Rapport d’enquête/Massacre de Ngarbuh (Cameroun) : demis aveux et entier clair-obscur

Mis dos au mur par HRW, le régime Biya a fait semblant de faire la lumière à travers de demis aveux qui tendent à le dédouaner et à faire porter le chapeau à des brebis galeuses de l’armée.

Les 5 morts du régime ? Les 22 ou 23 morts annoncés par Human Right  Watch ? Les plus de 35 morts comme l’affirmèrent à leur tour des organisations locales de défense des droits humains après « enquête approfondie », Peu importe le nombre. L’important étant que ce qui s’est passé à Ngarbuh au petit matin du 14 février 2020 est une chose inadmissible.

IN-AD-MIS-SI-BLE hier, inadmissible encore aujourd’hui, inadmissible pour toujours !

Appelé par dérision  « The Massacre of the Valentine’s day » (entendez Massacre de la Saint Valentin – la Saint Valentin étant la célébration de l’amour, c’est-à-dire le plus grand et le plus noble sentiment qu’il soit donné aux êtres vivants d’éprouver) en raison de la date de sa survenue, la tragédie de Ngarbuh n’est et ne saurait être seulement une question de chiffres, mais est et sera surtout une question de symbolique, plus prosaïquement, de signification. Ce que ce drame signifie, c’est que pour  « protéger » des populations en proie au « terrorisme-sécessionniste », une armée soi-disant professionnelle jusqu’au bout des ongles, peut, sans l’aval du haut-commandement, décider d’incorporer dans ses rangs des civils (des indicateurs) au cours d’une opération militaire, tuer dans la foulée des personnes censées bénéficier de leur intervention, et, pour maquiller ce dégât collatéral, brûler vifs les survivants,  escomptant que ce dernier acte, hautement criminel, moralement plus cruel, statistiquement plus lourd, effacera la bavure. C’est la gradation de la monstruosité. Pour une armée professionnelle, on ne peut être ni plus bête, ni plus méchant !

On veut bien croire que les braves militaires, qui semble-t-il n’étaient que trois sur le théâtre des opérations, plus précisément du massacre, selon le communiqué du ministre d’Etat SGPR que Cameroonvoice publie ci-après, aient été seulement animés de l’intention salvatrice de libérer des populations en proie aux tourments infligés par des “sécessiono-terroristes” et que cela ait conduit à des dégâts collatéraux. Là s’arrête l’excuse. Une excuse qui n’entraine pas absolution, compte tenu de l’ampleur des “dégâts” humains et matériels causés par leur action visant à effacer les traces de leur bavure à supposer qu’il y ait une once de vérité dans le rendu fait par le ministre d’Etat Secrétaire Général de la Présidence de la République du résultat des investigations menées par la Commission d’enquête constituée par le Président de la République au lendemain des massacres du village Ngarbuh (Nord-Ouest) dans la nuit du 14 février 2020.

La restitution de la vérité, c’est vraiment tout le problème de ce rapport servi  à la communauté internationale, puisqu’au Cameroun l’opinion nationale ne compte généralement que pour moins que du beurre (la preuve, les Camerounais, malmenés par la misère et le Coronavirus, attendent en vain l’apparition de leur président, et sont obligés de se contenter des arguties méprisantes avancées par ses créatures, du genre “est-ce que là où les chefs d’Etat ont fait des déclarations le Coronavirus a reculé”, tandis que le même chef de l’Etat peut être brandi en pleine causerie avec un diplomate étranger, parlant justement du Coronavirus).

#ctaText??#  Cameroun - Covid-19 : la situation préoccupe le Minsanté.

On imagine difficilement qu’un chef de bataillon d’une armée “professionnelle” puisse envoyer seulement 3 soldats en mission de reconnaissance en terrain ennemi,  sachant que le lieu de la mission est particulièrement dangereux (« Le village de Ngarbuh était devenu un centre de regroupement des terroristes sécessionnistes et un pôle logistique de ravitaillement en armes, munitions et combustibles des groupes sécessionnistes », dit le rapport).

De deux choses, l’une :

  1. le chef de bataillon Nyangono Ze Charles Eric a envoyé trois “nés pour tuer” capables de se sortir d’un tel pétrin  en cas de confrontation avec l’ennemi supposé plus nombreux, ce qui suppose la nécessité de tuer (massivement),  et dans ce cas il faut convenir que les soldats et leurs accompagnateurs étaient allés avec pour objectif de tuer. Cela peut se comprendre pour un militaire dont le métier, très risqué d’ailleurs, est de tuer pour vivre et protéger ceux dont il assure la défense. Dans ce cas, ne pas le dire, c’est manquer au devoir de vérité, c’est  exposer ces militaires aux avanies, en donnant l’impression qu’ils ne sont pas des professionnels, puisque n’obéissant à aucune consigne, n’en faisant à leur tête, comme le cas par exemple de se faire accompagner par des civils non armés et exposant leurs vies, ou par des civils armés mais non formés, qui pourraient justement commettre une hécatombe parce que effrayés et ignorant comment un militaire procède pour distinguer un ennemi réel d’un personnage dont la présence sur un théâtre de combat est fortuite ou accidentelle.
  • Soit il ne s’agissait pas de trois soldats et 17 accompagnateurs (recrutés parmi les prétendus éléments des groupes d’autodéfense appelés “vigilantes”  que de mauvaises langues disent être des groupes armés à la solde d’un ministre anglophone très impliqué dans le business de la guerre sans fin dans les régions anglophones), mais d’une cinquantaine de soldats de l’armée camerounaise  comme avaient témoigné des survivants relayés par des enquêteurs des organisations camerounaises de défense des droits de l’homme.

Dans un cas comme d’ans l’autre, on devrait une fois de plus convenir que le rapport  qui laisse penser que la vérité a été faite sur l’affaire de Ngarbuh, que les ministres de Biya ont été « désavoués… par Biya », ou que le Haut-Commandement de l’armée a une fois de plus montré sa disposition à punir les militaires qui se rendent coupables de violations des droits de l’homme, est un rapport aussi orienté et faux que celui fait par le “Sergent BABA GUIDA”.

Ensuite, il faut noter que le rapport de la Commission d’Enquête, tel qu’il est restitué au public dans  le communiqué du ministre d’Etat SGPR, est un tissu de non-dits qui déteignent sur sa crédibilité :  la responsabilité des militaires n’est par exemple pas de la première évidence, car il n’est pas dit si les 13 personnes (3 femmes et 10 enfants) mortes du fait de leur action ont été tuées par eux, ou ont été tuées parce que s’étant retrouvées au milieu des tirs croisés des camps antagonistes. Mais quel que ce soit le cas, une armée professionnelle n’aurait pas essayé de maquiller les meurtres par l’incendie des maisons alors qu’il aurait suffi qu’ils mettent ces morts,  comme d’habitude, sur le compte des exactions des sécessionnistes terroristes. Bien plus, le rapport ne dit pas combien de morts supplémentaires ont été causés par l’incendie. On aurait même l’impression qu’il n’y eut finalement que les 13 morts en dehors des « cinq » terroristes tués, et que l’on devrait s’en contenter, puisqu’il y a deux mois, le gouvernement était formel : il n’y avait eu que cinq morts, et vérification faite sur le terrain tout autre chiffre ne pouvait provenir que de la manipulation à laquelle se livrait Human Rights Watch dans le but de déstabiliser le Cameroun. Un soi disant politiste devenu un « seigneur de la Science politique » depuis que le régime l’a récompensé pour un exercice de griotisme envers Chantal Biya, s’en était livré à cœur joie, sur les médias de la haine, supports communicationnels  comme lui, du génocide anglophone.

La honte !  

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