’être un hasard participe d’un agenda élaboré pour les intérêts et l’hégémonie de la France au Cameroun. (Décryptage)

La visite du Chef de la Diplomatie française au Cameroun s’est ouverte avec le Sommet Afrique Russie mercredi. Une programmation, qui loin d’être un hasard participe d’un agenda élaboré pour les intérêts et l’hégémonie de la France au Cameroun. (Décryptage)

Détendre l’atmosphère ?

La venue du patron de la diplomatie française au Cameroun fait l’objet de beaucoup d’analyses dans la sphère médiatique au Cameroun. D’aucuns s’accordent pour dire qu’après la tenue du Grand Dialogue National qui aurait répondu à certaines attentes de la France, Jean Yves Ledrian se ramène au nom de son pays pour contribuer à l’apaisement au Cameroun. Ledrian arrive « pour essayer de détendre l’atmosphère en se proposant comme un médiateur non officiel qui vient discuter avec un ensemble de parties pour recueillir leurs opinions afin de les remonter au niveau de l’Elysée. La France va éventuellement intervenir pour faire bouger les lignes. » Estime l’analyste politique David Eboutou.

L’internationaliste Eric Yombi partage pratiquement le même avis. Au micro de Cameroonvoice il indique que  « les motifs de la visite de Yves Ledrian au Cameroun sont politiques parce qu’il est venu rencontrer le Chef de l’Etat pour l’aider à mieux réfléchir en ce qui concerne la fin de la crise socio politique au Cameroun. Il est également venu pour des raisons de sécurité ; c’est-à-dire comment faire pour que Boko Haram soit réduit à sa plus simple expression. »

L’intérêt d’abord

S’il est une raison principale de la venue du ministre français au Cameroun c’est bien pour préserver l’intérêt de la France au Cameroun.  « Il serait naïf de croire que la France vient au Cameroun pour préserver les intérêts des Camerounais. La France est au Cameroun pour préserver les intérêts de la France. Il existe des moyens cosmétiques ; une sorte de maquillage pour nous montrer à suffisance que la France œuvre pour le bien des Camerounais. Mais la réalité est toute autre. » Explique Eric Yombi à Cameroonvoice.

David Eboutou va plus loin en précisant  que « la démarche de la France est une démarche d’abord intéressée. Intéressée du point de vue de ses intérêts qui sont assez énormes au Cameroun. De fait le Cameroun reste une entité qui appartient à la France, qui est réservée à la France , s’il faut parler comme dans les termes de la France Afrique du point de vue de François Xavier verchavre qui pensait que la France-Afrique était une espèce de mafia entre hommes politiques français et africains qui se réunissent pour faire des compromis qui sont en réalité des compromissions allant dans le sens de se partager des parts de marché et des parts politiques. La France qui promet une légitimation de quelques acteurs politiques d’un côté et en retour on remet à la France un certain nombre de parts de marchés prioritaires, exclusifs qui font qu’effectivement ce sont ces types d’accords léonins et secrets qui régissent les rapports entre la France et le Cameroun depuis au moins 60 ans aujourd’hui. Et donc la France n’est pas prête de rompre avec cette habitude » commente-il au micro de Cameroonvoice.

Faire ombrage aux assises de Sotchi

En filigrane du début du séjour de Jean Yves Ledrian au Cameroun mercredi, le Sommet Russie Afrique s’ouvrait à Sotchi à l’initiative de Vladimir Poutine. Alors que Paul Biya devait y prendre part aux côtés des chefs d’Etats Africains conviés à l’occasion, il s’est fait représenter par le Premier Ministre Chef du Gouvernement. Les observateurs sont unanimes sur le fait que ce n’est en rien un hasard de Calendrier. « Depuis le début de la crise au Cameroun, la France a un peu joué au Ponce Pilatisme ; on ne l’a pas toujours sentie de fond en comble comme on se serait attendu. Maintenant qu’il y a une espèce de sursaut après le GDN, la venue de Jean Yves Ledrian au Cameroun, des réunions au sommet on comprend tout de suite que le timing n’a pas été choisi au hasard. En réalité la France ne veut pas perdre la main sur une zone d’influence importante qui lui a permis jusqu’ici de tirer des dividendes importantes du point de vue économique et géopolitique. » Explique David Eboutou.

Eric Yombi partage cet avis  en corroborant notamment que ce dilemme est la résultante d’une lutte d’influence entre les grandes puissances « il y a une compétition importante qui existe entre la France et les autres puissances. De ce point de vue, la France tient à marquer ses positions face à une chine qui est de plus en plus envahissante face à une Russie qui tient à tirer son épingle du jeu, face aux Etats-Unis qui sont de plus en plus présents sur le continent notamment sur les questions de sécurité. » Le bal de ces assisses intéressées se poursuit donc dans les salons feutrés mais  n’occulte pas les nombreuses pertes en vie qui se font toujours un peu plus importantes au Cameroun notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. 

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