Cameroun : Critiquer Biya vaut la destitution aux chefs traditionnels

Dans le cadre de la campagne de distribution des kits prétendument offerts aux populations camerounaises par Paul Biya, les autorités traditionnelles sont forcées par les autorités administratives de ne pas émettre de réserve devant ce don au risque d'être déchus.

 En recevant le dont envoyé des mains du sous-préfet, ce chef traditionnel à l’image a essayé de dire la situation d’extrême précarité dans laquelle lui et ses sujets vivent. Des routes de mauvaise qualité, l’absence des ressources nécessaires pour vivre aisément dans sa localité. Il ne finira pas la liste des problèmes qu’il traverse, en raison de la mal gouvernance du régime Biya, qu’il sera interrompu par le sous-préfet qui, au lieu de répondre à ces problèmes pertinents va l’inviter à être un chef traditionnel discipliné. « Soyez un chef discipliné Sinon je vais vous enlever», a ouvertement scandé cette autorité administrative qui précise qu’un chef devrait se contenter de dire merci au chef de l’Etat et qu’en aucun cas il ne devrait commenter ses actions.

C’est une scène pour le moins regrettable lorsqu’on se penche sur les missions des deux parties. Selon les dispositions légales au Cameroun, le sous-préfet  représente l’Etat dans l’arrondissement. Il est précisément chargé de veiller, sous l’autorité du Préfet, à l’application des textes législatifs et réglementaires et à la mise en œuvre des directives du gouvernement en faveur des populations. A ce titre il est tenu de faire remonter au sommet de l’Etat les contraintes majeures des populations de son territoire de commandement recueillies par la voix de leurs représentants, les Chefs traditionnels. Pas besoin donc de rappeler que le Chef traditionnel était justement dans son rôle de porte-voix des populations. Mais l’autorité administrative sensé être apolitique n’a d’oreille attentive qu’à ceux qui louent aveuglement Paul Biya sans lui trouver de défauts même s’ils sont plongés dans le dénuement. Ces derniers sont menacé de destitution pour garder le silence car leur mécontentement pourrait entraîner la révolte des populations, ce que le régime en place ne souhaite pas.

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Le gouvernement a d’ailleurs très souvent mis ces menaces illégales à exécution. On se souvient qu’en décembre 2019 sa Majesté Paul Marie Biloa Effa avait été destitué de ses fonctions par le ministre de l’Administration territoriale. Il lui était reproché d’être à l’origine de «l’instigation et l’incitation à l’insurrection, l’insubordination et la participation à une manifestation interdite».En d’autres termes d’avoir été indiscipliné. Selon l’article 29 de la loi du 15 juillet 1977, portant organisation des chefferies traditionnelles, en cas de faute dans l’exercice de ses fonctions, un chef traditionnel encourt des sanctions pouvant aboutir à sa destitution; une Loi qui n’est utilisé que pour rendre service au régime en place depuis 38 ans. Rappelons que cette attitude de laisser pourrir les situations ou d’être muets devant les préoccupations des populations est la raison majeur de la crise dans les régions à majorité anglophones. Les combats dans le cadre de cette crise débutée en 2016 ont déjà fait plus de 3.000 morts depuis 2017 et forcé plus de 700.000 personnes à fuir vers d’autres régions, selon un récent rapport d’Amnesty international.

R.A.

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