Cameroun − Municipales et Législatives : Ce qui risque de se produire (Décryptage)

Paul Biya a brisé le silence sur la tenue des élections législatives et municipales au Cameroun avec la convocation du corps électoral le dimanche 9 février 2020. Le processus de renouvellement de la classe politique Camerounaise est donc préfiguré à nouveau sur les rails après l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. Cette nouvelle échéance est annoncée en filigrane de l’attente de l’implémentation des résolutions du Grand Dialogue National par Paul Biya de la prolifération des exactions dans les régions allophones et les marches de contestation organisées par des parties politiques de l’opposition. Le politologue Aristide Mono analyse pour Cameroonvoice l’impact de cette échéance sur le climat sociopolitique du Cameroun.

Cameroonvoice : Comment comprendre cette décision présidentielle de  convoquer les élections municipales et législatives ? 

Aristide Mono : La première hypothèse est celle du respect du droit électoral à l’aune de la dernière prorogation. Il ne restait que deux jours au président pour être en phase avec les délais. La deuxième hypothèse est celle de l’évitement d’une troisième prorogation qui pouvait faire douter de la capacité de l’Etat à organiser les législatives et les municipales surtout lorsqu’on sait que le président a toujours essayé de banaliser les crises actuelles dans les motivations de ses divers reports, préférant trouver d’autres prétextes. Il s’agit en fait de promouvoir l’image de l’Etat non déficitaire malgré l’ampleur des conséquences des situations sécuritaires qui l’affectent. Cette hypothèse est d’ailleurs confortée par le refus d’une autre prorogation malgré les marges de manœuvre que lui accordaient encore l’article 170 al 2 du code électoral pour ce qui est des municipales et l’article 15 alinéa 4 de la constitution qui ne contient aucune limite temporelle en cas de prorogation.

Cameroonvoice : N’est-ce pas une façon pour le régime de Yaoundé de noyer le poisson lorsqu’on sait que les résolutions du GDN attendent toujours d’être mises en œuvre par le président de la République ?  

Aristide Mono : Comme je venais de le relever, on peut lire dans la décision du Chef de l’Etat une forme de banalisation des crises actuelles pour masquer les impacts négatifs de ces dernières sur le fonctionnement des institutions. On se serait attendu à une considération minimale des résolutions du Grand Dialogue National dont le nœud principal était la résolution de la crise anglophone à qui on peut imputer la désaffection électorale observée dans les régions dites anglophones lors de la dernière élection présidentielle, soit 15% dans le Sud-Ouest et 5% dans le Nord-ouest, malheureusement le président en a décidé autrement. Seulement, la crise n’ayant pas été domestiquée jusqu’ici, il y a de fortes chances que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

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Cameroonvoice : Quels sont les préalables pour la réussite de  ces élections ?  

Aristide Mono : Disons déjà que la réussite de ces élections dans les régions de l’ancien Southern Cameroon est hypothétique. Sur ce point il est difficile de présumer que le scrutin bénéficiera de toute la sérénité nécessaire dans cette partie du pays. Il y a l’obstacle sécuritaire. Pour le reste, je pense qu’on peut toujours questionner l’hypothèse d’une réussite puisque tous les préalables posés pour la bonne tenue de ces échéances n’ont pas été considérés par les pouvoirs publics et ne peuvent plus l’être à cause de la convocation du corps électoral. Même si ces exigences sont exaucées aujourd’hui elles auront aucune incidence sur le processus démarré du fait de la non rétroactivité de la loi. Ceci étant dit, il n’y a donc plus de préalables à poser sauf à demander aux acteurs de faire preuve de patriotisme et surtout d’honnêteté afin d’éviter les querelles électorales et post-électorales souvent entachées de violence.

Cameroonvoice: A votre avis comment l’opposition va-t’elle  répondre à cette convocation ?

Aristide Mono : L’opposition n’aura pas d’autres alternatives que de prendre part au scrutin malgré la non satisfaction des préalables posés comme l’amendement du code électoral et du découpage électoral. Il faut impérativement, pour ceux des partis qui nourrissent des ambitions pour la prochaine élection présidentielle, avoir au moins un élu pour sécuriser leur éligibilité. Il y a également le renforcement des défis politiques locaux désormais renforcés par l’exigence d’une autonomisation effective des collectivités territoriales décentralisés, les partis d’opposition ont intérêt à capter ces poches de pouvoir politique périphériques pour mieux assoir leurs emprises territoriales. Vu sous cet angle, les menaces de boycott portées par certains partis politique n’ont qu’une fonction transactionnelle, c’est-à-dire essayé de forcer la main via des manœuvres de chantage ou de surenchère politiques pour espérer réduire les irrégularités qui pourraient entacher ces législatives et municipales.

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Cameroonvoice : Quel peut en être l’impact sur le climat socio politique qui prévaut au Cameroun (notamment dans les régions en crise) ?  

Aristide Mono : Je pense qu’il faut redouter une flambée des violences en zones anglophone. D’abord des sécessionnistes armés risquent de faire de leur mieux pour saboter par la violence qui est la sienne la bonne tenue des élections dans ces régions. Ensuite, la peur produite par la crise pourra réduire la participation et nous savons que les forts taux d’abstention génèrent généralement des crises de légitimité des élus, la majorité ne se reconnaissant pas les choix. Il est aussi clair qu’ici on peut déboucher sur autre source de violence liée à la radicalisation de ceux qui ne se reconnaitront dans les nouveaux élus. Certains pourront même qualifier les organisateurs de ces élections de cyniques parce qu’ayant forcé leur tenue.

Cameroonvoice : Était-il vraiment indiqué de programmer cette  échéance ?  Pourquoi ?

A mon humble avis, je me dis que le chef de l’Etat pouvait faire mieux. Pourquoi ne pas épuiser d’abord toutes les possibilités de prorogation sus relevées afin de donner une chance supplémentaire à la résolution de la crise anglophone. 

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