Méga manif populaire pour la démission du président malien : La leçon d’IBK à Paul Biya

« 7 ans de pouvoir, ça suffit », « IBK dégage ». Vendredi 5 juin, des Maliennes et Maliens ont investi la Place de l’Indépendance, à Bamako à l’appel d’une coalition hétéroclite comptant outre les partis de l’opposition et des organisations de la société civile,  l’Imam Mahmoud Dicko.

Combien étaient-ils à scander leur désaveu total d’un président qu’’’ils ont reconduit à la tête de l’Etat malien il y a environ deux ans ? « 10.000 », comme l’a affirmé l’AFP ? « 20.000 », selon la police ou « plus d’un million » selon les organisateurs de la manifestation monstre qui a rassemblé une foule innombrable dans la capitale du pays de Soundiata Keita ? Difficile à dire. Toujours est-il que la foule mobilisée aujourd’hui à l’initiative du Rassemblement des forces patriotiques du Mali, pour dire un non cinglant au président Ibrahim Boubakar Keita, exiger de lui des réponses immédiates à leurs attentes  en matière de sécurité, et surtout pour constater son incapacité et lui demander de tirer sa révérence était considérable.

“Nous sommes ici pour demander la démission du président IBK”, a fait savoir le Rassemblement* par la voix de l’un de ses dirigeants, Issa Kaou N’Djim,  non sans lancer « un ultimatum pour constater (la) démission au plus tard à 18H00 (locales et GMT) ce vendredi 5 juin », du président de la République.

Jadis proche du ptésident IBK, l’Imam Diko veut désormais son départ du pouvoir.

Lui emboitant le pas, l’Imam Diko s’est voulu sinon plus, du moins tout aussi menaçant : « Nous condamnons la mauvaise gestion du régime, les malversations, les détournements, le mensonge… IBK n’aime pas les ultimatums mais cette fois, s’il ne nous écoute pas, il verra pire qu’aujourd’hui ».

Pour la grande majorité des manifestants, il n’était pas question de quitter les lieux avant la démission du président qui n’avait d’ailleurs pas encore réagi jusqu’à la tombée du jour.

La manif du 5 juin à Bamako a été l’occasion de faire resurgir la lancinante question du sort du principal leader de l’opposition, l’ancien Premier ministre Soumaila Cissé,  victime le 25 mars d’un enlèvement alors qu’il se trouvait dans sa région d’origine, battant campagne dans le cadre des dernières élections législatives que le parti au pouvoir avait officiellement remportées, quoique l’opposition ait dénoncé de multiples tripatouillages de nature à impacter considérable le scrutin. En faveur des tenants du pouvoir.

Un exemple, peut-être temporaire, mais à suivre absolument par d’autres dirigeants africains

Même si au regard des avertissements lancés par les leaders de la contestation font envisager des lendemains politiques dans ce pays, on a pu noter, non sans une certaine satisfaction, ce qui n’est pas toujours le cas en Afrique, qu’en plus du fait que les manifestants étaient encadrés par la police, il n’y a pas eu de morts, contrairement à la pratique dans les pays africains, francophones notamment. Peut-être cela est-il aussi dû à l’impressionnant nombre de manifestants, mais on peut aussi y voir un  attachement au respect des vies humaines des dirigeants maliens qui n’entendent pas se faire taper dessus par l’opinion pour violation de la liberté d’expression ou pour massacre.

“IBK dégage”,disent les manifestants maliens dégoutés du président après 7 ans de pouvoir seulement.

De nombreux dirigeants africains, notamment ceux d’Afrique centrale dont certains se plaisent dans des menées génocidaires, gagneraient à copier l’exemple malien de ces derniers mois qui a donné à voir des manifestations contre la France et contre le régime sans que cela débouche sur un bain de sang.

Or contrairement au président Keita qui est soutenu par les occidentaux pour ses accointances avec eux dans la lutte contre les mouvements terroristes assimilés par des Maliens avisés à une parodie permettant plutôt aux terroristes de bien s’enraciner dans le pays, les dirigeants d’Afrique centrale sont pour la plupart aussi impopulaires chez eux qu’à l’extérieur où ils sont considérés comme des tyrans ou des caricatures d’hommes d’Etat : champions toutes catégories en biens mal acquis, vieillots et usés, parfois au pouvoir depuis de nombreuses décennies, constamment “réélus” « avec fraude »…  

* Le Rassemblement des forces patriotiques du Mali est  une nouvelle alliance formée d’un mouvement que dirige l’imam Mahmoud Dicko, du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) qui regroupe des partis d’opposition dont le principal, et d’Espoir Mali Koura (EMK), mouvement de la société civile dirigé par le cinéaste et ancien ministre de la Culture Cheick Oumar Sissoko.

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