Guerre d’Ambazonie, Législatives/municipales 2020 : Fortes pressions du Conseil de Sécurité de l’ONU sur Biya

Un peu plus de 6 mois après la tenue d’une réunion d’une réunion extraordinaire du Conseil de Sécurité sur la question des  graves violations des droits au Cameroun à la demande des Etats-Unis, revoici la supra organisation mondiale à la charge contre le régime Biya.

Le ton très diplomatique du rapport du Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies ne le laisse pas voir de prime abord, mais une lecture entre les lignes de l’extrait du Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afrique Centrale et les activités du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique Centrale permet de se rendre compte que nonobstant l’amitié présumée qu’une certaine opinion prête à messieurs Antonio Guterres et Paul Biya, le premier a été contraint, fin novembre dernier, de se rendre à l’évidence que l’homme fort de Yaoundé est le responsable du délitement sans fin de son pays.

Un pays qui a sombré dans les troubles depuis bientôt quatre ans, avec une guerre de sécession   dans sa partie occidentale qui a fait des dizaines de milliers de morts, des dizaines de milliers d’exilés, des centaines de milliers de déplacés internes, des centaines de villages et des milliers d’habitations incendiés tantôt par les combattants armés sécessionnistes, tantôt par les forces de défense et de sécurité camerounaises, selon que l’on prenne en considération les accusations des uns ou des autres. Ce à quoi il faut ajouter une lancinante crise postélectorale qui fait se crisper le pays depuis la fin de l’élection présidentielle de 2018 marquée par la victoire officielle du président Biya, que lui contestait son principal adversaire, Pr. Maurice Kamto, sur la base, disait celui-ci, des procès-verbaux officiels des élections en sa possession.  

Le Conseil de Sécurité de l’ONU veut-il obliger Biya à discuter avec Maurice Kamto

En effet, si dans son rapport le SG de l’ONU salue « La décision du Président du Cameroun de lancer un dialogue national à Yaoundé », estimant qu’elle « a constitué un pas important en direction du règlement des diverses crises que traverse le pays », Antonio Guterres n’en estime pas moins que « Le dialogue doit se poursuivre avec toutes les parties intéressées, y compris les groupes armés, les populations locales, la diaspora et les chefs de l’opposition, afin d’apaiser les griefs sous-jacents de ceux qui se sentent marginalisés et de répondre aux aspirations de la population ».

Même si Antonio Guterres « exhorte toutes les parties à renoncer à la violence et à participer au processus politique en vue d’instaurer une paix et une réconciliation durables », il s’agit là d’un véritable désaveu du régime, par la voix même de la plus haute autorité du concert des nations, qui s’est toujours montrée complaisante vis-à-vis de Yaoundé, au point d’être taxée de complaisance à son endroit. De même qu’il s’est agi pour l’institution au nom de laquelle monsieur Guterres parle de faire comprendre aux autorités camerounaises qu’elle n’est pas dupe. En d’autre termes, qu’elle est avisée de ce que le Grand Dialogue national (GDN) tenu du 30 septembre au 4 octobre derniers à Yaoundé n’a pas pu résoudre le problème camerounais, puisque n’ayant pas pris en compte les véritables entités concernées (groupes armés,  populations locales,  diaspora, chefs de l’opposition), quoique le nombre impressionnant des personnes mobilisées à cet effet par le pouvoir et l’identité dont se sont prévalu certaines d’entre elles aient donné le sentiment d’un conclave sérieux.

#ctaText??#  Cameroun/Sommet de la CEEAC : La santé de Paul Biya au centre de vives préoccupations

C’est donc en toute diplomatie qu’il suggère à Yaoundé de considérer qu’« Il est essentiel de s’appuyer sur l’élan positif généré par le dialogue national pour garantir que tous les Camerounais puissent participer à l’application des recommandations connexes, y compris les femmes, les jeunes et ceux qui vivent à l’étranger. Il sera également indispensable de garantir la tenue d’élections législatives et municipales transparentes et ouvertes à tous en février 2020. ». Des élections qui sont d’ores et déjà boycottées par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun de Maurice Kamto, pour qui tenir des élections locales et parlementaires au Cameroun en sachant pertinemment qu’elles ne pourront pas être effectives dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest plongées dans la guerre de sécession, c’est cautionner de facto, mais d’une certaine manière, de jure, la partition du pays contre laquelle les officiels camerounais, organisateurs d’élections, disent vouloir lutter aux côtés des Camerounais patriotes et soucieux de l’unité nationale et de l’indivisibilité de leur pays.

Les exhortations de “l’ami” Guterres

Rendu public près de deux mois après la tenue du GDN, le rapport du SG de l’ONU met en évidence le constat largement partagé qu’en matière de mise en application des résolutions du conclave, le compteur de Yaoundé était au point zéro, le régime étant champion toutes catégories en matière de procrastination quand il devient urgent de poser des actes salutaires pour la vie de la nation. Aussi a-t-il encouragé encore une fois les autorités camerounaises « à continuer d’adopter des mesures de confiance et de réconciliation face à la crise qui touche les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. ». Non sans les engager « à redoubler d’efforts dans leur lutte contre l’impunité et je demande à tous les acteurs de respecter les principes du droit international des droits de l’homme. ».

Sur la question primordiale des droits de l’homme dans ce pays où un Commissaire de police peut se permettre de débarquer dans un domicile privé en pleine nuit et procéder à des arrestations en n’étant muni que d’un mandat… de perquisition, et l’Etat emprisonner neuf mois durant les personnes arrêtées, non sans leur infliger les traitements les plus cruels, inhumains et dégradants, le SG de l’ONU «  encourage le Gouvernement camerounais à honorer les engagements qu’il a pris dans le cadre de l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme et à prendre rapidement des mesures pour donner suite aux recommandations faites par la mission d’évaluation technique du Haut- Commissariat aux droits de l’homme en septembre, notamment au sujet des allégations de violations des droits de l’homme dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ».

Selon des observateurs avisés et des experts en matière de relations internationales, il faut lire au-delà du simple compte-rendu que dénote le rapport du Secrétaire général de l’ONU, une sonnette d’alarme qui précède une tempête qui n’aura que faire des rodomontades et des fanfaronnades de Yaoundé. « On l’a vu dans des pays dont les autorités, à force d’être cajolées par la diplomatie internationale qui ne voulait pas affaiblir l’Etat qu’elles incarnent,  croyaient avoir réussi à se jouer de tout le monde, au point de faire croire aux populations qu’elles écrasaient que ces dernières n’avaient ni recours, ni choix. Puis un jour, la communauté internationale en a eu marre de prêcher dans le désert et a pris des mesures énergiques », remarque Désiré Sone, diplomé en droit international, et blogueur.    

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