“Si Kamto avait été Rwandais, je lui aurais cédé mon siège sans hésiter”: Paul Kagame invite Kamto et dit ce qu’il pense de Biya

Cameroonvoice.    A priori, il n’y aurait pas de lien entre l’invitation du Pr. Maurice Kamto par le président rwandais pour le mois de septembre prochain et la crise politique créée par la controverse qui a marqué l’élection présidentielle de 2018 au Cameroun. Mais à lire entre les lignes, le rapprochement va de soi ! C’est un autre round de l’interminable match de légitimité que disputent les deux présidents du Cameroun sortis tantôt des urnes ou des documents combinés et combinards de l’organe électoral et du Conseil Constitutionnel, tantôt des urnes ou des réseaux sociaux.

Figures tutélaires ou totémiques de la vie politique camerounaise depuis deux ans, les deux hommes s’affrontent depuis leurs victoires respectives à l’élection présidentielle de 2018 :

  •  l’un, Paul Biya, officiellement réélu pour un 7ème mandat à l’issue d’un scrutin présidentiel à la sincérité largement remise en cause –et ce de bout en bout- aussi bien par ses adversaires que par des observateurs nationaux et internationaux, et qui tient les rênes du pouvoir, malgré ce qu’en pense la majorité de ses concitoyens ;
  • l’autre, Maurice Kamto, qui revendique la victoire à la même élection présidentielle de 2018, et qui a pour cela séjourné plus de huit mois en prison^, avant de se voir interdit de fait de toute réunion politique publique par les mêmes qui lui ont reproché, dans le même intervalle de temps, d’avoir prôné le boycott des élections législatives organisées dans les mêmes conditions que la présidentielle qui lui a valu de devenir l’homme à abattre des sécurocrates du régime.

Certes, le second l’a intelligemment emporté jusqu’ici  sur le premier, en témoignent ses succès diplomatiques et la chaleur qui caractérise ses rapports avec ses compatriotes tant du terroir que de la diaspora, mais le premier ne manque aucune occasion de montrer des muscles et des dents, usant et abusant –au nom des “institutions républicaines”– de l’armée, de la police, de l’administration et de la justice, pour réduire au silence son adversaire et ses partisans, et faire prévaloir l’expérience de la force brutale acquise pendant ses trente-huit années de pouvoir.

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Et voilà que pour ne rien arranger, alors que Maurice Kamto s’apprête à retourner au Cameroun après une tournée internationale qui l’a conduit dans plusieurs pays occidentaux où, à chaque fois, il a eu droit  aux honneurs réservés à des hommes d’État jouissant d’une très grande estime, il est annoncé en conférence au Rwanda en septembre prochain sur invitation du chef de l’État de ce pays, Paul Kagame.

Donner à Kamto ce qui est à Kamto, plaide l’homme fort de Kigali

Lequel Paul Kagame, pour ne pas se faire accuser de choisir le président du Cameroun, a bien voulu  à expliquer son initiative, et par la même occasion, dire ce que représente pour lui l’homme politique le plus aimé par les Camerounais : « J’ai décidé d’inviter Maurice Kamto en septembre au Rwanda car pour moi il est une inspiration et digne d’être écouté… » « Le Cameroun a de la chance d’avoir en son sein un homme comme Maurice Kamto », ajouté l’homme fort de Kigali, avant de conclure, « Je connais l’homme essentiellement sur sa brillance… S’il avait été rwandais je lui aurais cédé mon siège sans hésiter »

Avant de parler de Maurice Kamto dont il est manifestement très admiratif, Paul  Kagame s’est penché sur la situation désastreuse du Cameroun sous le président actuel : « Je regrette juste que après une trentaine d’années le Cameroun a beaucoup régressé et c’est dommage… On peut tenir un pays d’une e main de fer mais donner le minimum à son peuple mais c’est pas le cas, pourquoi pas donner à celui qui peut faire mieux ? », constatera, interrogateur, et avec le franc-parler qu’on lui connait, celui qui mit fin au régime Hutu au Rwanda en 1994, et qui doit en savoir un rayon sur les régimes qui instrumentalisent les ethnies pour confisquer le pouvoir en leur faisant croire faussement qu’ils sont les seuls garants de leurs intérêts, et qu’en leur absence, leurs ethnies seront rayées de la surface de la terre.

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