Cameroun : Les dessous du déblocage de 90 millions par la P.R. pour soigner… le silence du prisonnier politique “évacué sanitaire” Yves Michel Fotso

Cameroonvoice. La découverte au Cameroun d’une correspondance du Secrétaire Général de la Présidence au ministre des Finances dans le but d’obtenir de celui-ci le déblocage d’environ 90 millions FCFA pour couvrir financièrement les soins du prisonnier politique Yves Michel Fotso, officiellement évacué sanitaire au Maroc sont à l’origine ces derniers jours d’une grave controverse au sein de l’opinion nationale où l’on s’interroge sur le bien-fondé d’un tel engagement financier de la part de l’Etat ou de ceux qui l’incarnent.

Une enquête en cours initiée par Cameroonvoice permet cependant de livrer déjà quelques éléments de ce qui constitue les dessous de cette autre affaire camerouno-camerounaise sur fond de scandale financier.

Il faut d’emblée rappeler que condamné en 2012 à 25 ans de prison pour “crime financier” (détournement de l’argent destiné à l’achat d’un avion présidentiel), et 4 ans plus tard à la prison à perpétuité pour d’autres crimes financiers, l’ancien homme d’affaires, ancien banquier et ancien Administrateur Directeur Général de la défunte compagnie aérienne nationale CAMAIR, par ailleurs fils de Fotso Victor, richissime homme d’affaires bamiléké et ami du chef de l’Etat, a bénéficié en aout dernier –en tout cas selon une version officielle- d’une “instruction” du président camerounais pour être extirpé de prison et évacué au Maroc, pour, apprenions-nous, « raisons grave de santé ». « Il était même à l’article de la mort et n’a dû sa survie qu’à la “prompte sollicitude” du président Biya », ajoutèrent ses proches, pour flatter l’égo du chef de l’État.

Cependant, des observateurs prétendument avisés avaient flairé une « évasion  planifiée » en haut lieu du prisonnier de luxe, ou une façon de le garder dans les fers, tout en lui aménageant des conditions de privation de liberté plus confortables, par souci de… “justice”.

Au commencement était un procès controversé

Selon ces témoins du procès “kafkaïen” ayant abouti en 2012 à la condamnation à 25 ans de prison de Yves Michel et celui, tout aussi “inique” de 2016 ayant débouché sur sa condamnation à vie par le Tribunal criminel spécial (pour création, –à l’époque où il était ADG de l’ex-Camair- de  trois “sociétés écran” à travers lesquelles il « louait à la compagnie aérienne des avions pourtant achetés avec des fonds publics du Cameroun »), le fils de  Fotso Victor avait simplement été utilisé malgré lui comme Cheval de Troie, pour envoyer derrière les barreaux son ami et parrain, Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre d’Etat Secrétaire général de la Présidence, qui payait ainsi d’avoir nourri des ambitions de succéder à Paul Biya avec l’aide de parrains Etats-uniens (crime de lèse-majesté au Cameroun s’il en est), et qui fut condamné le même jour qu’YMF pour « complicité intellectuelle de détournement de deniers publics », alors que durant tout le procès, même ses accusateurs et leurs témoins n’avaient pas pu démontrer qu’il eut été mêlé d’une quelconque manière à la transaction à problème relative à l’acquisition foireuse de l’avion présidentiel. Mais ce n’était pas tout. Si c’est Yves Michel Fotso qui avait été choisi comme appât facilitant l’envoi derrière les barreaux de Marafa, c’est parce qu’il était en froid avec son richissime et puissant paternel après que ses frères consanguins eurent poussé celui-ci à revenir sur un don qu’il avait fait à Yves-Michel Fotso et à ses frères du même lit lors des obsèques de leur mère.

L’embastillement de Yves Michel, fils de Fotso Victor, permettait donc de faire d’une pierre deux coups : l’utiliser comme accusé principal d’une affaire d’achat raté d’avion présidentiel et atteindre son parrain Marafa, d’une part, et d’autre part, priver ses frères du même lit et lui de la possibilité d’enquiquiner leur père en lui faisant voir l’injustice qu’il y a avait  à leur attribuer quelque chose en public en hommage à leur défunte mère, et à se dédire en privé en la leur retirant sous la pression de leurs frères d’autres lits.

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Des années passèrent, et la pression de la déchéance commença à faire son effet sur l’ancien Golden boy dont la santé se dégradait dit-on et dont l’attitude par moments, frisait autre chose qu’un esprit sain. Son géniteur, un temps fâché après lui, et son ami le président Paul Biya, en vinrent à éprouver des remords pour le sort fait avec leur bénédiction à ce fiston qui a rendu bien de services…   

une évacuation sanitaire-évasion qui ressemble à une reddition de justice, mais qui ne suffit pas ?

C’est ainsi qu’en août de l’année dernière, on en arrive à une situation où un prisonnier qui est supposé avoir commis des crimes immondes détournements cumulés de près d’une quarantaine de milliards de francs CFA se trouve évacué sanitaire au Maroc, pays aux plateaux techniques hospitaliers dignes des princes de ce monde, alors que d’ordinaire, des personnes en détention provisoire, donc présumés innocents, meurent  faute de soins appropriés, fussent ceux, élémentaires, qu’ils sont en droit de recevoir des infirmeries des prisons locales. D’ailleurs ici, il n’y a pas que les infirmeries des pénitenciers qui sont des mouroirs et notre confrère Boris bertolt fait bien de rappeler, en apprenant la sollicitude du  pouvoir à l’endroit de l’ancien ADG de l’ex-Camair, que « le scanner de Garoua coûte 15 millions FCFA et est en panne depuis six mois », de même que  « le scanner de Ngaoundéré en panne depuis 1 an ».

Cependant, l’appétit venant en mangeant, il semble qu’après avoir joui dans un premier temps des délices de la liberté auxquels il goute depuis son exil médical marocain, Yves demanderait désormais de quoi mener un train de vie digne de l’ancien prince qu’il est.

Faute de quoi il pourrait se lancer dans des déballages, quitte à retourner à son encastrement et en mourir, lui qui a presque tout perdu,  sa banque, sa position privilégiée à la tête des entreprises familiales du groupe Fotso, ses amis, sa dignité, son honneur… Voltaire ne disait-il pas que « Quand on a tout perdu, quand on n’a plus d’espoir, la vie est un opprobre et la mort un devoir » ?

Une perspective qui ne plait pas outre mesure au pouvoir, pas plus friand qu’un autre de révélations scandaleuses. Les mauvaises langues voudraient alors que les dizaines de millions de recommandés par la présidence et d’autres qui auraient suivi depuis lors, auraient participé à fermer la bouche du fils à papa qui pourrait se lancer dans une activité oratoire “désespérée”, quoiqu’étroitement surveillé au Maroc où les “Services” du Royaume chérifien  marqueraient à la culotte des clients de son espèce envoyés en asile hospitalier par un  « Etat frère et ami » dans les affaires duquel il ne fait  pas bon s’ingérer.

C’est cela qui a donné à peu près ceci :

« Sur très haute instruction de monsieur le Président de la République.

J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir mettre à la disposition de l’Attaché de Défense près l’Ambassade du Cameroun à Rabat la somme de FCFA 89.917.374 (quatre-vingt-neuf millions neuf cent dix-sept mille trois cent soixante-quatorze francs CFA) au titre de l’objet susmentionné, répartie ainsi qu’il suit :

–          Apurement de la dotation initiale : 17.879.914 FCFA (cf. ma lettre n° 531/CF/SG/PR du 28 novembre 2019) :

–          Règlement du reliquat des frais d’hospitalisation :31.352.841 FCFA ;

–          Provision pour couvrir les soins médicaux du patient sur une nouvelle période de trois mois : 40.684.619 FCFA »

La correspondance du président de la république par délégation permanente de signature

Ce ne sont bien sur là que des révélations de langues fourchues. De collusion avec ceux qui ont mis sur la place publique la correspondance de Ferdinand Ngoh Ngoh relayant une instruction de Paul Biya en faveur de YMF ?

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