Session extraordinaire du parlement camerounais : Ce que Biya propose aux anglophones

On ne peut pas dire qu’au sortir de la session extraordinaire du parlement camerounais (Assemblée nationale et Sénat) qui a démarré vendredi, le gouvernement aura répondu aux desiderata des anglophones. Mais force est de constater, si l’on en croit le projet de loi sur la décentralisation –particulièrement porté sur le statut spécial  des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest  qui cristallise les débats depuis la fin du Grand Dialogue national début octobre- qui s’est retrouvé sur les réseaux sociaux, probablement suite à une fuite organisée pour jauger l’opinion, on ne peut pas dire que les lignes n’ont pas du tout bougé, dans le sens de ramener à de meilleurs sentiments les anglophones modérés, qui eux aussi avaient fini par perdre foi dans le régime de Yaoundé.

Les points saillants du projet de loi  en question permettent d’entrevoir des propositions fortes relatives au Statut spécial des régions anglophones, à l’instar de «l’amendement du statut dérogatoire applicable aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en application des dispositions de l’article 62 alinéa 2 de la Constitution et conformément aux recommandations du Grand Dialogue National».

Ceci sera matérialisé par la mise en place «d’un régime juridique particulier qui, outre celles reconnues aux autres régions, confère aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest des compétences de leur spécificité. Celles-ci portent sur la participation à l’élaboration des politiques publiques nationales relatives au sous-système du Common Law, la création et la gestion des missions régionales de développement, le statut de la chefferie traditionnelle».

C’est dans cette optique que le projet de loi propose au législateur la création de deux organes régionaux à savoir l’Assemblée Régionale et le Conseil Exécutif Régional.

L’ Assemblée régionale: organe délibérant, composé de 90 conseillers régionaux repartis en deux chambres: House Divisional of Representatives et House of Chiefs.

Les deux chambres se réunissent aux mêmes dates, séparément ou ensemble, selon les matières portées à l’ordre du jour.

La chambre des délégués des départements est composée d’un président (président de l’exécutif régional) et de 70 délégués régionaux.

La chambre des chefs traditionnels, elle, est présidée par le vice-président de l’exécutif régional est composée de 20 membres élus. Cette chambre émet un avis conforme sur les questions liées à la chefferie traditionnelle, les sites, monuments et vestiges historiques, les manifestations culturelles et traditionnelles, la traduction orale et la carte linguistique régionale.

L’Exécutif régional quant à lui est composé d’un président, d’un vice-président, de deux secrétaires, d’un questeur et de trois commissaires chargés respectivement des secteurs économique, sanitaire et social et enfin éducatif, sportif et culturel. Ses membres sont des autochtones de la région concernée et sont élus au sein de l’Assemblée Régionale.

Gare aux demi-mesures qui ravivent les dissensions

Elément inattendu, la création de la fonction de Public Independent Conciliator, qui sera une autorité indépendante chargée de recevoir les réclamations des administrés concernant leurs relations avec les organes sus évoqués. Le Public Independent Conciliator «est désigné par le Président de la République sur proposition de l’Assemblée Régionale et du Représentant de l’Etat dans la région concernée».

Cameroonvoice reviendra instamment sur les développements de cette actualité de très haute portée, même si des réactions que nous avons enregistrées depuis vendredi matin laissent croire que des anglophones que l’on ne peut pas forcément qualifier d’extrémistes, considèrent que le statut spécial tel qu’il est conçu et formalisé dans le projet de loi susmentionné « n’est pas une réponse à nos préoccupations, mais une décision souveraine, discrétionnaire, unilatérale et méprisante comme d’habitude de “la République”, qui a choisi pour les anglophones et a l’intention de leur imposer ce qu’elle pense bon pour eux », affirme Dr. Edgard Nkome, enseignant, fils d’un ancien ministre du président Biya, résolument fédéraliste et absolument anti-sécessionniste.

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