Cameroun : La révolte des enseignants

Mardi dernier au Lycée de Nkolbisson dans le Centre, un enseignant de mathématiques a été pris à partie et mortellement poignardé par l’un de ses élèves au sein de l’établissement. Autre lieu même scénario, au lycée d’Obala ce mercredi un élève a tranché les doigts à son Camarade à l’aide d’une machette. La violence se fait de plus en plus perceptible dans ces milieux d’instruction.  En filigrane de la vague d’indignation largement observée sur les réseaux sociaux ces jours, les personnels du corps enseignant analysent les tenants et les aboutissants de ce fâcheux tournant, non sans dire leur volonté d’entamer une revote au micro de  Cameroonvoice  

Sensation d’insécurité

La tragédie  de Nkolbisson a laissé beaucoup d’enseignants sans voix et sous le choc. « C’est avec émoi et consternation que nous avons appris cette triste nouvelle, un drame de plus mais alors de trop à l’endroit du corps enseignant. » confie M. Atou, professeur de Lycée à l’Ouest du pays à Cameroonvoice. M. Dongmo (professeur également) quant à lui est personnellement affecté par ce drame. L’enseignant tué à Nkolbisson avait son âge, 26 ans, apeuré, il se dit que c’aurait pu être lui « Cette nouvelle m’a donné une sensation d’insécurité face à une jeunesse de plus en plus ouverte à tous les grands maux de ce monde. Elle laisse à réfléchir sur la limite que doit désormais se fixer l’enseignant. Devrons-nous devenir de simples dispensateurs de cours et ne pas nous soucier des valeurs fondamentales de toute société humaine ? Ce genre d’actes est intolérable et condamnable à tout point de vu. Je ne pense pas pouvoir m’en remettre avant longtemps.» indique-t-il à Cameroonvoice.

L’abandon manifeste de l’enseignant 

A s’interroger sur les responsabilités dans ce recul social, les enseignants émettent des avis divers. Pour  M.Dongmo Tient « pour responsable principalement les parents de cet élève. Ils n’ont pas su inculquer certaines valeurs à savoir le respect de l’ainé, la non-violence, la tolérance… à leur enfant. C’est à la maison que l’éducation initiale de l’enfant commence. Dès lors qu’elle est ratée, la marge de manœuvre du système éducatif pour corriger le tort est réduite. » Commente-t-elle au micro de Cameroonvoice. Tout comme lui, M. Atou estime que nombre de « parents ont abandonné le suivi de leurs progénitures aux enseignants. Quand bien même vous attirez leur attention en corrigeant l’enfant, ce sont ces parents-là qui viennent vous tabasser devant vos élèves. Pour ceux qui sont encore un peu tolérants, ils viennent vous dire comment leurs enfants sont incapables de commettre certains dégâts, comme quoi c’est l’enseignant qui dérange. » Explique l’enseignant. A en croire M. Dongmo,  « Le deuxième responsable de ce drame est le système éducatif camerounais qui ne donne pas assez de moyens pour prévenir ce genre de cas. Entre effectifs pléthoriques, manque de personnel administratif et d’appui, l’enseignant est abandonné à ses seules forces. Il est urgent de revoir les conditions de travail des enseignants au Cameroun. Enfin, la société camerounaise doit s’interroger face à ce drame, à chaque fois que nous commettons des actes de violence verbale et/ou physique, dans le monde réel ou virtuel, à chaque fois que nous promouvons l’usage de stupéfiants, de l’alcool en milieu jeune, à chaque fois que nous laissons faire, posons-nous la question : ne suis-je pas en train de créer un futur tueur de prof ? » S’interroge le seigneur de la craie. M. Atou va plus loin. Il pointe un doigt accusateur sur le régime en place. « Voyez-vous, des générations précédentes avaient peur de l’enseignant même hors des salles de classe. Pourquoi parce que ce dernier ne se séparait pas de la chicotte, et ça marchait bien. Pourtant de nos jours, nous avons l’impression que c’est l’enfant qui commande: pas de fouet, pas de simple punition qualifiée aujourd’hui de punition humiliante, au nom des droits de l’enfant. Et dans toutes ces libertés, rien n’est accordé au pauvre enseignant qui se meurt dans l’exercice de sa fonction. Tout a basculé avec les textes mis en vigueur par le pouvoir en place. » Lance-t-il.Les enseignants se prononcent également sur les possibilités qu’il y avait à éviter ce drame. Pour M. Dongmo, l’on pouvait passer à côté de ce meurtre « Ce problème était évitable, si les conditions de travail sus-citées avaient été mises en place, de même que le travail initial des parents de l’enfant, cet élève au caractère anti-autoritariste ne devait plus se trouver dans cette salle de classe. ». A l’opposé de M. Dongmo, M. Atou pense qu’on ne pouvait pas éviter cet incident. « Il faut que les parents jouent un rôle déterminant dans l’encadrement de nos enfants. Qu’ils sachent prendre conscience du caractère versatile de leurs progénitures qui peuvent être des agneaux à la maison et des loups à l’école.  Maintenant, que l’état nous excuse un peu avec ces affaires de droits de l’enfant qui pervertissent nos campus. Nos grands-parents et parents ont été dressés dans cette école du fouet et ça a bien marché. »

Des solutions

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Pour éviter la survenue de tels cas dans les établissements scolaires, M. Dongmo croit ferme qu’il faut s’employer à créer un environnement plus sain dans ces centres de formation  « Prévenir ce genre de problèmes passe par la création d’un environnement plus favorable, moins d’effectifs, plus de personnels d’appui, une collaboration plus intense entre les parents et l’administration scolaire… ». Plus téméraire, M. Atou estime qu’une revendication ouverte des enseignants doit avoir lieu pour remettre les pendules à l’heure « que les enseignants eux-mêmes se mettent en branle pour défendre leurs droits car personne ne le fera à leur place. Que les autorités compétentes sachent protéger l’enseignant, il faut dès aujourd’hui ajouter la prime de risque à l’enseignant. Que les cours de morale recommencent dès la SIL et que des conditions de recrutement des élèves dans les écoles soient revues avec toute la rigueur possible. Je crois que le service militaire obligatoire doit refaire surface. » Développe-t-il au micro de Cameroonvoice. Après l’évènement malheureux, les enseignants promettent de s’investir avec plus de retenue et moins de risque pour leur vie. «  Nous continuerons à rester serein comme d’habitude. On ne peut pas forcer tout le monde à réussir. On fera désormais avec ceux qui sont soucieux de réussir et pour les autres…ils sont libres et liberté rime avec responsabilité. ON NE VA PAS ALLER CHERCHER LA OU ON VA LA PERDRE VOYONS ! ». Tout ne sera plus jamais comme avant dans la vie de M. Dongmo « Reprendre les cours après ce drame sera un moment de revisiter mes relations avec mes élèves. Il s’agit d’éviter au maximum les confrontations verbales ou physiques, et de dénoncer en première intention (et comme nous l’avons toujours fait), les cas récalcitrants à l’administration scolaire. » Explique-t-il. Cameroonvoice a également  appris que depuis ce drame, certains enseignants se sont résolus d’observer une grève perlée au sein de leur établissement. Ce d’autant plus que la démarche employée par le Ministre des Enseignements secondaires est largement contesté par les enseignants. Il y a donc à craindre un vent de contestation si des mesures appropriées à la condition de ces derniers ne sont pas prises. 

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