Massacre de Ngarbuh par l’armée de Biya : Maurice Kamto et les Camerounais brûlent le rapport de la Commission d’enquête

« Je ne vous trahirai pas ». C’est en ces termes que Maurice Kamto a signé implicitement son contrat social avec les Camerounais depuis la fin de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. Au fil de ses actions et discours, il est difficile de penser que celui que Fame Ndongo appelle « le président élu… du MRC » ait varié ou dévié de ce noble engagement, comme le prouve sa sortie datée du 23 avril 2020, subséquente au communiqué rendu public par le ministre d’Etat Secrétaire Général de la Présidence  du 21 avril 2020 relatif au drame de Ngarbuh d’il y a environ trois mois.

Le compte-rendu fait par le ministre Ferdinand Ngoh Ngoh de l’enquête faite par une prescrite  par Paul Biya ( ?) au sujet du massacre perpétré par l’armée camerounaise le 14 février 2020 dans le quartier Ngarbuh à Ntumbaw, un village de l’arrondissement de Ndu (département du Ndonga-Mantung, région du Nord-ouest), n’a convaincu que ceux qui, avant même la mise sur  pied de la “Commission d’enquête” à cet effet, s’étaient déjà fait une religion de ce que les tourments infligés aux populations de ce village au petit matin de la saint Valentin 2020 par des criminels tapis dans les rangs de l’armée camerounaise et se servant de ce statut pour pousser toujours un peu plus loin le bouchon du génocide anglophone engagé par le régime Biya depuis 2016, ne devait être considérée que comme une simple bavure  sur laquelle on passerait aisément l’éponge avec quelques mots et une poignée de francs CFA.

Pour la plupart, les Camerounais rejettent fermement et en bloc la plupart des termes du rapport résumé dans le communiqué du ministre Ngoh Ngoh, en l’occurrence le nombre de soldats ayant commis ce massacre à grande échelle estimé à cinq (5) dans le rapport,  alors que les survivants ont parlé d’au moins une cinquantaine d’agresseurs en treillis, ce qui semble plus vraisemblable, car cinq soldats de l’armée camerounaise ne pouvaient pas s’attaquer à un camp aussi stratégique de combattants sécessionnistes et réussir à tuer cinq d’entre ceux-ci, sans perdre un seul des membres de leur camp, y compris les civils qui les accompagnaient et qui étaient supposés ne pas (savoir) tenir d’arme à feu. Pareil pour le nombre de morts civils estimés à 13 par la Commission d’enquête alors que l’assaut  donné au quartier Ngarbuh par les militaires avait coûté la vie à plus d’une vingtaine de personnes selon certaines sources dont l’ONG internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch ou plus d’une trentaine selon des ONGs locales qui avaient poursuivi les investigations, malgré les menaces du gouvernement et des médias des mille collines à sa solde et des politologues théoriciens du génocide anglophone dont l’un vient d’être récompensé par un poste dans une université pour avoir excellé dans la mauvaise foi et son soutien persévérant au crime.

Pour une frange importante de l’opinion publique, ce rapport d’enquête résumé dans son communiqué par le ministre d’Etat Secrétaire Général de la présidence de la République n’est rien d’autre qu’un stratagème pour noyer l’essentiel et lancinant problème de l’existence effective du président camerounais porté disparu depuis un mois et demi et resté muet alors que le Cameroun, comme tous les pays du monde dont les principaux dirigeants ont été vus au front, est sérieusement  menacé par la pandémie de la maladie à Coronavirus de décembre (2019 COVID-19).     

Plus mesuré quant à lui, Maurice Kamto qui doute de la crédibilité du rapport sus évoqué pense qu’une véritable enquête, internationale et indépendante, celle-là, doit être menée, pour qu’éclate la vérité. La vraie.

DÉCLARATION SUR LE COMMUNIQUE DU 21 AVRIL 2020 RELATIF AUX MASSACRES DU 14 FEVRIER A NGARBUH : L’URGENCE D’UNE ENQUÊTE INTERNATIONALE INDEPENDANTE

1-L’indifférence de Monsieur Paul BIYA et l’aveu pitoyable de son régime
« L’audience » accordée, le 16 avril 2020, à Monsieur l’Ambassadeur de France au Cameroun par la Présidence de la République en fonction, était supposée marquer le retour de Monsieur Paul BIYA sur la scène publique. Cette audience est intervenue au lendemain du dépôt sur le Bureau de l’Assemblée Nationale de notre requête aux fins de déclenchement de la procédure conduisant à la constatation de la vacance de la Présidence de la République par le Conseil constitutionnel.
L’actualité nous a servi, ce 21 avril, un communiqué, signé du Ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence de la Présidence de la République, sur les massacres perpétrés à Ngarbuh, le 14 février 2020. A la suite de cet évènement tragique, faut-il le rappeler, le Président de fait n’avait pas cru devoir prendre la parole, alors que de nombreuses voix s’étaient élevées dans notre pays et à travers le monde pour exprimer leur profonde indignation.
Alors que la publication des résultats de l’enquête nationale, qu’il avait lui-même ordonnée, de toute évidence pour se soustraire aux pressions internationales lui donnait l’occasion de faire entendre sa voix sur ces horreurs, Monsieur Paul BIYA a préféré, du haut de sa suffisance et de son mépris habituel pour les Camerounais et leurs souffrances, se décharger sur son Secrétaire général pour se livrer à l’aveu pitoyable de la responsabilité du régime dans ces massacres. Le pouvoir l’admet donc enfin, toujours sous la pression extérieure : ce sont bien des éléments des forces de défense camerounaises qui ont massacré des populations camerounaises, en l’occurrence des civils inoffensifs, parmi lesquelles des bébés et des femmes enceintes. Toutes les sources de bonne foi avaient du reste déjà établi cette responsabilité.

2- Les questions essentielles qui subsistent après le communiqué du 21 avril 2020
En dépit de cet aveu forcé, ce communiqué contient de nombreuses zones d’ombre.
1- Combien de personnes au total ont-elles été massacrées le 14 février 2020 ? 2- Combien de maisons ont-elles été brulées ? 3- Qui sont ceux qui, dans l’armée, au sein des institutions de l’Etat, dans l’administration, au sein de la société civile, ont ordonné, supervisé, couvert et/ou tenté de manipuler l’opinion nationale et internationale ? 4- Que sont devenues toutes les personnes arrêtées arbitrairement et torturées par les services au motif fallacieux qu’elles auraient collaboré avec les Organisations de défense des droits de l’homme ayant dévoilé les crimes et l’implication de l’armée ? (A titre d’exemple la personne qui avait été arrêtée, torturée et accusée d’avoir envoyé les images des massacres à l’organisation Human Rights Watch)? 5- Qui finance et entretient les miliciens et supplétifs enrôlés par le Commando de Ngarbuh ? 6- Les massacres de Ngarbuh ont fait naître de graves tensions religieuses et tribales entre les populations Fulani et d’autres communautés de la zone. Qui a instrumentalisé la communauté Fulani et à quelles fins ? Qu’est-ce qui est mis en place pour la réconciliation des Fulani et des autres communautés concernées ? 3- Qu’en est-il des autres cas de tueries ou de massacres de civils dans les Régions anglophones ?
Au-delà de ces questions essentielles soigneusement évitées dans le communiqué du 21 avril, l’aveu arraché au régime sur la responsabilité de l’Armée et du régime dans les massacres de Ngarbuh ramène à la lumière d’autres cas de civils massacrés dans le conflit armé qui ravage les Régions anglophones de notre pays depuis bientôt quatre ans.

Parmi ces cas on peut citer ceux de :
1- Ofen- Tben ( Batibo) ;
2- Menka-Pnyin (Santa) ;
3- Bakweri Town ( Buea) ;
4- Buea Town, (Buea) ;
5- Martha ( Muyuka) ;
6- Ekona ;
7- Munyend ;
8- Kwa- Kwa ;
9- Sam Soya ( Bello) ;
10- Weh ;
11- Esu ;
12- Wum.
4- Le Communiqué du 21 avril 2020 : Une manœuvre pour dissimuler l’identité des vrais responsables militaires et politiques des massacres de Ngarbuh
Avec toutes les zones d’ombres qui persistent sur les massacres de Ngarbuh et compte tenu des nombreux efforts déployés par le régime pour dissimuler la vérité, y compris le recours à l’intimidation et à la terreur, il se dégage que les conclusions qui ont permis la rédaction du communiqué du 21 avril 2020 sont tronquées. Le régime, sans doute mal conseillé, a choisi de servir au monde une demi-vérité dans l’espoir de faire retomber la pression et de continuer sa sale guerre.
Dans ces conditions, le MRC réitère sa demande du 26 février 2020, à savoir l’ouverture d’une enquête internationale sur les massacres de Ngarbuh et tous les autres massacres de civils, aussi bien dans le conflit armé en cours dans les deux Régions anglophones que dans la Région de l’Extrême-Nord, où l’armée combat la secte extrémiste Boko Haram.

Yaoundé le 23, avril 2020.

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