Obama mène une campagne contre la nomination de Sanders comme candidat démocrate à la présidentielle (WSWS)

Par Patrick Martin

Les premiers votes pour l’investiture du Parti démocrate à la présidence auront lieu dans deux mois, lors des caucus de l’Iowa et des primaires du New Hampshire. Sous la direction de l’ancien président Barack Obama, le Parti démocrate prend des mesures pour s’assurer que les questions d’inégalité sociale et de répartition des richesses soient exclues des élections.


Selon un article paru dans Politico la semaine dernière («Waiting for Obama»), «l’establishment démocrate compte [sur Obama pour] arrêter Trump et, peut-être, repousser Bernie aussi.»

Tout en notant que la position publique d’Obama est qu’il soutiendra n’importe quel candidat désigné, l’article déclare: «Il y a une exception potentielle: à l’époque où Sanders semblait plus menaçant qu’aujourd’hui, Obama a déclaré en privé que si Bernie s’alignait pour remporter la nomination, il s’y opposerait.»

Cet article reflète fidèlement ce qu’Obama a déclaré lors de déclarations qu’il a faites au cours des deux dernières semaines à des partisans et à des collecteurs de fonds à Washington DC et en Californie. Il a affirmé que le peuple américain était opposé à tout changement radical. «C’est toujours un pays qui est nettement moins révolutionnaire que simplement intéressé par des améliorations», a dit Obama. «Les Américains aiment voir les choses s’améliorer. Mais l’Américain moyen ne pense pas qu’on doive complètement démolir le système pour le refaire… Les Américains ne veulent juste pas voir de trucs insensés.»

«Nous devons aussi garder les deux pieds bien sur terre et comprendre que les électeurs, notamment démocrates, et certainement les indépendants que l’on peut persuader, et même les républicains modérés, ne sont aucunement guidés par certaines opinions, disons de gauche, qui transparaissent dans certains fils sur Twitter. Ou encore provenant de l’aile activiste de notre parti.»

Bien qu’il ne les ait pas nommés, la signification de ces propos était claire, comme l’a souligné le New York Times: «Ses commentaires sont une critique implicite des sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren…»

Les préoccupations de l’establishment du Parti démocrate ne sont pas à propos de Sanders et Warren, qui sont tous deux des agents politiques testés. Tout ce que l’establishment du Parti démocrate veut, c’est des élections qui ne reflètent aucunement, même de la façon la plus limitée, les préoccupations de classe de la grande majorité de la population.

Après la déclaration d’Obama selon laquelle l’élection de 2016 n’est rien d’autre qu’une «dispute interne» entre deux camps de la même équipe, les démocrates ont toujours cherché à détourner l’hostilité populaire contre Trump derrière leur campagne militariste et antirusse, qui est au cœur même de leur campagne de destitution. Cette tactique s’est accompagnée de leurs efforts pour promouvoir des divisions fondées sur la «race» et le genre.

Obama a été le porte-parole le plus en vue de la campagne de droite menée contre Warren et Sanders qui ont évoqué l’idée de taxer les richesses accumulées. La campagne a duré tout le mois de novembre, avec parution de commentaires et d’éditoriaux dans le Times et le Washington Post (propriété du milliardaire d’Amazon Jeff Bezos), un éditorial de l’ancien secrétaire au Trésor Lawrence Summers, et des déclarations publiques des milliardaires Warren Buffett, Bill Gates, Mark Cuban et Leon Cooperman.

Le milliardaire Michael Bloomberg est allé encore plus loin en s’annonçant officiellement comme candidat tardif à l’investiture présidentielle démocrate et en finançant un blitz publicitaire de 30 millions de dollars qui a débuté la semaine dernière.

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, s’est également jointe à l’attaque en s’érigeant contre la proposition de soins de santé identifiée avec Sanders et Warren. «Je ne suis pas une grande partisane de l’assurance-maladie pour tous», a-t-elle déclaré sur Bloomberg TV, le réseau câblé contrôlé par le milliardaire maintenant candidat. Pelosi affirme qu’il y a un niveau de confort auquel certaines personnes tiennent avec leur assurance privée actuelle.

Warren et Sanders ont tous deux réagi en se déplaçant vers la droite. Warren a fait marche arrière sur sa proposition de «l’assurance-maladie pour tous» en publiant un «Plan B» qui fait marche arrière sur la composante principale de sa campagne.

Pour sa part, Sanders a été interrogé lors du débat présidentiel démocrate du mois dernier sur la répudiation de la révolution par Obama. «Le président Obama a-t-il tort?» a demandé le modérateur à Sanders. Le sénateur du Vermont a mis de côté sa rhétorique sur la «révolution politique» et a répondu docilement: «Non, il a raison. Nous n’avons pas besoin de détruire le système, mais nous devons toutefois faire ce que le peuple américain veut.»

Sanders et Warren acceptent tous deux la présentation frauduleuse de l’administration Obama comme un gouvernement «progressiste» qui a jeté les bases de nouvelles réformes sociales. Ils ne critiquent pas le renflouement de Wall Street par Obama, ses attaques contre les travailleurs de l’automobile ou sa réduction de l’aide fédérale à l’éducation publique et aux autres programmes sociaux. Ils n’abordent pas non plus le fait politique indéniable que c’est l’alignement de l’administration Obama sur les entreprises américaines qui a poussé d’importants groupes de travailleurs à tourner le dos au Parti démocrate, à voter pour Trump ou à s’abstenir lors des élections en 2016.

Plus important encore, Sanders et Warren soutiennent le consensus en matière de politique étrangère au sein du Parti démocrate qui sous-tend la campagne de destitution contre Trump, non pas à cause de ses crimes bien réels contre les travailleurs immigrés et les droits démocratiques du peuple américain, mais pour ses transgressions contre les exigences de l’appareil du renseignement militaire en ce qui a trait à l’Ukraine, à la Russie et au Moyen-Orient.

Warren embrasse publiquement les efforts de l’administration Trump pour étrangler financièrement le Venezuela à coup de sanctions, en plus de soutenir tacitement le renversement du président bolivien Evo Morales par une campagne de droite soutenue par les États-Unis dans laquelle les militaires boliviens ont joué le rôle central. Sanders a certes qualifié le renversement de Morales de «coup d’État», mais il n’offre aucune alternative à l’affirmation agressive des intérêts impérialistes américains dans le monde – affirmation soutenue à la fois par les démocrates et les républicains.

Et comme la plupart des démocrates, Sanders critique d’un point de vue de droite les politiques de guerre commerciale de Trump à l’égard de la Chine, exigeant des mesures protectionnistes encore plus agressives qui ne peuvent qu’alimenter les tensions mondiales croissantes et entraîner le danger d’une Troisième Guerre mondiale.

La classe ouvrière ne peut défendre ses droits sociaux à des emplois bien rémunérés, des écoles décentes, des soins médicaux et d’autres services sociaux, ou encore combattre le danger croissant de guerre impérialiste si elle reste à la remorque du Parti démocrate. Elle doit se mobiliser indépendamment dans des luttes industrielles politiques et de masse, avec de vastes mouvements de grève et des manifestations de masse, tout en construisant un mouvement politique indépendant basé sur un programme socialiste et dirigé contre le système capitaliste.

Par Patrick Martin, WSWS

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