Atrocités coloniales belges en R.D. Congo : Les “profonds regrets” du roi Philippe “pour les blessures du passé”

Ce n’est pas une demande de pardon comme l’église catholique sait la formuler, encore moins des excuses officielles comme très peu d’Etats jadis impérialistes ont le courage de les présenter, mais de l’avis de nombreux observateurs,  l’expression par le roi Philippe de Belgique de ses regrets pour les atrocités commises pendant la colonisation de ce qui fut en Afrique sa principale possession coloniale, c’est (déjà) un début significatif. La chef de la diplomatie congolaise parle même des « bases d’un changement profond ».

Le 60ème anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo qui se célébrait hier lundi 30 juin 2020, a servi de prétexte au souverain belge, Philippe pour l’amorce d’un nouveau tournant relationnel entre l’ancienne puissance coloniale et le géant minier d’Afrique centrale que le premier a tenu sous sa férule 75 ans durant, de l’annexion formelle en 1885 par Léopold II de cette contrée qu’il appela l’Etat Indépendant du Congo (EIC) jusqu’à l’accession à l’indépendance le 30 juin 1965 de ce pays pour l’exploration duquel il avait, 18 ans plus tôt, commis le Britannique Henry Morton Stanley, en passant par la cession en 1908 de l’EIC à la Belgique qui dirigea depuis Bruxelles ce territoire africain, plus de 76 fois plus vaste (2.345.000 km2) que le plat pays (30.689 km2).

Aussi, dans une approche qui tient sans doute de la volonté d’apaiser les sentiments des Congolais heurtées par les souffrances et le mépris endurés à l’époque coloniale et encore meurtris par les coups bas ourdis depuis Bruxelles, avec la complicité des autres puissances impérialistes telles la France et des Etats-Unis, pour écarter de la gestion du pouvoir leurs principaux nationalistes dont la figure la plus éminente, Patrice Emery Lumumba, fut assassiné dans des conditions effroyables, le roi Philippe Léopold Louis Marie de Belgique est-il parti de sa plume en ce jour d’heureuse commémoration en République démocratique du Congo, pour exprimer, à l’intention de son homologue congolais, le président Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, ses “plus profonds regrets” pour les “actes de violence” et les “souffrances” infligés au Congo léopoldien puis belge, Le roi Philippe exprime ses “plus profonds regrets” pour les “actes de violence” et les “souffrances” infligés au Congo léopoldien puis belge.

Une manière pour le descendant de Léopold II (figure détestable de l’histoire de la RDC, s’il en est)  dont l’âge correspond justement à celui du Congo indépendant qui soufflait sur sa 60ème bougie, d’inviter son homologue et à travers lui, le peuple congolais à une lecture qu’il souhaite (entre les lignes) “équilibrée”, pour une esquisse de réconciliation dont la Belgique a aujourd’hui plus besoin, la nouvelle RDC en cours de modelage de Tshisekedi ayant désormais le regard tourné vers des horizons où l’on semble plus préoccupé par sa reconstruction. Des horizons dont la Belgique fait toujours partie, cependant, quoique l’année dernière, elle ait été un temps encline à faire chorus avec la France pour hypothéquer les la réalisation par les Congolais de leurs aspirations d’une alternance démocratique couronnée par l’arrivée au pouvoir d’un chef de l’Etat choisi par eux-mêmes. Pour la première fois.

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Ceci étant, des excuses ou une demande de pardon en bonne et due forme de la Belgique est toujours attendue. Notamment à l’issue des travaux de la commission Vérité et réconciliation du Parlement belge qui aura pour objectif de dresser le bilan de la colonisation belge au Congo. « Si le Roi avait présenté, ce mardi, des excuses au nom de l’État belge, cela aurait pu être perçu comme une anticipation des conclusions du travail historique qui va être entrepris – et que le Roi “encourage” »,  a écrit à ce propos La Libre Belgique, qui annonce pour ce mardi, une prise de parole de la Première ministre  Sophie Wilmès, qui abondera dans le même sens que le roi, à propos de la R.D. Congo.

Ci-dessous, la lettre du roi Philippe au président congolais, Félix Tshisekedi.

En ce soixantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, je tiens à vous adresser ainsi qu’au peuple congolais mes vœux les plus chaleureux.

Cet anniversaire est l’occasion de renouveler nos sentiments d’amitié profonde et de nous réjouir de la coopération intense qui existe entre nos deux pays dans tant de domaines, et notamment dans le domaine médical qui nous mobilise en cette période de pandémie. La crise sanitaire nous frappe au milieu d’autres préoccupations. Le partenariat privilégié entre la Belgique et le Congo est un atout pour y faire face. En ce jour de fête nationale, je souhaite réaffirmer notre engagement à vos côtés. 

Pour renforcer davantage nos liens et développer une amitié encore plus féconde, il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité.

Notre histoire est faite de réalisations communes mais a aussi connu des épisodes douloureux. A l’époque de l’État indépendant du Congo des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés. Je continuerai à combattre toutes les formes de racisme. J’encourage la réflexion qui est entamée par notre parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée.

Les défis mondiaux demandent que nous regardions vers l’avenir dans un esprit de coopération et de respect mutuel. Le combat pour la dignité humaine et pour le développement durable requiert d’unir nos forces. C’est cette ambition que je formule pour nos deux pays et pour nos deux continents, africain et européen.

Les circonstances actuelles ne permettent malheureusement pas de me rendre dans votre beau pays, que j’aimerais tant mieux connaître. J’espère que j’en aurai bientôt l’opportunité.

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