Cameroun: Des portes ouvertes enfoncées par la Mission UA-Commonwealth-Francophonie?

Si l’on en croit une déclaration finale mi-figue, mi-raisin, qui n’édifie pas forcément sur l’impact de leur venue  sur la situation sociopolitique du Cameroun, l’on va devoir se contenter finalement de platitudes, pour une visite qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, suscitant même des espoirs, à un moment où le Cameroun se trouve à la croisée des chemins, tiraillé entre des élections fatales pour son unité déjà réduit à son plus strict symbole et un appel au boycott de ces élections lancé par la force politique la plus suivie de ces deux dernières années.

Venue au Cameroun pour « un accompagnement du pays vers une sortie de crise », selon  les déclarations de ceux qui la conduisaient, la mission conjointe constituée du président de la Commission de l’Union africaine (UA), de la Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et de la Secrétaire générale du Commonwealth, donnait l’espoir de pouvoir ramener à de bons sentiments, le président camerounais et son clan qui constituent indiscutablement le principal obstacle à la stabilisation de la situation sociopolitico-sécuritaire du pays, les parties en face ne faisant que réagir et étant par ailleurs constamment demandeuses de négociations en bonne et due forme  garanties par la présence d’un/des médiateur(s) neutres.

Il n’en est rien, il n’en sera rien,  car après leur rencontre avec le président Biya et son adversaire Maurice kamto, ainsi que d’autres entités, la mission conjointe dont la déclaration dénote l’échec, et exhale non seulement l’insatisfaction, mais surtout le désaccord avec le président Biya qui tient entre ses mains les clés du dénouement du malaise camerounais,  les plénipotentiaires de l’Union Africaine, du Commonwealth et de l’Organisation Internationale de la Francophonie n’ont pas eu d’autre choix que des produire  des constats que nul n’avait besoin d’autant de cerveaux et de paires d’yeux avisés que les leurs pour faire.

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Rien de nouveau sous le soleil

Les observateurs, tant nationaux qu’internationaux ont ainsi eu droit à une déclaration dans laquelle les trois chefs d’organisations internationales se sont prêtés, à leur corps défendant,  au jeu de l’amplification du sentiment d’autosatisfaction dont s’est fendu début octobre dernier, le pouvoir en place au Cameroun au sujet d’un soi-disant Grand dialogue national, dont l’organisation aurait donné lieu à une “nouvelle dynamique” se déclinant en termes d’accélération de la décentralisation, d’attribution d’un statut spécial pour les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, de révision des systèmes éducatifs et juridiques, et autres mesures présidentielles pour calmer les tensions politiques.

Jusqu’ici, seul le régime avait essayé de faire accroire que le Grand Dialogue National avait débouché sur quelque chose de nature à rasséréner la situation politique au Cameroun. Or même la libération des prisonniers politiques de la crise postélectorale présentée comme un des résultats de ce conclave n’avait représenté une sortie d’impasse que pour le régime qui ne parvenait plus à se convaincre,  aussi bien du point de vue de la logique que de la légalité, de la justesse des centaines d’arrestations des militants et leaders du MRC.   

Tout ça pour

Et si la mission tripartite s’est bornée  à reprendre la version du régime, c’est qu’elle a constaté qu’elle ne pouvait rien dire, qu’elle n’avait pas la possibilité d’infléchir le président camerounais dont beaucoup s’accordent à dire qu’il ne détient plus a réalité du pouvoir, et ne peut plus prendre les décisions qu’il faut, sans que ceux qui le tiennent en otage aient donné leur consentement.

On comprend alors que lors d’une déclaration à la presse, Louise Mushikiwabo, ait déclaré que les membres de la mission conjointe  “n’ont pas de solutions miracles”  à apporter, ou que “la solution à cette crise viendra des camerounais eux-mêmes”.

Pour le reste, aucun nobservateur ne pense qu’il eut été nécessaire de faire le déplacement de Yaoundé pour dire combien l’on est « Convaincus que le dialogue demeure la voie à privilégier dans le contexte camerounais actuel », et encourager  « l’ensemble des parties prenantes à continuer dans cette voie de la sagesse et de la responsabilité, notamment celle du Gouvernement dans la mise en œuvre des conclusions du Grand dialogue national », alors que l’évidence qui crève le plus les yeux est celle de la crispation.

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Une crispation due justement au fait que le dialogue est rendu impossible par le comportement du  pouvoir qui, en convoquant par exemple le corps électoral alors qu’une bonne partie du pays est en guerre est que la loi électorale au Cameroun représente la plus grosse pomme de discorde dans le processus devant mener à une ou des élections acceptables.

A quoi a finalement servi la mission Faki-Scotland-Mushikiwabo ?

Et quand pour finir on se rend compte que le voyage qui a dû certainement en coûter au contribuable camerounais, vu la culture de la corruption répandue au pays de Paul Biya, n’a servi qu’à réaffirmé l’engagement du  Président de la Commission et des deux Secrétaires générales  « à accompagner les acteurs nationaux dans la recherche des voies et moyens à même de renforcer le consensus politique nécessaire à l’accomplissement de cette tâche et la création des conditions favorables à la tenue des élections législatives et municipales, surtout dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dans la paix, la cohésion, l’unité nationale et le respect des valeurs démocratiques partagées », on se demande si le régime de Yaoundé n’a pas invité à déjeuner des personnalités internationales qu’il voulait se mettre dans la poche, par l’entremise d’un allié de longue date au niveau africain qu’est le président Moussa Faki Mahamat.

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